
Un peu trop niche pour certains, mais si savoureux pour ceux qui s’y sont frottés, Stygian Bough revient enfin assommer Paris.
Formé par l’alliance entre Bell Witch et Aerial Ruin avec un premier album collaboratif en 2020, les deux groupes se sont à nouveau retrouvés l’an dernier pour nous offrir leur deuxième volume, qu’ils viennent présenter aujourd’hui au Backstage By The Mill, accompagnés par le groupe de Doom britannique 40 Watt Sun, le tout chapeauté par l’emblématique Garmonbozia Inc. !
A l’heure prévue, la lumière se tamise et un homme monte sur scène, saisissant sa guitare acoustique. Cet homme, c’est Patrick Walker, et il nous accueille avec “32 years ago I started a band called Warning and that’s the first time I play in France”. Pourtant, ce sont bien des titres de son autre projet, 40 Watt Sun, qu’il vient nous interpréter seul, de manière intimiste et vulnérable, collant parfaitement à la nostalgie qu’il instaure devant un public visiblement très réceptif, et avec qui il ne se prive pas d’étaler son humour anglais, à l’image d’un “This is a song from the latest 40 Watt Sun which I would love to sell you a copy but I don’t have any”. Si pour ma part je suis d’abord un peu déconcerté, m’attendant à voir un groupe complet, je me laisse prendre au jeu, mais visiblement bien moins que Maxime, un spectateur habitué, à qui Patrick dédiera Astoria, et avec qui il plaisante volontiers. On se sent un peu comme dans une cabane, regardant un feu de cheminée alors que notre oncle joue de la guitare… et au bout de six titres, l’ovation finale intervient.
Setlist: Colours – Pour Your Love – Astoria – Stages – Carry Me Home – Marazion
Il ne faut pas longtemps aux musiciens pour vérifier leur matériel et prendre place, débutant alors un moment hors du temps nommé Stygian Bough: Bell Witch & Aerial Ruin. A gauche, Dylan Desmond, son impressionnante basse à sept cordes et un micro. A droite, Erik Moggridge, sa guitare et un micro. Au centre, Jesse Shreibman et son impressionnant kit de batterie. Trois hommes, une même volonté : nous ensevelir sous ce son à la fois si pachydermique et qui nous remue l’estomac à chaque note, mais également nous émerveiller grâce à des harmoniques planantes et aériennes tout en nous faisant savourer l’intensité vocale. Les musiciens sont extrêmement concentrés, prêts à enchaîner l’intégralité de leur deuxième collaboration, Stygian Bough: Volume II, qui totalise peu ou prou 57 minutes et 36 secondes, et ils prendront à peine le temps de headbanguer, restant relativement fixes sur leurs positions respectives pour gérer leurs pédales d’effets ou se fondre dans la lumière. On notera d’ailleurs des flashs hypnotisants qui aident à rythmer les passages des moments semi-acoustiques à l’ultime et écrasante saturation, et bien que j’aie écouté l’album quelques fois depuis sa sortie je ne peux en être sûr, mais à lire la sérénité sur leurs visages, j’ose l’affirmer : chaque note est précise à souhaits. L’alternance vocale (Dylan aidant parfois Erik sur le chant clair !) est également très bien gérée et nous transporte sans mal, si bien que le show passe en un éclair et s’achève dans un capharnaüm maîtrisé, prenant fin avec ce sobre “Thank you very much, this is Stygian Bough”.
Setlist: Waves Became the Sky – King of the Wood – From Dominion – The Told and the Leadened
Il est encore tôt lorsque le show prend fin, et le stand de merch est pris d’assaut par une foule somme toute assez conséquente. Il n’y a pas vraiment de mot pour décrire la justesse et l’envoûtement que nous ont réservé Bell Witch & Aerial Ruin en s’unissant à nouveau au nom du projet Stygian Bough, et j’applaudis également Patrick Walker pour une performance très intimiste et touchante de 40 Watt Sun. Merci à Garmonbozia Inc. pour l’organisation et l’accréditation, ainsi qu’All Noir pour l’invitation.