Review 3116 : Glassbone – Ruthless Savagery

Glassbone revient frapper la scène Death Metal.

Créé en 2021 et fort d’un premier EP sorti en 2024, le quintet francilien qui regroupe Hadrien Besson (chant), Jean-Philippe Barcos (guitare), Pierre Cantin (guitare), Alain Poirier (bass) et Nicolas Bastien (batterie) collabore avec Frozen Records et Iron Fortress Records pour la sortie de son nouvel EP, Ruthless Savagery.

Le groupe attaque sans fioritures après quelques secondes de chaos par Ruthless Savagery, le titre éponyme qui mêle leur base brutale de Death Old School avec ces patterns Hardcore vindicatifs et les vociférations caverneuses d’Hadrien qui ajoutent au massacre. Des harmoniques dissonantes s’ajoutent à certains passages pour accentuer l’oppression du titre, mais aussi ces infrbasses artificielles qui alourdissent les riffs tout comme sur Dryin’ Up Of Their Blood qui s’oriente vers une touche Slam Death toute aussi efficace pour briser des nuques. Je n’ai aucun doute sur la puissance du morceau en live qui laissera la foule réaliser toute sorte de mouvements plus ou moins coordonnés, mais le groupe ne se prive pas non plus pour ajouter quelques leads perçants avant un final épais qui mène à Apostasy Imperium où la rythmique accélère à nouveau en nous écrasant. Les riffs nous maltraitent sans ménagement, autorisant toutefois un sample vocal à nous accorder un court instant de répit avant de reprendre de plus belle jusqu’au final déroutant, suivi par E.K.F.I.V qui revient sans attendre à la violence et nous assène coup après coup, proposant même un solo torturé qui prendra fin pour laisser la moshpart reprendre sa place. Le groupe fait appel à Fiore Stravino (Fulci) pour donner à Testimony Of Death une touche encore plus grasse, déchaînée et également un peu angoissante, mais le titre est un peu court, et laisse place à Driven By Sinister qui lui emboîte le pas à bonne allure, ne ralentissant que pour s’épaissir de plus belle, mais on note que le titre s’offre également quelques choeurs accrocheurs qui donnent une fois de plus envie de frapper tout ce qui bouge en se laissant rouler dessus une dernière fois.

Glassbone nous avait mis en garde avec son premier EP, mais Ruthless Savagery ne fera aucun prisonnier ! Tout dans ces six morceaux appelle à la violence la plus brute, et je sais qu’il y aura des blessés dans les prochains pits de leurs concerts !

95/100

English version?

Quelques questions à Hadrien Besson, chanteur du groupe parisien de Death Metal/Hardcore Glassbone, pour la sortie de leur nouvel EP Ruthless Savagery.

Bonjour et tout d’abord, merci de m’accorder de votre temps ! Sans utiliser une quelconque étiquette de style, telle que “Death Metal”, “Hardcore” ou autre sous-genre, comment pourriez-vous décrire le groupe Glassbone ?
Hadrien Besson (chant) : Je dirais dense, au sens où beaucoup d’influences y sont digérées. Sinon, je dirais puissant, épais et nihiliste. Nous ne nous mettons pas de barrière de style ; dans le fond, les gens y trouvent ce qu’ils veulent. Nous-même, on n’en a un peu rien à foutre d’être catégorisés dans tel ou tel style s’il n’y avait pas besoin de donner une direction globale pour le développement du groupe.

Comment avez-vous choisi ce nom à la création du groupe, et comment le relies-tu personnellement à la musique que vous jouez maintenant ?
Hadrien : Il fallait juste un nom. On voulait que ce soit en un seul mot et qu’il puisse être assez versatile. L’image des os qui se brisent comme du verre est juste une allégorie du relativisme : ce qui paraît être la chose la plus dure et forte peut être détruit en un claquement de doigts si les moyens nécessaires sont employés. Cela fait aussi référence, bien sûr, à la maladie des os de verre ; c’est juste pour le côté « Death Metal corpo » (rires).

Votre deuxième EP, Ruthless Savagery, sort en février 2026. Comment vous sentez-vous au sein du groupe ? Avez-vous déjà eu des retours à son sujet ?
Hadrien : C’est un mélange de soulagement et d’attente. Notre musique prend encore plus de sens en live. Selon moi, la sortie d’un EP ou d’un album n’est pas une fin en soi, c’est le point de départ pour de potentiels shows, tournées, etc., qu’il faudra honorer. C’est à ce moment-là que nous pourrons juger de la manière dont notre musique est reçue. Sinon, avec les deux singles qui sont sortis, les retours sont plutôt bons. En même temps, ceux qui n’aiment pas ne prendront pas le temps de le dire — du moins je leur souhaite, car ce serait le signe d’une existence vide.

Comment s’est passé le processus de composition de l’EP Ruthless Savagery ? As-tu remarqué des changements par rapport aux débuts du groupe, qui remontent à 2021 ?
Hadrien : L’écriture de l’EP a commencé pendant la sortie du précédent, Deaf to Suffering. De base, les compos viennent d’une seule personne (JP, guitariste). Il n’habite pas à Paris, donc il nous envoie ses idées, on lui fait des retours et on avance comme ça. Mais cette fois, Pierre (l’autre guitariste) a commencé à vraiment prendre part à la composition, ce qui donne de nouveaux axes de travail. Je dirais que l’écriture de cet EP a été un bon échauffement pour un projet encore plus ambitieux par la suite. Par rapport à 2021, il y a eu beaucoup d’évolutions et de remises en question sur notre musique et ce que nous voulions proposer. Je pense que c’est un processus assez sain et normal, même s’il est long et désagréable, surtout à une ère où l’on est habitué à ce qu’un groupe explose du jour au lendemain comme si un style était une vérité absolue.

Le son du groupe mélange des racines Brutal Death avec des influences Hardcore marquées. Quels groupes citeriez-vous comme vos principales influences ? Comment arrivez-vous à créer votre propre touche ?
Hadrien : Notre musique, c’est la digestion des samplers de Hard n’ Heavy et Metallian qu’on a écoutés en boucle étant gamins. C’est un hommage à ce qu’on aime et à ce qui nous a fait kiffer, découvrir et approfondir notre culture du Metal et du Hardcore. C’est assez dur de citer des groupes précis parce qu’on est influencés par 1000 groupes, chacun pour des raisons différentes. Mais factuellement, je dirais la scène Death Metal américaine, Tampa particulièrement : Deicide, Obituary, Malevolent Creation, Morbid Angel… enfin bref, la liste est longue et on la connaît tous. Et la scène Death de New York avec Immolation et Incantation, mais aussi des groupes où l’on voyait déjà des tendances Hardcore comme Internal Bleeding, Mortician et bien sûr Suffocation. Pour ce qui est du Hardcore, nous évoluons dans cette scène depuis maintenant une quinzaine d’années. Même si nous écoutons certains groupes de Punk Hardcore, nous sommes plus attachés à la branche Metal du style. Je peux citer des groupes comme Vow of Hatred, Line of Scrimmage, God’s Hate, les premiers Throwdown, Arkangel, Biohazard

Le premier titre présenté est Testimony of Death, où vous accueillez le vocaliste italien Fiore Stravino du groupe Fulci. Pourquoi avoir choisi ce morceau pour présenter l’EP, et comment avez-vous contacté Fiore ?
Hadrien : On perçoit ce morceau comme l’épicentre de l’EP. C’est, selon moi, un bon panel de ce qui sera proposé dans ce disque, voilà pourquoi nous l’avons choisi en premier single. Pour ce qui est de Fulci, je suis leur carrière depuis un bon moment et c’est assez inspirant pour nous ; ce sont aussi des kiffeurs de Death Metal et de Hardcore. On a d’abord rencontré leur batteur qui joue dans un groupe de Hardcore appelé Jorelia, puis nous nous sommes retrouvés avec Fulci sur une date. Le courant est bien passé. Nous voulions inclure un featuring sur l’EP parce que c’est personnellement une démarche que j’aime voir chez les autres quand je découvre un projet. Voilà comment c’est venu.

?L’EP sort via Frozen Records (Europe) et Iron Fortress Records (USA). Comment se passe la collaboration avec ces deux labels ?
Hadrien : La connexion avec Frozen s’est faite parce qu’ils avaient déjà des potes à nous signés chez eux. Ils sont aujourd’hui un acteur très actif de la scène française qui se donne à 100 % sur chacune de ses sorties. De notre côté, nous ne voulons travailler qu’avec des gens dont nous estimons le travail. On a joué sur un show qu’ils organisaient et c’est à ce moment-là que nous avons décidé de travailler ensemble. Pour ce qui est d’Iron Fortress, il s’est intéressé au groupe à la sortie du premier EP qu’il a tout de suite voulu sortir aux US. La collaboration étant fluide, nous avons continué. Son catalogue est gigantesque avec énormément de groupes de Death Metal à découvrir. Il fait un travail très impressionnant, on sent la passion.

Côté artwork, on retrouve une œuvre de Paolo Girardi. Quelles ont été les directives ? Qu’est-ce que ça fait de travailler à nouveau avec une personne aussi reconnue ?
Hadrien : C’est la deuxième fois que nous collaborons avec lui. Cette fois, le pitch a été très bref : je lui ai parlé d’interpréter la violence la plus grande et crue que la nature pouvait offrir à la race humaine, en lui donnant l’idée des chutes du Niagara pour le sentiment de grandeur. Paolo, tu lui donnes une idée en une ligne et tu le laisses faire. Tu sais ce que tu viens chercher chez lui, donc tu le laisses interpréter. Il nous a dit qu’il en était très fier parce que ça changeait un peu des commandes habituelles. Nous en sommes satisfaits en tout point.

Comment abordez-vous un concert avec Glassbone ? Avez-vous de petites habitudes pré ou post-concert ?
Hadrien : Très franchement, pas vraiment. On s’échauffe un peu chacun dans notre coin, mais rien de très folklorique. On essaie juste de se rappeler que, malgré la qualité qu’il faut produire autant que possible, il n’y a qu’en prenant du plaisir que nous serons fiers de nous et que nous arriverons à transmettre l’énergie au public.

Le groupe commence à se forger une réputation au-delà de nos frontières. Comment gérez-vous les propositions de concerts nécessitant des déplacements importants ?
Hadrien : On a une petite logistique à gérer car l’un d’entre nous habite à Marseille. Pour le reste, on a notre van. Si c’est loin, ce n’est pas grave, on roule. On essaie de trouver des dates sur le chemin si possible. Ça reste un privilège de voyager grâce à la musique, donc nous ne voyons pas les kilomètres comme un problème tant que l’affiche du show nous plaît.

Aimez-vous également les films d’horreur ? Si oui, lesquels ?
Hadrien : Oui, je suis très branché films d’horreur, surtout les slashers américains des années 90 et début 2000. Ma culture musicale s’est faite avec ma culture de l’horreur et des films d’action. Plus jeune, j’achetais les BO pour découvrir des groupes. Le cinéma français a aussi de très bons films comme Haute Tension d’Alexandre Aja et les films de Pascal Laugier.

On note une sorte de “revival” du Death Old School intégrant des touches Hardcore/Grind (Fulci, Sanguisugabogg, 200 Stab Wounds…). Comment percevez-vous cette évolution ?
Hadrien : Selon moi, ce n’est pas un revival du Death « Old School », c’est le revival de ce qu’est et doit être le Death Metal. Le public s’est habitué au Death dilué dans le Tech ou le Deathcore, mais pour moi, la forme brute d’un style n’est pas « Old School » pour autant. Je trouve toute cette nouvelle scène fascinante et de bon augure. Là où certains ont chié sur les codes pendant des années pour paraître « plus lisses », ces groupes montrent que l’on peut faire partie du présent et du futur d’un style tout en chérissant ses codes. Le public cherche une forme d’authenticité.

Quels sont les prochains projets pour Glassbone après la sortie de l’EP ?
Hadrien : Tourner le plus possible pour le défendre. On a des dates en France, Belgique, Suisse et d’autres belles choses arrivent, mais je préfère ne rien dire pour ne pas nous porter l’œil. Par la suite, je pense qu’il sera l’heure de faire un album encore plus poussé et abouti. On a déjà commencé à écrire quelques riffs.

Pensez-vous vous être améliorés en tant que musiciens avec cet EP ?
Hadrien : Je nous le souhaite, ce serait chiant de passer du temps pour régresser ! Pour autant, nous sommes conscients de ne pas être des monstres de technique et nous ne voyons pas notre musique comme une démonstration de « skills ». Est-ce que cela est perceptible à l’écoute ? Je n’en sais rien, ce n’est pas à nous d’en juger.

Avec quels groupes rêves-tu de jouer ?
Hadrien : Presque impossible de répondre sans faire une affiche de festival sur une semaine ! Je vais dire Slayer, Deicide et Biohazard. Cette affiche n’aurait pas trop de sens sur le papier, mais je suis sûr qu’elle régalerait beaucoup de monde. Je me permets de parler des groupes à leur prime, avant le décès de certains, puisqu’on est dans le fantasme.

Dernière question : à quel plat pourrais-tu comparer la musique de Glassbone ?
Hadrien : La fondue savoyarde.

C’était donc ma dernière question, je te remercie pour ta disponibilité, et je te laisse les mots de la fin !
Hadrien : Merci à toi pour cette interview, venez nous voir en concert, continuez de supporter la scène Underground.

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