Live Report : Musiko Eye Fest 3 : Douceur Noire

Pour mes résolutions 2026, je n’ai définitivement pas décidé de me calmer, car les collègues  de MusikÖ_Eye organisent leur troisième Musiko Eye Fest.

Nommé “Douceur Noire”, cet évènement qui m’a emmené jusqu’à Crosne réunit de beaux noms du Black Metal français (et francophone) : Temple Of Baal, Bliss Of Flesh, Aorlhac, Mortis Mutilati, RüYYn, Versatile, Usquam, Les Bâtards du Roi et Prieuré, ainsi que les contes de Cataèdes et une exposition de Vincent Fouquet, connu sous le nom d’Above Chaos.

Dès l’extérieur, la salle est brandée aux couleurs du festival, et on retrouve les visuels à la fois d’Above Chaos, mais aussi de l’orga MusikÖ_Eye, que ce soit pour cette journée ou celles du festival de Mennecy, qu’ils chapeautent également. Les habituels stands sont présents, comme les Editions des Flammes Noires, J’T’Aime Pas ou encore celui de Pascal et sa boutique aux nombreux bijoux… beaucoup trop attrayants pour nos portefeuilles. Mais ce petit temps de latence entre l’ouverture et les groupes, c’est aussi et surtout l’occasion de recroiser les copains entre les stands de merch des groupes ! Et maintenant, l’heure approche…

Les lumières vont s’éteindre pour l’arrivée de Prieuré, et… ne plus jamais s’allumer correctement de tout le concert. On parvient à peine à distinguer le sac en toile de jute de Sans-Visage, créateur du projet et chanteur/guitariste en live, mais ses camarades ne sont pas en reste, et si on les soupçonne headbanguer pendant que le son brut sort des amplis, nous ne verrons que des silhouettes. Le bassiste tente entre deux vagues de riffs crus de motiver son auditoire, mais malgré qu’il réponde présent, le public est immobile, savourant les riffs qui pleuvent avec une certaine mélancolie, renforcée par les silences entre les titres, qui cèdent rapidement leur place aux nouvelles rythmiques et aux parties vocales principalement rauques et torturées. Je ne pourrai pas dire que j’ai bien vu, mais au moins le son était bon !

Setlist: La pluie – Le départ – Prieuré – Le grand incendie – L’autre vie – L’homélie du crapaud – La foi des bourreaux

On continue avec l’installation des membres masqués du trio Les Bâtards du Roi, dont l’intro Wii médiévale m’a fait sourire et qui sera principalement plongé dans l’ombre et les flashs comme le précédent, mais qui prend immédiatement des dimensions épiques dès que le coup d’envoi est donné. Les musiciens sont relativement statiques, s’autorisant à se rejoindre sur les longues parties instrumentales pour se faire face ou se pencher vers les premiers rangs (les rendant totalement invisibles, si vous avez tout suivi), mais le show prend toute son ampleur lorsque Regicide et Æni se répondent, le premier avec ses grognements macabres et le second avec un chant clair planant. Connaissant bien les deux albums sortis et malgré l’absence de bassiste (les pistes étant tout de même présentes sur bande), je suis immédiatement transporté par Jeanne et Le chevalier au corbeau qui résonnent encore deux jours après dans mon esprit, et il en est sans aucun doute de même pour le public qui adhère à leurs mélodies enivrantes, restant toujours statique.

Setlist: La forêt – Jeanne – L’âme sans repos – Vers l’étoile solitaire – Le chevalier au corbeau – Les litanies des fils bannis – Les chemins de l’exil

Changement total d’ambiance avec les percussions solennelles d’Usquam qui amènent à un son massif qui nous cloue au sol, autant par l’instrumentale que par les hurlements dévastateurs de Jessy (chant). Les lumières sont enfin exploitables (par moments), et on prend plaisir à se faire piétiner autant par les passages lents et majestueux que par les accélérations typiques du Black Metal menées par une batterie samplée qui permet aux yeux de la gorgone sur la toile de nous fixer. Sa présence va étrangement renforcer la puissance visuelle du concert, laissant les quatre musiciens se déplacer à leur guise entre flashs et jets de fumée pendant que nous prenons de plein fouet tous les assauts, encouragés par la vocaliste à nous rapprocher. Deux spectateurs prendront visiblement cette incitation pour une invitation à sautiller, tranchant avec le côté monolithique de la prestation, mais aucun incident à déclarer, si ce n’est la fin d’un show que j’ai trouvé légèrement court et qui a marqué les esprits !

L’atmosphère change à nouveau du tout au tout avec les quatre monstres de Versatile qui s’installent chacun à leur place, et qui se lâchent tous à leur manière : Hatred Salander (chant) toise le public et nous regarde d’un oeil mauvais pendant que Cinis (guitare) ondule lentement près de premiers rangs et que Famine (guitare) ne sautille brutalement sur place. Même Morphée (batterie) quitte régulièrement son instrument pour venir tabasser un bidon sur des samples Industrial bien énervés (dont un final dans la foule) ! Le groupe accueillera même Jessy d’Usquam pour un duo massif au chant pendant que la rythmique brutale et glaciale sévit, et on remarque que la fosse est déjà bien plus excitée qu’auparavant ! Est-ce que c’est parce qu’une figurante distribue des masques, ou que le groupe nous offre enfin de véritables lumières ? Je ne saurais le dire, mais pour ma part, ça participe grandement à me faire apprécier le spectacle, que je trouve même bien meilleur qu’au Motocultor l’an dernier !

Petite pause douceur avec les contes de Cataèdes, installés sur une petite scène à droite de la salle où les deux membres sont déjà installés. Les spectateurs s’asseyent, Quentin Foureau (chant) prend la parole, entrecoupé d’interventions de Dorminn (musique) qui use de guitare, tovshuur, chant diphonique et autres instruments pour donner vie aux passages mélodieux. Si la plupart de l’assemblée est bien au courant de l’existence du projet, certains sont surpris de tant de calme, mais tous ou presque contemplent le spectacle.

La saturation revient lorsque les membres de RüYYn prennent possession de leur espace de jeu, maquillés de ce noir et doré inhabituel, mais qui rappelle la touche unique de leur son planant qui s’abat à présent sur nous. Au centre, RxN (guitare/chant) n’hésite pas à nous remercier où à lever le poing sur chaque moment de flottement aussi naturellement qu’il headbang pendant les vagues de rage avant de revenir hurler dans son micro, et c’est cette touche aérienne presque Post-Black qui va faire mouche dans l’assemblée. Si on notera tout de même quelques touches d’humour, comme un “Excusez le batteur, c’est son premier concert avec nous… il entend rien en fait” qui permettent de presser un réglage de dernière minute, le show est aussi froid que viscéral, mené par un frontman impliqué qui n’hésite pas à laisser choeurs ou leads à ses camarades pour assurer un voile de ténèbres permanent absolument délicieux.

On passe à Mortis Mutilati (qui remplace presque au pied levé Pensées Nocturnes), et qui va visiblement tenter d’abattre tous les épileptiques de la salle, puisque leurs lumières sont exclusivement composées de flashs. Je n’ai rien contre ça à la base, comme pour servir les moments de fureur obscurs, mais s’ils sont permanents, ça fait beaucoup là, non ? Cet élément mis à part, les quatre musiciens masqués (cinq, lorsqu’Asphodel apparaît sur certains titres) menés par Macabre (basse/chant) sont habités par leur musique sale, et malgré un mix parfois un peu faible, notamment du côté de ces guitares Old School à souhaits, le public est réactif, content de voir ce groupe assez rare en live qui nous offre certes un tour dans leur discographie, mais également deux nouveaux morceaux. Je retenterai avec plaisir l’expérience lorsque je pourrai voir à nouveau, car les passages de double voix sont intéressants.

Setlist: Concession perpétuelle – Neige de sang – Vénus Anadyomène – Flames Behind You – The Fate Of Flight 800 – Death Worshippers – Scutigeridae

L’un des groupes que j’attendais le plus ce soir, à savoir les occitans d’Aorlhac, finissent leurs réglages puis envoient directement leurs riffs, sans fioriture, sans intro, et avec un jeu de lumière assez violent, mais qui colle aux torrents de noirceur que le groupe peut produire. Si l’ensemble du groupe est plutôt sage, Spellbound (chant) fait le show, hurlant avec un pied sur le retour, se jetant à genoux ou nous incitant à les aider à coups de “si certains connaissent les paroles allez y !” qui lancera les hostilités dans la fosse lors de la furieuse Mandrin l’enfant perdu. Bien que le line-up ait évolué (l’un des guitariste et le batteur, pour ceux qui suivent de loin) depuis ma dernière du groupe, qui remonte à six années déjà, on retrouve les choeurs de NKS (guitare/chant) ainsi que les lignes de basse apaisantes d’Alex (basse) sous les vociférations fédératrices du vocaliste, et le show est largement à la hauteur de mes espérances ! J’espère d’ailleurs ne pas avoir à attendre aussi longtemps pour une prochaine expérience.

Je rentre à nouveau dans la salle pour constater que Bliss Of Flesh est en retard. Cinq minutes, puis dix, vingt… et c’est finalement avec plus d’une demie-heure d’attente supplémentaire que le groupe monte sur scène, à peine ses balances terminées, pour nous offrir son spectacle. L’ingé lumières a visiblement abandonné le navire, car pour accompagner le Black/Death du groupe, nous retrouvons ces infâmes flashs qui ne nous offrent que des bouts de silhouettes, le tout sous un mix où la batterie est bien trop faible, puis bien trop forte. Pourtant, Necurat (chant) reste tout aussi théâtral qu’à l’accoutumée, et je me demande même comment font les musiciens pour ne pas trébucher sur scène tant il est impossible d’y voir quelque chose sans risquer la crise d’épilepsie… le public a fini par déserter la salle, mais est-ce que c’était faute du retard, du son ou du visuel ? Nul ne le saura jamais.

Dernier groupe qui subit malheureusement le contrecoup du retard du groupe précédent  Temple Of Baal démarre son set devant une salle à moitié vide, mais heureuse d’enfin voir ce groupe qui a marqué la scène française, et qui va sévir avec une férocité impie. Les titres sont parfaitement exécutés, faisant résonner leur Black Metal (parfois même Black/Death) dans cette salle déjà conquise par leur art, s’enchaînant assez naturellement avec parfois quelques interventions d’Amduscias (guitare/chant), comme “C’est incroyable que vous soyez encore là !” ou “Ce soir, nous sommes tous Traitors to Mankind” pour présenter les morceaux. On notera également la performance de Rachid « Teepee » Trabelsi (batterie) aux côtés d’Arkdaemon (basse/chant) et Saroth (guitare) qui a appris le set en douze jours, sauvant la performance, et qui frappe sur son kit comme s’il était né dessus ! Bien que visuellement, je peine à observer ce que je souhaite d’un groupe comme Temple of Baal à cause des lumières catastrophiques, le son est excellent, et le public le ressentira comme moi, acclamant les musiciens à chaque fois qu’il lui est possible !

Quelle journée ! MusikÖ_Eye a toujours été une référence pour moi en termes d’extrême, mais cet évènement Black Metal est définitivement une véritable leçon de noirceur à bien des égards ! Malgré des lumières à la limite du supportable sur certains sets (Prieuré et Mortis Mutilati pour les nommer) et le retard conséquent de Bliss of Flesh qui a impacté la fin de l’évènement, je retiens surtout les prestations d’Aorlhac, Les Bâtards du Roi et Usquam qui ont été excellentes, suivies de près par Temple of Baal, RüYYn et Versatile, ainsi que l’interlude Folk de Cataèdes, et j’adresse un grand merci à Gérôme pour l’invitation et l’accueil sur cet évènement qui grossit à très juste titre d’année en année !

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