Live Report : Öxxö Xööx + Déhà + Ricinn – Les Caves Saint Sabin

Clairement, soirée pas comme les autres aux Caves Saint-Sabin. Quand on arrive avec Manon, l’ambiance est encore presque intime : quatre personnes qui attendent, le calme avant la tempête. Puis Pierre nous rejoint, et on descend enfin dans cette cave qui a vu passer tant de rituels musicaux. On ne le sait pas encore, mais ce soir, on va en vivre trois.

Crédits photo : Raven & Pictork

Rïcïnn

Léger retard au démarrage, mais franchement : personne ne s’en plaint. L’ambiance est déjà là, détendue, chaleureuse, et la chanteuse joue avec le public, plaisante, installe une proximité immédiate. Sur scène : chanteuse/bassiste, un violoniste, deux guitaristes et un batteur. Une formation qui pourrait sembler classique… jusqu’à ce que la musique commence. La première chanson passe sans qu’on s’en rende compte. Pas parce qu’elle est anodine — au contraire — mais parce qu’elle absorbe. On est happé, comme si le temps se contractait. La deuxième est plus lancinante, presque hypnotique, mais toujours aussi agréable, et surtout très maîtrisée. Chose rare : les Caves sont déjà pleines dès le premier concert. Et ça se sent. Rïcïnn parvient à embarquer tout le monde dans un univers singulier, surprenant, à mi-chemin entre le Rock et le chamanisme. Les instruments ne cherchent jamais à voler la vedette au chant : ils l’accompagnent, l’enveloppent, le prolongent. Mention spéciale à la batterie et au violon, absolument impressionnants, qui deviennent de véritables extensions — à la fois machines et animales — de la voix. Puis arrive LA chanson. Celle qui fait basculer la salle. Sur scène et dans le public, tout le monde headbang. Plus de distance, plus d’observation : on est dedans. Le groupe passe clairement à la vitesse supérieure, et la salle suit, en rythme, presque en transe. Le concert se termine après de nombreux rappels — preuve que personne n’avait envie de lâcher prise si vite.

Énorme découverte. Sans même avoir encore écouté les autres groupes à ce moment-là, je pose un 9/10 sans hésiter.

Déhà

“Je m’appelle Jean-Michel Funeral Doom ce soir”. Tout est dit. Le concert commence, et l’atmosphère devient sombre. Très sombre. Ironiquement, l’éclairage est presque lumineux — ce qui contraste violemment avec ce qui sort des amplis. On est face à un Funeral Doom lourd, gluant, presque visqueux, une masse sonore qui ralentit les corps. On a du mal à bouger, comme pris dans une mélasse sonore. Déhà est clairement dans son élément. Ça se sent dans chaque note, chaque vibration. Il libère quelque chose de profondément intime, presque douloureux, à travers une musique extrêmement lourde, mais jamais gratuite. C’est dense, écrasant, mais sincère. Une vraie plongée émotionnelle.
Validé. 8/10.

 

Öxxö Xööx

Que dire… Vraiment, que dire ? Dès les premières secondes, la musique vous prend à la gorge et ne vous lâche plus. Elle vous saute dessus, vous cerne, vous engloutit. L’ambiance tribale est immédiate, totale, et absolument implacable. Le chanteur et la chanteuse, dans leurs costumes de scène, donnent l’impression d’assister à une danse rituelle. Pas un concert : un cérémonial. On dirait le prêtre et la prêtresse, invoquant quelque chose sous les frappes obsessionnelles du batteur, véritable cœur battant du rite. À un moment, j’ai sincèrement l’impression d’avoir débarqué au milieu d’un rituel non euclidien. Les sens se déforment, les repères disparaissent, et les Grands Anciens semblent convoqués pour répondre de leurs actes. Ce n’est plus seulement de la musique : c’est une expérience. Puis le rituel s’achève. Les esprits sont apaisés. La tempête retombe. La catharsis est complète. Le trio quitte la scène sans dommages… mais le public, lui, reste là, fasciné, comme s’il fallait encore quelques minutes pour revenir pleinement dans ce monde-ci. 8/10

Trois propositions radicalement différentes, mais une cohérence étrange, presque occulte, dans l’enchaînement. Une soirée qui commence dans l’intime, plonge dans l’abîme, et se termine dans le rituel. Les Caves Saint-Sabin ont encore frappé. Et nous, on en ressort un peu changés.

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