
Unverkalt explore les limbes de la noirceur.
Créé en Grèce, le groupe s’illustre en 2020 avec un premier album, suivi d’un second trois ans plus tard. En 2026, Dimitra Kalavrezou (chant), Themis Ioannou (guitare/claviers), Eli Mavrychev (guitare/chant), Joscha Hoyer (basse) et Christian Eggers (batterie) signent pour la sortie de leur troisième album, ??Héréditaire, chez Season of Mist.
Un Post-Metal lent et lancinant vient embrumer notre esprit tout en nous autorisant à conserver un lien avec la réalité grâce aux deux voix sur Die Auslöschung, mais dès que la rythmique s’embrase tout se transforme, s’ancrant profondément dans une violence ténébreuse et viscérale. On le constate aisément sur ce moment de quiétude qui suit, car la reprise nous semble naturelle, bien qu’encore plus saisissante pour rejoindre Oath Ov Prometheus, le titre suivant ou la dissonance sévit déjà, rapidement engloutie par la rage brute. Pris au piège, nous subissons autant que nous admirons les hurlements déchirants, laissant les riffs déferler autour de nous en adoptant plusieurs teintes et allures avant de s’apaiser pour faire place à Ænæ Lithi, ou le son se transforme en mélancolie ritualistique qui progresse lentement, très lentement. Les instruments folkloriques ne se tairont que lorsque la saturation explose, mais le morceau finira par s’essouffler avant de nous offrir un temps de flottement sur A Lullaby for the Descent, et là encore l’arrivée de la saturation ne dénature en rien l’atmosphère si mélancolique et enivrante que les cinq musiciens construisent avec attention. L’assombrissement est immédiat avec Penumbrian Lament qui ne met que quelques secondes à nous projeter dans son vortex de violence, et même lorsque nous atteignons l’oeil du cyclone, nous reprenons notre progression vers les riffs imposants qui nous frappent à nouveau avec froideur. Les premiers moments d’Introjects sont assez étranges, et c’est avec surprise que j’entends le groupe mêler son oppression naturelle et ses touches Post-Black avec des éléments plus joyeux, qui finiront par se laisser emporter par la tempête et les deux voix qui nous conduisent à I, The Deceit ou l’inquiétude règne déjà. On sent que le son est différent, et il se transforme encore plus lorsque le groupe est rejoint par la voix si reconnaissable de Sakis Tolis (Rotting Christ), mais bien que l’alliance soit inattendue, elle est également très naturelle, renforçant la puissance des vagues de fureur avec une part de sauvagerie que l’on perd en atteignant Death is Forever au profit d’un peu de tendresse. Bien que certaines touches de violence soient présente, la rythmique est assez douce, berçant notre esprit avec innocence avant que le duo vocal ne reprenne de l’ampleur, ne s’apaisant que pour rencontrer Maladie de l’Esprit, la dernière composition qui nous hypnotise sans mal pour mieux nous confronter à sa puissance déchirante et affirmer une dernière fois sa part de noirceur au sein de ce brouillard sonore parfaitement maîtrisé.
Capable de la plus grand douceur comme de la plus virulente noirceur, Unverkalt a franchi un véritable cap sur Héréditaire. L’album se savoure autant qu’il se craint, nous exposant tour à tour toutes ses facettes et les mêlant pour notre plus grand plaisir.
95/100
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