Review 3117 : Worm – Necropalace

Le rituel de Worm va débuter.

Avec ce quatrième album, Necropalace, Phantom Slaughter (chant/claviers) et Philippe “Wroth Septentrion” Tougas (guitare/claviers, Chthe’ilist, First Fragment, Funebrarum, ex-Equipoise, ex-Serocs, ex-VoidCeremony…) célèbrent leur signature avec Century Media Records.

La basse a été enregistrée par Necreon (Funebrarum, ex-Undergang, live pour Hulder…) et la batterie par CK (Ascended Dead, Chthonic Deity, Vrenth, ex-VoidCeremony, live pour Hulder, Incantation, Morbid Angel…).

Nous sommes accueillis dans l’antre de Worm par Gates to the Shadowzone, titre introductif aux atmosphères Dungeon Synth sombres et évidentes, mais un solo de guitare vient rapidement nous montrer la voie et nous laisse nous enfoncer jusqu’à l’imposante Necropalace, composition éponyme majestueuse. Les parties vocales de Phantom Slaughter apportent la touche agressive alors que l’instrumentale passe d’un Black Metal glacial à des passages imposants infusés de claviers oppressants, mais la longueur du morceau lui permet de nous guider à travers ses accélérations intenses et ses passages plus lents teintés de Doom. On retrouve également de longues parties lead sur le final qui se marient à la perfection avec les orchestrations, puis Halls of Weeping prend la suite avec des éléments similaires, ajoutant toujours plus d’influences Neoclassiques avant de rendre sa rythmique pesante à souhaits, l’épurant presque en l’ancrant dans des ténèbres étouffantes qui modèrent notre avancée vers les charges épiques qui nous attendent. Le morceau reste très angoissant sur ses derniers moments avant de revenir à des tonalités perçantes sur The Night Has Fangs qui débute lentement, mais qui ne tarde pas à dynamiser sa rythmique, laissant guitare et claviers se répondre avant de revenir à des touches Doom planantes tout en jouant avec son allure donjonnesque tout en insistant sur les harmoniques avant de nous accorder un nouveau moment de répit pour débuter Dragon Dreams. Il est cependant de courte durée, revenant à son approche angoissante qui enfle et se métamorphose sous nos yeux en riff massif qui laisse s’échapper quelques claviers enchanteurs qui jouent avec notre esprit tout en le laissant vagabonder et suivre la guitare de Wroth Septentrion qui s’en donne à coeur joie entre deux rafales de vociférations. On croit le morceau terminé lorsqu’une douce brise nous caresse l’oreille, mais la noirceur en reprendra possession en compagnie de choeurs avant de finalement laisser place à Blackheart, l’un des titres les plus courts et qui dévoile des tons entraînants, presque féériques et accessibles tout en restant ancré dans son Black Metal. Le contraste entre la saturation et le son clair est parfaitement géré, participant à l’identité si unique du morceau avant de revenir à sa froideur initiale sur Witchmoon – The Infernal Masquerade, ultime et plus long morceau de la discographie du groupe qui prend très à coeur son rôle en dévoilant une richesse fascinante qui explore une dernière fois toutes ces influences variées, mais qui nous surprendra également en accueillant le guitariste Martin Adam “Marty” Friedman (Metal Clone X, ex-Cacophony, ex-Vixen, ex-Megadeth…) pour quelques leads qui transpercent aisément les ténèbres environnantes.

L’année débute à peine, mais je suis certain qu’il n’y aura que peu d’albums aussi riches et variés que peut l’être Necropalace ! Si Worm se forgeait doucement une réputation dans la scène underground, il vient de lâcher un pavé dans la mare et de nous montrer sa puissance à travers une heure de riffs sombres et merveilleusement ficelés.

95/100

English version?

Quelques questions à Wroth Septentrion et Phantom Slaughter, respectivement guitariste et multi-instrumentiste fondateur du groupe de Black Metal Worm, à propos de la sortie de leur quatrième album, Necropalace.

Bonjour et tout d’abord, merci beaucoup de nous accorder un peu de votre temps ! Pour commencer, une question difficile : comment décririez-vous la musique de Worm sans utiliser les mots “Black Metal” ou tout autre sous-genre ?
Wroth Septentrion (guitare) : Sombre, froide et en constante évolution.

Vous souvenez-vous comment vous avez trouvé le nom Worm à l’époque, et comment le reliez-vous encore à la musique que vous jouez aujourd’hui ?
Phantom Slaughter (chant/composition) : Dans la mythologie germanique, Worm signifie dragon. Je voulais quelque chose de court et qui aille droit au but. De nos jours, le concept des dragons est très présent dans les paroles et même dans les titres des chansons.

Worm sortira bientôt son quatrième album, Necropalace. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà reçu des retours ?
Wroth : Nous sommes fiers de cet album et je pense que les gens en parleront longtemps, même ceux qui prétendent le détester. Peut-être finiront-ils même par l’apprécier. J’ai l’impression que cet album mettra du temps à faire son chemin auprès de beaucoup.

Comment résumeriez-vous l’identité de Necropalace en seulement trois mots ?
Wroth : Traditionnel. Progressif. Équilibré.

Le son de Worm est bien sûr ancré dans le Black Metal depuis ses débuts, mais il est désormais également influencé par le Doom, le Black Metal Symphonique et même le Dungeon Synth. Qu’est-ce qui vous a amené à faire évoluer votre son de cette manière ? Quels groupes citeriez-vous comme vos principales influences ?
Wroth : Necropalace est fortement influencé par des groupes tels que Samael, Abigor, Thorns, Emperor, Enslaved, ainsi que Cacophony et Symphony X. Les influences extrêmes du Doom sont bien sûr toujours présentes, mais nous avons simplement décidé d’expérimenter avec des changements de tempo et des techniques de superposition, et de mettre l’accent sur l’aspect Black Metal. Ce changement de son était déjà perceptible dans le morceau Shadowside Kingdom de notre EP Bluenothing sorti en 2022.

Quelle est votre chanson préférée sur Necropalace, ou peut-être la plus difficile à réaliser ?
Wroth : Blackheart est la chanson la plus entraînante de l’album, mais je pense que Dragon Dreams et The Night Has Fangs sont mes deux chansons préférées de l’album.

Necropalace est de loin l’album le plus long que vous ayez réalisé. Pensiez-vous être aussi ambitieux lorsque vous avez commencé à travailler dessus ? Où trouvez-vous votre inspiration pour créer la musique et les paroles ?
Wroth : Dès le début, nous voulions créer un album conceptuel épique et cinématographique, avec de longs mouvements. Nous savions dans quoi nous nous embarquions. La musique classique a influencé la façon dont nous avons structuré les chansons. Il est facile de voir quels groupes de Metal des années 80 et 90 ont influencé cet album en surface, mais nous avons structuré les chansons de manière très différente de celles-ci sur cet album.

Le légendaire guitariste Marty Friedman fait une apparition sur la dernière chanson, Witchmoon – The Infernal Masquerade. Qu’en pensez-vous ? Comment l’avez-vous contacté pour lui demander de participer à cette chanson ?
Wroth : Je dis cela en tant que personne qui a grandi en écoutant les artistes du label Shrapnel Records des années 80 : j’ai l’impression que nous avons réalisé quelque chose dont beaucoup de groupes de metal ne peuvent que rêver. Bien sûr, nous ne l’avons pas fait uniquement pour nous mettre en avant. Les albums solo de Marty Friedman et son travail avec Cacophony ont grandement influencé cet album. Il était donc logique de lui demander de jouer dessus. Il nous a suffi de lui envoyer un message directement. Il connaissait déjà le groupe et nous avait déjà écrit pour nous féliciter pour notre EP Bluenothing en 2022.

Pensez-vous avoir progressé en tant que musicien avec ce nouvel album ?
Wroth : J’ai enregistré plus de 20 albums complets au cours de ma carrière. Chaque album est une étape importante et j’essaie toujours de me surpasser après chacun d’entre eux. Cet album ne fait pas exception. J’ai fait beaucoup de choses que je n’avais jamais pu faire auparavant, tant au niveau de la composition que de l’interprétation. Bien sûr, tout cela était au service de l’album et de la musique. Il y a des moments où j’aurais pu aller encore plus loin, mais cela aurait été déplacé.

J’ai également remarqué les tenues Old School et assez vampirique que Wroth Septentrion et vous portez sur les photos promotionnelles. Comment avez-vous construit l’aspect visuel du groupe ? Pensez-vous que cela aide le public à se connecter à votre musique ?
Phantom : À mesure que la musique et l’art évoluent, les entités doivent également changer d’apparence pour correspondre au concept. Le Black Metal est un genre extrêmement visuel. Il est important que nous gardions un aspect visuel attrayant et que nous rendions hommage au passé. 

Selon Internet (et le site web setlist.fm), le groupe a déjà donné quelques concerts depuis 2023. Comment avez-vous recruté les musiciens qui vous accompagnent sur scène ? Comment avez-vous réussi à transposer un travail en solo/duo en une performance live ?
Wroth : Nous ne tournons qu’avec des personnes de confiance et des compagnons de route. Presque tous les musiciens que nous avons engagés pour les tournées et les concerts de Worm sont des personnes avec lesquelles j’ai déjà tourné dans le passé, soit dans mes autres groupes, soit simplement des musiciens d’autres groupes qui se trouvaient en tournée avec moi. La seule exception concerne les derniers ajouts à notre formation live actuelle. J’ai été obligé d’organiser des auditions virtuelles, car tous les seconds guitaristes que nous avions engagés auparavant n’étaient pas disponibles pour une tournée qui nous avait été proposée. Nous avons finalement trouvé quelqu’un qui correspondait parfaitement, et nos anciens compagnons de tournée se sont portés garants pour lui, donc le choix a été facile. Nous avons également trouvé notre bassiste actuel grâce à une recommandation de notre ancien bassiste live. Toutes les parties de guitare et de basse ont été transposées, planifiées et répétées individuellement, puis en groupe avant de jouer en live.

Quelle est la prochaine étape pour Worm ? En matière de musique, de concerts, de tout.
Wroth : Nous avons quelques tournées en préparation et nous sommes déjà en train d’écrire de nouveaux morceaux.

Avez-vous déjà entendu parler de la scène Metal Française ? Y a-t-il des groupes que vous connaissez et appréciez ?
Wroth : J’ai déjà joué dans plusieurs villes françaises. Paris est le seul public qui puisse rivaliser avec Montréal, d’où je viens, et Edmonton, en termes d’intensité. J’aime aussi beaucoup la scène Heavy Metal française. J’ai grandi en écoutant des groupes comme Sortilège, Demon Eyes, ADX, Killers, Blasphème, Stallion et j’adore des groupes comme Loudblast, Catacomb, Merciless et Massacra.

Y a-t-il des groupes avec lesquels tu aimerais jouer ? Je te laisse créer l’affiche de tes rêves avec Worm en tête d’affiche et trois autres groupes, même les réponses irréalistes sont acceptées.
Wroth : J’aimerais surtout jouer avec King Diamond, Candlemass et Judas Priest. En ce qui concerne le Black Metal, j’aimerais surtout faire une tournée avec Rotting Christ. Je pense que nous pourrions apprendre beaucoup de leur éthique de travail.

C’était ma dernière question, merci de m’avoir accordé de votre temps et pour votre musique, je vous laisse le mot de la fin !
Phantom : Hail Satan.

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