Review 3119 : Muertissima – Prophecy

La saint-valentin 2026 s’annonce brutale avec Muertissima !

Cinq ans après leur premier disque, le groupe francilien mené par Stéphane Prados (guitare, Anthropovore) et Simon “Gévaudan” Perrin (guitare/chant, Anthropovore, ex-Demande à la Poussière), désormais accompagné de Nicko San Juan (batterie) et François Delmont (basse, Tragos) signent chez Fetzner Death Records pour la sortie de leur deuxième album, Prophecy.

Kings Of Maleficence démarre avec un sample d’avertissement, puis les riffs et autres vociférations commencent à pleuvoir de manière saccadée, proposant un rythme infernal où les musiciens ne se privent pas pour accélérer sans prévenir, créant un groove très accrocheur. Le morceau est assez long, mais sait parfaitement comment retenir notre attention en devenant parfois malsain, parfois brutal, alors que l’on passe à des tonalités plus massives, presque majestueuses sur I Sleep With Demons, empruntant au Black Metal et forçant le vocaliste à se surpasser en offrant des cris saisissants en plus de ses vociférations habituelles. Les riffs imposants finiront par s’éteindre pour passer à Rich Bitch, composition vindicative à la rythmique furieuse qui nous piétine vigoureusement dans un premier temps, puis s’oriente de temps à autres vers un Death/Thrash qui s’emballe sans prévenir en compagnie de Kevin (Tragos, Evolution Zero). Moment de douceur et de nostalgie avec Echoes Of Attenborough où le piano d’Erroiak (Erroiak, Enterré Vivant, Aeterna Tenebrae, Hrad…) et le sample vocal de Sir David Attenborough nous permettent de nous remettre de nos émotions pour mieux enchaîner sur V.I.L. is for Vile Hate qui retrouve la saturation et la violence pure sous toutes ses formes et nous assurera de bonnes sessions de headbang frénétiques en suivant ses riffs. On notera aussi quelques parties lead sur la première moitié alors que la deuxième est plus théâtrale, puis Hate Eternal lui emboîte le pas à bonne allure, restant dans l’efficacité pure et ses touches Old School, tout en se réservant à son tour quelques accélérations et changements de rythme ravageurs. Si les premiers instants de The Rain sont très calmes, ce n’est que pour renforcer le contraste entre la mélancolie et les moments déchirants que le groupe réussit à enchaîner avec un naturel presque effrayant, mais aussi celui qui est fait avec Locura, titre qui déborde d’énergie tout comme son invité, le surexcité Steeven “El Termito” (Locomuerte) ! Le titre ne nous laisse aucun répit, et même s’il ralentit de temps à autres, vous pouvez être certain qu’une nouvelle vague de rage n’est pas loin, et seul le final sera un peu plus digeste avant de passer à la grande bataille de From Undead To Oblivion qui démarre lentement, mais qui offre des chants gutturaux rituels sur sa première moitié, puis qui charge d’un seul coup et revient au Death Metal brut pour le reste du titre. Le groupe fait appel à Lionel Cano Muñoz (Impureza) pour l’introduction à la guitare de Pachacamac, dernier morceau qui est à la fois le plus long, mais aussi le plus surprenant : le chant nous transporte d’abord de nouveau dans les montagnes d’orient, puis redevient clair et se partage avec la douce voix de Delora Singer (ex-Lurking, ex-Moonskin, ex-Lux Incerta), s’éloignant toujours plus de la violence, mais proposant la même intensité tout au long de ces huit minutes et trente secondes d’évasion.

Si vous aimez la puissance brute d’un Death Metal aux multiples formes, vous pouvez faire confiance à Muertissima les yeux fermés ! En plus de leur violence habituelle, le groupe a habilement fait de Prophecy un album incroyablement bien rythmé aux nombreuses surprises qui ravira par sa prise de risques.

95/100

English version?

Quelques questions au groupe de Death Metal parisien Muertissima à l’occasion de la sortie de leur deuxième album, Prophecy.

Bonjour et tout d’abord, merci de m’accorder de votre temps ! Sans utiliser une quelconque étiquette de style, telles que “Death Metal” ou autre sous-genre, comment pourriez-vous décrire le groupe Muertissima ?
Gévaudan (guitare/chant) : Un gros bol de Death, quelques cuillerées de Thrash, et une pincée de Black !
Pradosaure (guitare) : Les copains, la bière, la bagarre !

Comment avez-vous choisi ce nom à la création du groupe, et comment le relies-tu personnellement à la musique que vous jouez maintenant ?
Pradosaure : Je cherchais un nom qui claque, quelque chose qui nous démarquerait de tout ce qui existe déjà, mais qui ferait comprendre tout de suite qu’on fait du Death Metal, et qu’on n’est pas là pour vendre des cravates en faisant du Happy Metal.

Votre deuxième album, Prophecy, sort en février 2026, comment vous sentez-vous au sein du groupe ? Avez-vous déjà eu des retours à son sujet ?
Gévaudan : J’ai beaucoup fait écouter l’album dans ma famille ainsi que mes amis proches, à ses différents stades de production. De mes pré-mix dans mon home studio jusqu’au mastering final chez HK, j’ai eu de nombreux retours positifs à tous les étages !
Pradosaure : Avec Prophecy, on passe très clairement une étape ! Une étape importante dans la carrière du groupe. C’est un album ambitieux, et certains partis pris ne seront pas forcément du goût de tout le monde. Cela dit, les premiers retours via les singles sortis à ce jour sont extrêmement positifs ! Et ça nous touche beaucoup.
François (basse) : Pour répondre à ta 1ère question : ça fait un petit peu plus d’un an maintenant que j’ai intégré le groupe et je considère les gars comme la famille (au même titre que les gars de mon autre groupe). En ce qui concerne les retours de mes potes sur Prophecy, pour l’instant ce n’est que du positif…. Et je suis fermement convaincu que l’accueil du public le sera également !!!!

Comment résumerais-tu Prophecy en trois mots ?
Gévaudan : pour paraphraser une des chansons de l’album, je dirais “désespoir”, “extinction” et “haine”.
Pradosaure : “Destruction”, “folie” et “annihilation”.
François : “incisif”, “brut” et “brutal”.

Comment s’est passé le processus de composition de l’album Prophecy ? As-tu remarqué des changements par rapport aux débuts du groupe, en 2017 ?
Gévaudan : Le gros changement pour moi par rapport aux débuts du groupe, c’est avant tout le fait que je prenne la guitare, et subséquemment que j’intervienne beaucoup dans le processus de composition, ce qui n’était pas du tout le cas pour le premier album. J’ai aussi endossé la lourde tâche de l’enregistrement et de l’édition des pistes de guitares et basse. Pour le reste, comme à l’accoutumée, c’est le Pradosaure qui a fourni la matière première des compos. Il crée les pré-maquettes de son côté, et nous les retravaillons ensemble, afin de déterminer les tempos, les structures, les transitions, les mélodies lead et les arrangements. Souvent, j’interviens aussi dans des modifications structurelles de toute sorte, comme transformer des riffs en ternaire, ajouter ou enlever un temps par-ci par-là, insérer des riffs blindés de contretemps… Tout ça pour le plus grand désarroi des autres (hahaha).
Pradosaure : Le processus de composition est similaire à ce que nous faisions déjà auparavant, bien que le fait que nous enregistrions nous-mêmes les guitares et basse nous a donné le luxe de faire et défaire jusqu’à obtenir les structures parfaites.

En parlant de changements, il y a eu pas mal d’évolution depuis le line-up du précédent album, comment avez-vous réussi à vous en sortir face aux départs et recrutements successifs ?
Gévaudan : Nous recherchons l’humain avant le musicien. Une bonne entente, un objectif commun et un minimum d’intelligence sociale sont nécessaires si on veut que l’ensemble fonctionne. Par exemple, tu peux recruter un excellent musicien, si derrière il met plus de 20 minutes pour s’installer avant un concert et qu’il se met à dos les ingés son des salles où tu joues par-dessus le marché, c’est rédhibitoire. Chez Muertissima, avant d’être des bons musiciens, nous sommes des types avec qui il est agréable de bosser, et qu’on verra revenir avec plaisir. C’est principalement pour cette raison qu’il nous a fallu du temps avant de trouver LE line-up.
Pradosaure : Oui, on a connu des moments difficiles. De la formation d’origine, il ne reste plus que Gévaudan et moi. Notre premier guitariste Matthias fait toujours, en quelque sorte, partie de l’équipe car il participe activement à la création de visuels pour le groupe. Il nous avait quittés pour se consacrer à sa famille qui s’agrandissait. L’arrivée de Nicko à la batterie et de François à la basse a donné un souffle nouveau à la musicalité et à la cohésion du groupe. Et aujourd’hui, je considère que j’ai l’équipe PARFAITE.
François : Entièrement d’accord avec El Pradosaure : on a l’équipe parfaite, on se complète à merveille !!!!

Le son du groupe mélange des racines Death Metal au sens large, mais également d’autres influences plus variées, quels groupes citeriez-vous comme vos principales influences ? Comment arrivez-vous à créer votre propre touche et surtout à rendre le mélange cohérent?
Gévaudan : Si ça ne tenait qu’à moi, il n’y aurait aucune recherche de cohérence. Je bosse à l’instinct, je fais ce que j’ai envie quand j’en ai envie. Si je trouve qu’un truc sonne bien avec un autre truc, je ne me pose pas plus de questions. C’est mon pire défaut, et entre autres choses ce qui amplifie la variété des influences dans la composition, mais heureusement que les autres sont souvent là pour me faire entendre raison !
Pradosaure : Des groupes tels que At The Gates, pour le côté mélodique. Ou des groupes comme Slayer pour le côté sombre. On peut également citer Cannibal Corpse, Morbid Angel, et tant d’autres… Quand je compose, je ne me pose pas trop de questions. En règle générale, tout part d’une mélodie ou d’un rythme que j’ai en tête, et que je vais ensuite retranscrire sur ma guitare. Quand l’inspiration est là, tous les autres riffs finissent par suivre.

Comment avez-vous décidé des thématiques abordées dans les morceaux ?
Pradosaure : Prophecy est en quelque sorte un concept d’album, où on aborde plusieurs thématiques qui finissent par synthétiser et prophétiser la fin de l’humanité. Des thématiques comme la folie, la violence, la pollution, la destruction ou bien la cupidité sont abordées et dressent un portrait de l’humanité qui court à sa perte.

A l’heure où j’écris cette interview, deux titres sont sortis : Locura et From Undead To Oblivion. Pourquoi les avoir choisis précisément ? Comment avez-vous abordé le clip de From Undead To Oblivion ?
Pradosaure : Pour ce qui est des titres dévoilés, Locura me semblait être judicieux pour un premier single car il est à l’image de la folie omniprésente dans cet album. From Undead To Oblivion était un pari risqué mais assumé. Quand j’ai composé ce morceau, j’avais des scènes de batailles épiques en tête. C’est pour cette raison qu’il m’a paru logique de le mettre en images.

On remarque sur cet album pas mal de guests : Kevin de Tragos/Evolution Zero, Erroiak, Steeven de Locomuerte, Lionel d’Impvreza et Delora Singer. Comment les avez-vous contactés puis convaincus de se joindre à vous sur leurs parties respectives ?
Pradosaure : Notre bassiste François fait partie du groupe Tragos, qui sont signés chez Fetzner Death Records comme nous. Les deux groupes ont déjà beaucoup tourné ensemble. Faire un featuring avec Kevin était pour nous une évidence. Pour Erroiak, ça s’est fait de manière totalement différente, on se connaissait déjà des réseaux sociaux, et on s’est rencontré IRL en festival. Après quelques bières dans le cornet, je lui proposais de faire un featuring sur notre album (hahaha). Pour Lionel, j’écoutais la musique d’Impvreza depuis un bon moment, avant même de fonder Muertissima ! Leur manager Morgan m’avait contacté à la sortie de notre premier album, pour me féliciter. Depuis, nous sommes en contact et c’est devenu une évidence de faire un featuring avec leur guitariste Lionel. Pour Delora, c’est une amie avec qui Muertissima a partagé des scènes avec certains de ses groupes, et un soir après quelques bières, je lui proposais de faire un featuring sur l’album (hahaha). Pour Steeven, je connaissais déjà Mitch, le guitariste de Locomuerte, et j’avais rencontré Steeven au Mennecy Metal Fest de 2024. On avait abordé l’idée de collaborer sur un morceau, aussi dès que les compos étaient à un stade avancé, je lui ai proposé et il a tout de suite accepté. 

Je sais que c’est une question difficile, mais est-ce que tu as un morceau préféré sur cet album ? Ou celui qui t’a semblé le plus naturel à composer ?
Gévaudan : Sans hésitation, Pachacamac. C’était un véritable plaisir de lui trouver des mélodies lead simples et efficaces, de l’habiller avec toutes sortes de nappes tantôt dissonantes, tantôt mystiques… Sans parler de la collab avec Lionel, qui a apporté ce côté “dark flamenco” flamboyant que nous recherchions, et la voix de Delora qui plonge l’ensemble dans une dimension de sensibilité à fleur de peau vraiment touchante, jusqu’alors jamais entendue chez Muertissima. Aujourd’hui encore, quand il m’arrive de le réécouter, j’ai toujours les poils …
Pradosaure : Ah oui, ça c’est une question difficile ! (enfoiré !) Je pourrais te donner chacun des morceaux un par un avec les raisons qui font que c’est systématiquement mon préféré. Je vais en choisir un au hasard… Et ce sera Rich Bitch ! Car c’est le premier morceau que j’ai mis en démo pour le présenter aux gars !
François : Rich Bitch…. Musicalement et aussi (surtout!) parce qu’il y a mon Kevin (avec qui je joue dans Tragos) en guest au chant !!!!

Prophecy sort chez Fetzner Death Records, comment s’est passée la prise de contact et comment se déroule la collaboration avec eux ?
Gévaudan : C’est François qui nous a rencardés !
Pradosaure : La prise de contact fut d’une simplicité déconcertante, et c’est très appréciable car, on ne va pas se mentir… La communication n’est pas la vertu première de beaucoup de labels. Ce qui me plaît dans mes échanges avec Fetzner, c’est la réactivité et la clarté. Alexander, le boss, est un véritable passionné, et en dehors de nos échanges professionnels pour le groupe, il m’arrive de discuter avec lui de notre passion commune : le Metal !
François : Ayant signé quelques semaines auparavant chez Fetzner avec Tragos et ayant un excellent contact avec Alexander, le boss, ça me paraissait naturel de lui proposer de nous signer aussi.

Malgré quelques dates en région parisienne, je ne vous ai encore jamais vus jouer sur scène, comment abordez-vous un concert avec Muertissima ? Est-ce que vous avez de petites habitudes pré ou post-concert ?
Gévaudan : Pour moi, un concert est un jour comme un autre. Je recherche encore cette fameuse date qui me procurera la même terreur abjecte que le tout premier concert que j’ai donné, qui m’a privé de ce délicieux trac depuis de nombreuses années… Ce nouvel album, la hype qu’il engendre et cette série de concerts à venir vont m’aider à enfin le retrouver. Et quand ce moment viendra, il me faudra développer des rituels pré et post concert qui m’aideront à le combattre.
Pradosaure : Oui, j’ai mes petits rituels ! Avant un concert, il me faut : de la bière, des pizzas, et [censuré]. Après un concert, il me faut : de la bière, des pizzas, et [censuré] !

Vous avez d’ailleurs une date prévue au Klub à Paris le 14 février, comment vous préparez-vous pour ce show ?
Pradosaure : Beaucoup de répètes ! Et, de la bière, des pizzas, et [censuré] !
Gévaudan : Beaucoup de réglages matériels. Beaucoup de bières, peut-être un peu plus de légumes et de l’ananas. Et aussi de [censuré]. 

Quels sont les prochains projets pour Muertissima après la sortie de l’album ?
Gévaudan : Outre les nombreux concerts, nous allons rapidement nous attaquer à la compo pour le 3ème album ! Je pense qu’il sera plus que bénéfique pour nous de rester sur notre élan et continuer à avancer. Nous avons encore des chevaux sous le capot, et il nous reste encore des bornes à faire. Notre public nous fournira le carburant.
Pradosaure : Comme le dit Gévaudan, beaucoup de concerts, attaquer rapidement le 3ème album, mais on réfléchit également à d’autres choses en parallèle, comme des sorties de singles avec clips. Affaire à suivre 😉
François : Tourner le plus possible !!!! J’ai toujours considéré que le Metal, ça se vit sur scène plus que ça ne s’écoute sur un CD.

Pensez-vous vous être améliorés en tant que musiciens avec cet album ?
Gévaudan : Je me suis mis sérieusement au clavier, spécialement pour créer des arrangements de piano, donc en un sens oui !
Pradosaure : On n’a pas vraiment eu le choix (hahaha) ! Il y a des morceaux que j’ai composés et où je me suis dit “putain mais pourquoi ? Une vie simple ne serait-elle pas appréciable ?”.

Avec quels groupes rêves-tu de jouer ? Je te laisse imaginer ta date de rêve avec Muertissima en ouverture, et trois autres groupes.
Pradosaure : Cannibal Corpse, Crypta, Krisiun, Muertissima.
François : Suffocation, Dying Fetus, Cryptopsy et Muertissima!!!!

Dernière question dont la réponse me fait pour une fois un peu peur : à quel plat pourrais-tu comparer la musique de Muertissima ?
Gévaudan : Tu vois la série Friends ? À un moment donné, Rachel a concocté un plat de Thanksgiving absolument infect sur le papier, en mélangeant des ingrédients improbables. Il y aura des gens qui seront incapables d’en manger, et d’autres comme Joey qui sauront apprécier chaque ingrédient à sa juste valeur. Pour moi, Muertissima c’est CE plat.
Pradosaure : A un putain de cassoulet que tu t’enfilerais sous un soleil de plomb en pleine canicule en buvant du gros rouge qui tache. L’état dans lequel tu seras après ça, en te demandant si tu es encore en vie ou non, c’est à ça qu’on veut que ressemble notre public à la fin de nos concerts !

C’était donc ma dernière question, je te remercie pour ta disponibilité, et je te laisse les mots de la fin !
Pradosaure : De la pizza, de la bière, et [censuré] ! Merci beaucoup pour cette interview !
Gévaudan : On espère te voir le 14 février au Klub

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