Live Report : In Theatrum Denonium – Acte X

Il m’aura fallu sept ans pour revenir dans le nord, pour assister à l’Acte X de l’incroyable In Theatrum Denonium. Si le festival propose toujours des affiches incroyables (en plus du cadre exceptionnel), cette année est… particulière.

En plus de célébrer les dix ans du festival, elle propose l’un de mes groupes devenus par la force du temps de plus en plus inratable. En tête d’affiche, la légendaire formation hongroise de Tormentor, suivie de près par les géorgiens de Psychonaut 4, les italo-norvégiens de Darvaza, et les néerlandais de Doodswens. Et comme le festival a lieu dans un théâtre, quelques entractes : Nubivagant, ainsi que deux shows de Déhà. Je pars donc de ma région parisienne, et m’aventure sur la route.

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A notre arrivée, nous sommes accueillis par l’impressionnant et splendide théâtre de Denain, mais aussi par un spectacle pyrotechnique : deux cracheurs de feu réchauffent l’atmosphère pendant qu’une enceinte diffuse Bartzabel, titre désormais emblématique des polonais de Behemoth. Frédéric Cotton (l’organisateur) déclare ensuite les portes ouvertes !

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Je me rue à l’étage, à l’ancien fumoir pour un moment acoustique : Gionata “Omega” Potenti termine de s’installer pour un set acoustique de quelques titres de son projet, Nubivagant. Ayant vu le duo à l’œuvre l’an passé, la transposition à l’acoustique est assez naturelle, permettant à l’homme et sa guitare de nous proposer leur douceur intimiste, alors même que les stands de merchandising sont pris d’assaut.

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Lorsque les portes de la salle s’ouvrent, l’autel de Doodswens est déjà en place au centre, et les spectateurs commencent à se masser. Les lumières rouges s’allument, le son mystique débute, R. (basse) et le guitariste (remplaçant, mais que je ne reconnais pas) s’installent sur les côtés, laissant I. (batterie/chant) effectuer son allumage de bougies rituelles et de sauge avant de s’installer, puis le son emplit la salle. Blast, double pédale, hurlements et riffs se mêlent avec fracas, avec malheureusement quelques faiblesses de mix sur les passages les plus intenses, mais toujours avec cette fureur implacable et ses racines Old School assumées. La batteuse reste malheureusement plongée dans l’ombre, laissant la scène à ses musiciens, et même si le show est un peu statique, les rythmiques s’enchaînent, capturant l’attention et par la même occasion l’esprit des spectateurs. Léger bémol sur le son de la guitare, qui se montre parfois un peu trop discret, mais l’atmosphère est toujours présente.

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On change d’ambiance avec l’énergie malsaine et impure de Darvaza, groupe que j’avais hâte de voir (leur dernier album étant excellent), mais qui va proposer une performance… hors du commun. Si Omega (oui, encore lui !) et ses camarades tiennent les riffs avec précision et énergie, Wraath (chant) titube déjà sur scène, se reposant sur les retours et criant sans son habituelle puissance, ce qui me laisse assez dubitatif… jusqu’à ce qu’il ne tombe littéralement sur le premier rang (heureusement que nous avons eu le réflexe de le rattraper) puis s’emmêlant dans son câble de micro. Les musiciens restent tout aussi féroces et précis, assurant une rythmique surpuissante, des choeurs qui sauveront la performance, et l’ingé son parvient à retranscrire la hargne des albums, tous aussi mystiques et violents les uns que les autres, mais pour ma part, je finirai à l’arrière, là où personne ne pourra me choir dessus.

Setlist: Holy Blood – The Barren Earth – Towards the Darkest Mystery – A Hanging Sword – This Hungry Triumphant Darkness – Fearless Unfeard He Slept – Blood Of No-One – The Silver Chalice

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Je remonte au fumoir pour le premier des deux créneaux attribué à Déhà, prolifique musicien dont vous avez tous déjà entendu parler au vu de ses très nombreux (et qualitatifs) projets. Pour ce set, il a choisi de rendre hommage à son ami Oscar “Asgeir Amort” Swinks disparu l’an dernier, et laissera la place à son épouse Isa Myling au chant (avec qui il avait concrétisé le projet ), ainsi qu’à son meilleur ami, Martin, à la guitare, proposant une intensité très douce et différente. Déhà finira par rejoindre le duo, et le moment devient encore plus touchant à chaque note.

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Retour dans la grande salle pour le groupe qui a motivé ma venue, les géorgiens de Psychonaut 4, qui rentre tout juste de sa tournée sud-américaine, et qui va une fois de plus assurer une performance saisissante. Le contraste entre la détresse dans la voix d’Irakli (chant), le calme dans celle de S.D. Ramirez (guitare/chant), la fureur dans les choeurs de Giorgi Kordzakhia (guitare) et Nepho (batterie), mais aussi la sérénité d’Alex Menabde (basse) fait immédiatement mouche, et le théâtre s’embrume de leurs riffs et de leurs cris. On notera quelques adaptations des morceaux, comme la douloureuse Personal ForestShota prend le chant principal, et cette “nouvelle incarnation de Psychonaut 4” m’emporte loin, très loin de mon corps, alors que la foule s’agite. Très énergique, Irakli n’hésite pas à inciter la fosse à applaudir avant de repartir dans son interprétation torturée plus brute, plus agressive même, laissant les autres musiciens apporter cette douceur, se rejoignant parfois pour jouer face à face (ce duel de guitares sur Sana-sana-sana – Cura-cura-cura était tout bonnement incroyable), ou haranguer une fosse totalement conquise. Et pour clore le spectacle, le doublé Too Late to Call an Ambulance/Sweet Decadance m’aura même arraché quelques larmes silencieuses.

Setlist: Mzeo Amodi – Fiqrebi Mtsukhrisa – Serial Lier – Personal Forest – Sana-sana-sana – Cura-cura-cura – Tbilisian Tragedy – Too Late to Call an Ambulance – Sweet Decadance

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Retour au fumoir où l’intensité descend à peine malgré le retard engendré par le show précédent, Déhà remerciera Isa et Martin, présentera “son groupe” (l’ordinateur sur le côté), puis se lancera dans une interprétation du titre Hurt de manière très minimaliste. D’abord accroché à son micro, il finira par le mettre de côté, se laisser gagner par l’émotion lors de l’introduction, puis hurler de toute son âme, les larmes coulant à chaque cri qui résonne jusqu’au plafond, faisant de ce moment l’un des plus poignants de toute la journée pour un public tout simplement médusé par cet être bouleversant.

Dernier show de cette dixième édition, Tormentor montera sur scène en tant que quatuor ce soir. Le rideau s’ouvre sur Attila Szigeti (guitare) qui propose des harmoniques perçantes, puis György Farkas (basse) et Machat St. Zsoltar (batterie) qui lui tiennent la rythmique avant que le sulfureux Attila Csihar (chant) ne vienne haranguer un public déjà très chaud et évidemment ultra-réceptif à ses grimaces. Ouvrir le show avec le titre Tormentor I, c’est s’assurer des mouvements de foule, et c’est ce qui se passera à chaque fois que l’homme tend le micro à la fosse, qui hurle ce fameux “Tormentor” directement à l’homme au sourire malsain. Pour l’avoir vu il y a tout juste un mois avec son autre groupe (Mayhem, pour ceux qui hésitent), le personnage est totalement différent : si avec les norvégiens il apparaît majestueux et grandiloquent, il est ici bien plus sauvage, plus vif et joueur. Il ne résistera tout de même pas à se saisir de son crâne fétiche pour le tenir devant son micro, tel une adaptation macabre d’Hamlet hurlante, pendant que les musiciens jouent, se montrant eux aussi énergiques. Peu de communication, mais le vocaliste prendra tout de même le temps de nous remercier quelques fois, annonçant les morceaux suivants avec des borborygmes étranges, comme à son habitude.

Setlist: Tormentor I – Branded by Satan – Beyond – In Gate of Hell – Recipe Ferrum! – Transylvania – Iron County – Tormentor II – Trance – Elisabeth Bathory – Apocalypse – Anno Domini – Mephisto – Live in Damnation – Seventh Day of Doom

Il est malheureusement déjà temps de quitter le somptueux théâtre de Denain, alors que le rideau se ferme sur l’acte X du In Theatrum Denonium. Cette journée fut une expérience magique et incroyable, rempli de performances saisissantes, avec celles de Déhà et Psychonaut 4 en tête bien évidemment, mais aussi celles de Nubivagant, Doodswens, Darvaza, Tormentor ainsi qu’Isa et Martin. Merci à toute l’association Nord Forge pour leur implication et leur confiance, mais aussi à tous les bénévoles, sur qui on peut toujours compter !

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