
Mammon’s Throne forge sa destinée.
Pour ce troisième album, nommé My Body to the Worms, le groupe composé de Matthew Miller (chant), Amesh Perera (guitare), Johnny Chammas (guitare, ex-Hybrid Nightmares), Sam Talbot-Canon (basse) et Nick Boschan (batterie) ont choisi Hammerheart Records.

Senseless Death va immédiatement remplir l’espace audible avec des riffs massifs et mélancoliques comme le Doom en a l’habitude, tout en les rythmant de pauses, de parties vocales et d’éléments angoissants, puis d’une part de violence pour y intégrer sa touche Death Metal. Les leads restent sombres et planants, même lorsque la saturation se coupe, laissant le vocaliste reprendre le dessus en chant baryton, pourtant l’intensité renaît et nous emporte vers Clandestine Unholy Rites, un interlude pesant et mystérieux qui finit par le son d’une cloche, donnant naissance à des influences Stoner grasses sur Elixir. Le titre est un véritable bloc de son imposant évoquant Nosferatu et ses rituels sanglants, thématique qui sied à merveille à l’avalanche de lourdeur qui nous tombe dessus, mais qui ne dure que quatre minutes qui semblent passer en un instant, rejoignant Every Day More Sickened, titre beaucoup plus long. Mêlant chant puissant et influences mystiques, le vocaliste rend la rythmique beaucoup plus vivante, lui conférant des touches presque oniriques tout en nous laissant nous faire emporter dans le flot de leads avant de repartir dans sa violence ou proposant une atmosphère plus intimiste, lorgnant presque sur le Black Metal sur la fin, avant de laisser At The Threshold Of Eternity nous apaiser. Les claviers emplissent l’ensemble, puis les guitares s’emparent de nos tympans, revenant au piano avant de laisser An Angel’s Grace prendre le relai et revenir à la saturation, proposant un contraste intéressant entre l’agressivité et le plaintif, proposant une nuance dissonante intéressante qui n’hésite pas à ralentir pour devenir encore plus enivrante. Le final est encore plus chaotique, mais il revient à la raison avec les premiers temps de Departed, dernier morceau qui propose une lenteur intéressante d’abord apaisante puis saturée qui emprunte largement au Heavy avant de s’emballer pleinement et de nous offrir un final intense.
Le Doom est un style très nuancé, et Mammon’s Throne parvient à en exploiter une bonne partie, notamment sur My Body to the Worms. La lourde mélancolie est évidemment la première, mais la violence et la douceur en font également partie.
85/100

Quelques questions à Matthew Miller, chanteur du groupe de Blackened Doom/Death Metal Mammon’s Throne, à propos de la sortie de leur troisième album, My Body to the Worms.
Bonjour et tout d’abord, merci beaucoup de m’accorder un peu de ton temps ! Pour commencer, une question difficile : comment décrirais-tu la musique de Mammon’s Throne sans utiliser les mots “Doom Metal”, “Doom Mélodique”, “Doom/Death Metal” ou tout autre sous-genre ?
Matthew Miller (chant) : Bonjour, je m’appelle Matt. Je suis le chanteur et le parolier du groupe, et parfois je contribue aux riffs de guitare. Merci de nous accorder cette interview. Pour décrire notre musique, je dirais que nous sommes “une anthologie de la noirceur de l’humanité à travers la musique”.
Mammon est le démon de la cupidité dans le Nouveau Testament, qui fait référence à l’argent, à la richesse matérielle et autres biens. Comment avez-vous choisi ce nom pour votre groupe ? Quel lien faites-vous entre le nom Mammon’s Throne et la musique que vous jouez aujourd’hui ?
Matt : Nous abordons beaucoup de problèmes et d’échecs de notre société dans nos chansons. Ils découlent souvent de la cupidité innée des gens. Le nom a été suggéré par notre batteur Nick, qui est tombé sur le personnage de Mammon dans une bande dessinée Spawn. Nous avons aimé les implications bibliques de cette entité, alors nous l’avons gardée. C’est un bon mélange d’imagerie occulte et de sens profond qui complète bien notre musique.
Mammon’s Throne s’apprête à sortir son troisième album, My Body to the Worms. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà reçu des commentaires ?
Matt : Nous sommes très fiers du résultat. Nous avons pris notre temps pour nous assurer qu’il correspondait à notre vision. Nous avons également fait beaucoup d’efforts supplémentaires pour le promouvoir avec des clips vidéo, ce qui était une nouvelle aventure agréable pour nous. Jusqu’à présent, nous avons reçu d’excellents retours sur les singles et les clips vidéo que nous avons publiés, ainsi que quelques critiques très positives. Nous sommes impatients que le public puisse découvrir l’album dans son intégralité.
Comment résumeriez-vous l’identité de My Body to the Worms en trois mots seulement ?
Matt : Tentaculaire, grandiose et envoûtant. Je pense qu’il me faudrait plus de mots…
Mammon’s Throne fête déjà son huitième anniversaire. Comment se déroule le processus de création au sein du groupe ? Avez-vous remarqué des changements entre vos débuts et aujourd’hui ?
Matt : Je ne m’en étais même pas rendu compte. Le temps a vraiment passé très vite. À nos débuts, nous n’avions qu’un seul guitariste. Depuis que Johnny a rejoint le groupe, le processus d’écriture des chansons est beaucoup plus libre et nous pouvons désormais jouer avec davantage d’harmonies et de textures. Le processus d’écriture commence généralement par quelqu’un qui apporte un riff à la salle de répétition, puis nous improvisons jusqu’à obtenir une chanson finie. Nous constatons souvent qu’un autre membre du groupe a justement le riff qui complète l’idée initiale. Cela n’a pas beaucoup changé depuis la création du groupe, même si nous essayons désormais d’apporter des idées plus abouties aux répétitions.
Le son de Mammon’s Throne est un mélange de Doom, de mélodies et même d’éléments de Black, Sludge et Death Metal. Quels groupes citeriez-vous comme vos principales influences ? Comment avez-vous réussi à combiner toutes vos influences pour en faire un tout cohérent ?
Matt : Si vous posez la question à différents membres du groupe, vous obtiendrez beaucoup de réponses différentes concernant nos influences. Au fond, nous sommes influencés par des classiques tels que My Dying Bride, Paradise Lost, Candlemass, Death et Bolt Thrower. Nous choisissons les éléments qui correspondent à la direction que nous voulons donner à la chanson, que ce soit en fonction de l’histoire racontée par les paroles ou si nous avons une excellente idée pour un outro et que nous voulons y mener progressivement. Nous veillons tout particulièrement à ce que les changements ne soient pas discordants ou incohérents, mais nous n’avons pas trop de mal à mélanger les différents genres.
Quelle est ta chanson préférée sur My Body to the Worms, ou peut-être celle qui a été la plus difficile à réaliser ?
Matt : Je pense que nous sommes tous d’accord pour dire qu’Everyday More Sickened est notre préférée. Toutes mes excuses aux membres du groupe si je me trompe. C’est la dernière chanson qui a été écrite, et elle n’a été terminée que la veille du début de l’enregistrement de l’album. Le sentiment de soulagement que nous avons ressenti lorsque nous avons joué la chanson en entier pour la première fois était incroyable. Lors de l’enregistrement, cette chanson s’est déroulée sans encombre et nous l’avons tous beaucoup appréciée. C’est une chanson très longue avec beaucoup de sections variées, mais nous sommes tous de grands fans de chacune d’entre elles et de la façon dont la chanson progresse de l’une à l’autre. C’est un exemple où nous avions des idées que nous aimions vraiment pour le début et la fin, et où nous avons tracé notre chemin entre les deux.
Où trouvez-vous votre inspiration pour créer de la musique et des paroles ? Y a-t-il un concept derrière My Body to the Worms ?
Matt : Au niveau des paroles, j’écris souvent sur mes luttes mentales personnelles ou sur les problèmes que je vois dans le monde qui m’entoure, afin d’évacuer certaines de ces pensées difficiles. C’est cathartique pour moi. Il y a quelques thèmes centraux dans l’album, tels que la division et l’isolement de notre monde connecté à outrance, mais je ne dirais pas qu’il s’agit d’un album conceptuel. Notre musique laisse également beaucoup de place à l’interprétation personnelle, donc j’espère que les auditeurs nous feront part de leur propre vision des chansons.
Pensez-vous avoir progressé en tant que musicien avec ce nouvel album ?
Matt : J’essaie toujours de nouvelles choses et de me dépasser avec notre musique. Il y a beaucoup de styles vocaux différents sur l’album et j’aime toujours en utiliser plusieurs dans une chanson quand cela a du sens. J’ai vraiment apprécié chanter en baryton sur Departed et Senseless Death, ce sont des moments très vulnérables de l’album. Il n’y a pas grand-chose derrière quoi se cacher dans ces passages, cela m’a donc vraiment fait sortir de ma zone de confort.
My Body to the Worms est le premier album que vous sortez sous le label Hammerheart Records. Comment se passe cette collaboration ? Comment êtes-vous entrés en contact avec le label ?
Matt : La collaboration se passe très bien, nous touchons beaucoup de nouvelles personnes avec notre musique et nous discutons avec des gens du monde entier. C’est nous qui les avons contactés au départ, et ils étaient très enthousiastes à l’idée de travailler avec nous sur l’album une fois qu’ils ont entendu le produit final et vu la pochette.
En cherchant sur Internet, j’ai trouvé quelques concerts en Australie, votre pays natal. Comment concevez-vous un concert live pour Mammon’s Throne ? Y a-t-il des “rituels” avant ou après le concert, comment vous sentez-vous sur scène ?
Matt : Nous adorons jouer en live et nous nous produisons très régulièrement. Nous avons eu l’occasion de jouer avec des groupes incroyables, tant internationaux que locaux. Nous essayons de rendre nos concerts intenses et théâtraux. Nous sommes très conscients de notre présence sur scène et de notre cohésion en tant que groupe, et nous travaillons constamment pour rendre nos concerts de plus en plus immersifs. Mon rituel avant le concert consiste généralement à regarder les autres groupes à l’affiche et à passer un bon moment. Je suis très attaché à soutenir la scène musicale locale. Quand vient mon tour de monter sur scène, je savoure cette opportunité et je trouve que c’est une expérience incroyablement agréable et cathartique.
Trois concerts sont également prévus en mars et avril pour présenter My Body to the Worms. Comment vous préparez-vous pour ces concerts ? Comment avez-vous choisi les groupes avec lesquels vous allez jouer ?
Matt : Nous avons tendance à jouer avec des groupes que nous apprécions nous-mêmes, et nous aimons aussi avoir des line-ups variés, donc nous ne sommes pas strictement limités à jouer uniquement avec des groupes de Doom. Notre son nous permet de nous intégrer à une grande variété de line-ups. Pour le concert à Melbourne, nous jouons avec Aquilus et Chief Whip, deux groupes très différents mais qui ont un certain point commun qui rend la programmation cohérente dans son ensemble. Pour les concerts interétatiques, nos amis de Malignant Aura nous ont demandé si nous voulions faire des concerts de lancement d’album avec eux, car ils viennent également de sortir un incroyable album de Death/Doom. Le timing était parfait et il était logique de proposer cette programmation très forte.
Envisagez-vous de donner d’autres concerts ? Peut-être de petites tournées, même en dehors de l’Australie ?
Matt : Oui, tout à fait, nous avons un projet passionnant en cours pour l’Australie, mais c’est encore confidentiel. Nous étudions également la possibilité de jouer à l’étranger. Nous avons déjà fait une tournée au Japon, ce qui a été une expérience incroyable, et nous aimerions continuer à jouer devant un public en dehors de l’Australie.
Quelle est la prochaine étape pour Mammon’s Throne ? En termes de musique, de concerts, peut-être d’autres projets en cours ?
Matt : Nous avons commencé à composer de nouveaux morceaux, car nous ne voulons pas attendre trop longtemps avant de sortir un nouvel album afin de pouvoir tirer parti de la notoriété accrue qu’Hammerheart nous a apportée.
Connaissez-vous la scène Metal française ? Y a-t-il des groupes que vous connaissez et appréciez ?
Matt : Tout à fait, je suis un grand fan de groupes tels que Alcest, Les Discrets, Regarde Les Hommes Tomber et bien sûr Gojira, pour n’en citer que quelques-uns.
Y a-t-il des groupes avec lesquels vous aimeriez jouer ? Je vous laisse créer votre affiche de rêve avec Mammon’s Throne et trois autres groupes, même les réponses irréalistes sont acceptées.
Matt : Nous avons la chance d’avoir déjà joué avec des groupes incroyables et influents, mais il y en a certainement quelques-uns qui figurent encore sur ma liste. Pour l’instant, je choisirais Paradise Lost, Khemmis et Wayfarer, car ce sont ceux que j’écoute en boucle en ce moment.
Dernière question amusante : à quel plat comparerais-tu la musique de Mammon’s Throne ?
Matt : Les autres membres du groupe m’attaqueraient si je ne répondais pas “HSP” (“hallal snack pack”, un plat de fast-food australien composé de viande de kebab certifiée halal et de frites, ndlr). Les non-Australiens devront peut-être chercher ce que c’est ! Comme notre musique, c’est un mélange très unique.
C’était ma dernière question, merci beaucoup pour votre temps et votre musique, le mot de la fin vous appartient !
Matt : Merci beaucoup pour ces excellentes questions. J’ai pris beaucoup de plaisir à y répondre. Merci également à tous ceux qui ont manifesté leur intérêt pour notre musique jusqu’à présent. Nous espérons que vous apprécierez l’album lorsqu’il sortira le vendredi 13 mars ! Si vous souhaitez découvrir notre musique, nous avons actuellement trois clips vidéo à vous proposer.