Review 3166 : Tanork – Diskar

Les bretons de Tanork débarquent à nouveau !

Créé en 2020 à Rennes, le groupe sort rapidement un premier EP, suivi en 2023 d’un album, tous deux indépendants. En 2026, Eflam Castrec (guitare/chant), Melaine Gautier (basse/chant) et Morgann Lavaux (batterie) rejoignent Musiko Eye avec qui ils sortent leur deuxième album, Diskar.

Ne perdant pas ses bonnes habitudes, le groupe écrit en breton, et c’est avec Gwad an Diaoul qu’ils vont nous mettre une première claque, non sans avoir intégré une intro aux claviers assez rétro, façon films d’horreur des années 80. Une fois celle-ci passée, la rythmique nous frappe de plein fouet, accompagnée de parties vocales dans la plus pure tradition du Death Old School, confirmant l’attrait du groupe pour ce style, mais aussi sa qualité : les riffs auraient clairement pu sortir des premiers opus des maîtres du style tout en intégrant des passages plus travaillés ! Enteuzet get Trenk, le morceau suivant, est du même acabit, couplant des passages saccadés à des moments bien plus virulents ou à d’autres très accrocheurs et ouvertement taillés pour la performance scénique, comme la moshpart plus lourde ou le break basse/batterie, puis c’est avec le titre éponyme Diskar que le groupe va nous briser une fois de plus la nuque. Déjà assez énergique à son rythme de base, la composition propose aussi quelques accélérations plus orientées Thrash assez simples mais efficaces, à l’inverse de Distrujour ar Bed qui s’ancre dans un mélange Death Metal assez technique et sans compromis à belle allure qui ne ralentit que pour enfoncer un peu plus la sensation d’oppression. On repart sur les chapeaux de roues avec Argad, nouveau rouleau compresseur à l’efficacité immédiate qui donne envie de headbanguer comme en 90, puis l’atmosphère redevient pesante avec l’introduction de An Ankoù àr e Varc’h, qui se métamorphose finalement en ruée brutale accompagnés par cris, blast et harmoniques. Le final plus lent permet de revenir aux tonalités morbides, puis Sklaved an Doueed va de nouveau accélérer le pas et proposer des parties plus groovy tout en restant dans la complexité (notamment dans la basse) avant de rendre hommage à l’un des groupes qui compte sans aucun doute parmi leurs plus grosses influences, Sepultura, en reprenant le titre Slave New World, qui sans surprise, s’adapte parfaitement à leur discographie, et referme l’album avec une touche de violence nostalgique.

Bien que le groupe et ses membres soient jeunes, Tanork fait tout comme ses ancêtres, et propose sur Diskar une belle tranche de Death saupoudré de Thrash Old School. Si c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes, les leurs viennent tout droit de la genèse du style !

95/100

English version?

Quelques questions à Eflam et Melaine, respectivement guitariste/chanteur et bassiste/chanteur du groupe Tanork, à l’occasion de la sortie de leur deuxième album, Diskar.

Bonjour et tout d’abord, merci de m’accorder de votre temps ! Pouvez vous/Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ? Sans utiliser une quelconque étiquette de style, telles que “Death Metal”, comment pourriez-vous décrire le groupe Tanork ?
Tanork : Je suis Melaine Gautier, bassiste et un peu chanteur dans le groupe et membre fondateur du groupe Tanork. Moi, je suis Eflam, guitariste et chanteur. Et il y a Morgann qui est batteur. Je dirais qu’on est un groupe qui est axé sur l’efficacité des riffs avec le le côté direct et rentre dedans, entre autres dû à notre inspiration des premiers Sepultura et les premiers Obituary. On joue vite et on crie fort !

Pourquoi avoir choisi ce nom, et pourquoi l’avoir choisi en Breton ? Comment le relies-tu personnellement à la musique que vous jouez ?
Tanork : A la base c’est un mot inventé. C’est le frère de Mel qui jouait à Skyrim beaucoup, il devait nommer un avatar et il l’a appelé comme ça. A savoir que ça n’a aucune signification et qu’ il n’appartient à aucune langue. C’est sûr que ça prête à confusion parce qu’on chante en breton.

Votre deuxième album, Diskar, sort bientôt, comment vous sentez-vous au sein du groupe ? Avez-vous déjà eu des retours à son sujet ?
Tanork : En fait, on n’attend que de le sortir, on en a marre. Au niveau retour, on a envoyé l’album à des amis, à des proches et en général les retours sont bons, les gens trouvent ça efficace et bien bourrin, donc on est content.
Raven: J’ai l’impression que ces deux mots vont vous suivre tout au long de l’interview !

Comment résumerais-tu Diskar en trois mots ?
Tanork : Je l’ai dit tout à l’heure, mais vraiment rentre-dedans et droit au but. Nous, nos morceaux ne sont pas très longs, pas parce qu’on manque d’idées, mais parce qu’on considère que c’est comme ça qu’on fonctionne le mieux en allant à l’essentiel. 

Comment s’est passé le processus de composition de Diskar ? As-tu remarqué des changements par rapport au premier EP ou à l’album précédent ?
Tanork : On a commencé à composer cet album directement après que le premier album soit sorti. Donc ça devait être en novembre ou décembre 2023. On a fait ça sur 2 ans. Le processus, globalement, on compose plutôt ensemble, il n’y a pas vraiment de morceaux qu’on a fait individuellement. On a des idées de manière individuelle et ensuite on les met en commun, mais la structure et l’assemblage des morceaux se fait plutôt en collectif. On fait en sorte que chacun puisse y apporter sa patte car bien qu’on soit un groupe, on est aussi trois musiciens avec trois façons de jouer différentes et on essaie vraiment d’être inclusifs à ce niveau-là pour que chacun puisse amener sa pierre à l’édifice. On avait commencé du coup avec Maël (Mael Gautier, ancien guitariste du groupe, ndlr), qui avait une patte beaucoup plus moderne. Je pense que ça se ressent quand même pas mal dans le premier album. Ensuite on a continué à deux et on a gardé nos pattes bien old school

Le son du groupe est profondément ancré dans le Death Metal Old School, mais aussi le Thrash et le Hardcore comment arrivez-vous à créer votre propre touche depuis ces racines ? Quels groupes citeriez-vous comme vos principales influences ?
Tanork : Le côté Trash il se ressent aussi parce que Eflam et moi, avant de rentrer dans le milieu un peu obscur du Metal extrême, on est arrivé là-dedans avec le Thrash Metal et notamment via le groupe Havok de Denver et je pense que c’est ce groupe-là qui a lancé le truc. C’est clairement eux qui nous ont donné envie de monter un groupe. Je pense que c’est une grosse part de Tanork. Pour le côté Hardcore on vient de Rennes et c’est une ville qui est assez connue pour le  hardcore, il y a le Superbowl of Hardcore Festival tous les ans qui qui s’y déroule, donc on est quand même dans un milieu où le Hardcore est culturellement bien ancré dans la ville. On ne va pas non plus s’étiqueter comme étant un groupe de Death/Hardcore puisque c’est pas vraiment ce qu’on fait, même si on a des influences.

Les paroles sont également en breton, comment avez-vous réussi à traduire vos textes ? Quelle est selon vous la plus-value du Breton pour le Death Metal ?
Tanork : On est tous les trois bretonnants, on a fait tout notre parcours, sauf Morgann qui n’a fait qu’une partie, dans un réseau d’écoles en breton, en immersion en langue bretonne de la maternelle au lycée. Ce qui fait que maintenant on est bilingue donc on n’a pas besoin de traduire en français.

On retrouve une reprise de Sepultura sur l’album, Slave New World. Pourquoi l’avoir choisie précisément, et comment avez-vous réussi à la transposer en breton ?
Tanork : Je trouve que c’est peut-être. le morceau de l’album de Sepultura qui correspond le mieux à ce que nous voulons raconter dans nos paroles. Il parle un peu de tout et se termine sur la phrase “We’re not slaves, we?re free”. Je pense que ça traduit bien notre état d’esprit. Par contre, on ne l’a pas traduite en breton, on la chante en anglais.
Raven: Je suis un peu déçue là, ça aurait été intéressant de pouvoir comparer les deux.
Tanork : On y avait songé, on pense que le message serait passé dans les deux langues, mais  peut-être que ce texte-là passe mieux en anglais.
Raven: Et toujours sur la la continuité du du breton parce que c’est quand même très intéressant. Selon vous, y a-t-il une vraie plus-value de la langue bretonne dans le Death Metal?
Tanork : Je ne sais pas si ça nous aide à nous démarquer. On le fait juste parce que c’est notre langue à nous et on a envie de chanter dans cette langue-là. C’est aussi un peu un acte militant, on a envie de montrer aux personnes qui écoutent du Metal que peu importe la musique, on peut chanter autrement qu’en Anglais. Aussi quand on est musicien en Bretagne, on est vite catalogué dans la case musique traditionnelle, et c’est un moyen de montrer qu’on peut faire de la musique actuelle dans la langue bretonne et c’est pas parce qu’on chante en breton qu’on fait de la musique traditionnelle.

Diskar sort sur le label ??Musiko Eye, comment s’est passée la prise de contact et comment se déroule la collaboration avec eux ?
Tanork : On avait joué au Samaïn en 2023 et Gérôme était là. Il a vu notre concert quand on n’était que tous les deux. Il avait bien aimé ce qu’on faisait et nous avait payé le pressage du premier album pour 200 exemplaires avec un partenariat. Quand on est repassé en octobre, il est venu nous voir et nous a dit: “j’ai envie de vous signer”. La collaboration se passe très bien et on pense que c’est vraiment le meilleur label pour sortir notre deuxième album.

J’ai déjà eu la chance de vous voir sur scène à Mennecy en 2024 puis au Motocultor l’année suivante, comment construisez-vous votre jeu de scène ? Comment abordez-vous un concert de Tanork ? Est-ce que vous avez de petites habitudes pré ou post-concert ?
Tanork : Je dirais que pré concert, Il y en a toujours un de nous trois qui est plus stressé, ce n’est pas tout le temps le même et le rôle des deux autres c’est de l’accompagner. La routine pré-concert, on va dire, c’est de de s’encourager tous les trois à donner le meilleur de nous-mêmes que ce soit musicalement ou dans la façon de bouger sur scène parce qu’on a vraiment envie d’offrir un spectacle. On essaye aussi d’être percutant dans notre manière de bouger et de montrer nos mouvements de scène. On s’encourage et après le concert on ne fait pas grand chose, on décompresse, on va boire un coup. Quand on a un stand, on y va et on parle avec les gens, ça nous fait aussi vraiment plaisir d’avoir des retours car on n’a pas forcément la même vision que le public et ça nous permet aussi de relativiser quand on se dit qu’on a fait un concert de merde.

Quels sont les prochains projets pour Tanork après la sortie de l’album ?
Tanork : Il y a rien de fixé pour l’instant, mais pourquoi pas faire soit un EP soit un split. La priorité sur le court terme c’est de faire un max de concert et de trouver un max de dates, à un maximum d’endroit et tout défoncer. Parce que du coup si on sort autre chose ça ne sera pas tout de suite,pour le moment on est énormément dans la communication et dans la promotion de l’album.

Pensez-vous vous être améliorés en tant que musiciens et compositeurs avec cet album ?
Tanork : Oui, je pense complètement. Moi, perso, je pense que je me suis bien surpassé car je n’ai jamais pris de cours de guitare ni de chant. Ça m’a vraiment poussé à. donner tout ce que je pouvais pour composer des bons riffs et surtout pouvoir les jouer après sur scène. Et moi pareil. C’est vrai qu’on on avait tendance avant à composer des trucs qu’on n’arrivait pas à jouer correctement et à force de les jouer parce qu’on s’était dit qu’on avait composé ça, bah ça nous a quand même fait travailler la technique et je pense qu’on voit une amélioration en terme de technique. 

Le groupe est relativement jeune, et vous aussi, comment vous êtes-vous lancés ? Que faites-vous à côté du groupe ?
Tanork : On a commencé à jouer ensemble en 2019, ça fait quand même 7 ans qu’on joue ensemble. Par contre, les premières compositions ont vu le jour en 2020, 2021. On a commencé à faire des dates en 2023, c’est  donc assez récent que c’est devenu quelque chose d’un peu plus sérieux. Même si ça fait 7 ans qu’on joue ensemble, moi j’ai que 20 ans et toi aussi toi aussi, à côté moi je je fais encore des études et la difficulté c’est de s’organiser un maximum pour le groupe et les études. Morgann lui, il a un an de moins que nous, mais il est dans la même situation, encore étudiant.

Avec quels groupes rêves-tu de jouer ? Je te laisse imaginer ta date de rêve avec Tanork en ouverture, et trois autres groupes.
Tanork : *en choeur* Obituary ! Gatekeeper et Skelethal avec qui on a déjà joué. On aimerait bien rejouer avec eux. 

Dernière question : à quel plat pourrais-tu comparer la musique de Tanork ?
Tanork : Un Chili Con carne ? Non plutôt sin Carne, végétarien !

C’était donc ma dernière question, je te remercie pour ta disponibilité, et je te laisse les mots de la fin !
Tanork : Et bah, comme on dit à chaque, à la fin de chaque interview, Bevet Breizh, bevet ar brezhoneg ! Et bevet ar Metal, voilà. Ca veut dire “vive la Bretagne ! vive la langue bretonne et vive le Metal !” Je pense que ça résume à peu près ce qu’on est.

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