
La revanche a sonné pour Pilori.
Au moment où le groupe rouennais fête ses dix ans, J. (basse), Gu. (batterie), R. (guitares) et Gr. (chant) se préparent également pour un autre défi de taille : la sortie de leur troisième album, Sans Adieu, chez Frozen Records.
Le groupe frappe fort dès le premier titre, Lèse-majesté, qui combine dissonance, sonorités abrasives, hurlements imposants et cette atmosphère toujours oppressante qui leur colle à la peau, transpirant d’une noirceur agressive à souhaits. Les racines Crust permettent de développer des passages accrocheurs, mais on retiendra surtout cette explosion presque théâtrale suivie de moments inquiétants qui nous mènent à l’entêtante À Pierre Fendre, composition pesante et lancinante d’abord très régulière qui contraste avec le morceau précédent, mais qui propose aussi ses éruptions de violence inattendues. On enchaîne avec Le couteau par la lame qui revient à des riffs saccadés infusés à la rage pure, mais également aux sonorités ténébreuses qui lui donnent une identité belliqueuse, quoiqu’un peu courte, tout comme Chiendent qui frappe sans prévenir à sa suite. On retrouve cette fureur viscérale ainsi que des touches Black Metal glaciales, presque Old School, mais qui sera elle aussi de courte durée, cédant volontiers sa place après un final lourd à Chaos rampant qui s’installe sans prévenir et nous moleste avec ses propres riffs agressifs à souhaits, osant les harmoniques cinglantes comme les patterns irréguliers. Le titre se termine à grands coups d’influences bruitistes dérangeantes, puis Sans adieu prend le relai, offrant une douceur inquiétante qui nous empêche de profiter pleinement de ce moment de calme, et bien que nous soyons sur nos gardes, rien n’empêchera La présence des absents de sévir à son tour, tissant progressivement son atmosphère étouffante. Les quelques leads grinçants sont du plus bel effet pour faussement adoucir l’oppression sonore développée par le quatuor, qui finira par nous lâcher sur la lente Avant que le vent ne se lève, composition écrasante régie par une double pédale vive et capricieuse, apparaissant par vagues pour rythmer des riffs déjà assez lourds. Bien qu’il arrive un peu tôt à mon goût, le final acoustique nous permet de reprendre enfin notre souffle avant de rencontrer Volontaire, composition qui démarre de manière assez modérée, incluant même du chant clair nous faisant craindre le pire, mais qui ne l’empêchera évidemment pas d’arriver et de nous frapper par petites éruptions à la limite du Sludge. On notera également quelques cordes plus mélancoliques, mais la dernière vague de chaos sonore nous projette sur La rose et l’épine qui assume sans attendre ses touches brumeuses qui vont à leur tour embrumer notre esprit pendant que la rythmique changeante nous frappe à pleine puissance, tissant même une pointe plus dramatique avant de clore l’album.
Si Pilori ne renie pas ses influences les plus sauvages et chaotiques, le groupe nous montre avec Sans Adieu des volutes aériennes, entêtantes et même parfois hypnotiques pour mieux nous frapper. Un véritable délice de crasse et de violence !
90/100