
Trente années plus tard, Impure Wilhelmina est toujours là.
En 2026, le groupe suisse mené par Michael Schindl (chant/guitare), Mario Togni (batterie), Sébastien Dutruel (basse) et Edouard Nicod (guitare) fête en effet ses trente ans, mais sort aussi son neuvième album, Le Sanglot, chez Season of Mist.
Nous sommes immédiatement immergé dans l’univers vaporeux du groupe avec Électricité noire, le premier morceau, qui va d’abord développer ses tonalités aériennes et dissonantes avant de placer les parties vocales mélancoliques en français. Moi qui suis d’habitude assez réfractaire au chant clair dans ma langue maternelle, je lui trouve ici un certain charme innocent, adoucissant même les passages pesants tout comme sur Cent mille plaies qui lui emboîte le pas avec des tonalités enivrantes. Le morceau est un peu plus court, mais son intensité ne descend que sur le final acoustique avant de faire place à Abîme, qui tisse une touche plus sombre et pesante, que ce soit côté paroles ou riffs qui, bien qu’assez légers, nous font plonger avec eux dans ce voile de morosité avant de finalement s’embraser et s’alourdir sensiblement. Le final entêtant passera le relai à Larmes de joie, morceau qui comme on s’y attendait n’a absolument rien de joyeux, proposant au contraire une sorte de nostalgie contagieuse qui va nous hanter en un rien de temps, mais on notera également une pointe d’agressivité, notamment au niveau de la basse, puis l’atmosphère s’apaise avec Dévoreur d’étoiles qui prend sa place et propose une intro assez intrigante. Le titre est assez long, et mettra un petit moment à vraiment lancer ses tonalités lancinantes par vagues successives pour finalement rejoindre Train mort qui se montre bien plus menaçant et angoissant, laissant le chant saturé s’inviter dans des riffs imposants. La pression redescend sur Frelon ivre, et même si l’ambiance reste assez ténébreuse, on sent tout de même que le chant est revenu au calme, à cette mélancolie envoûtante et contagieuse avant de profiter d’un regain d’énergie sur Blanche réalité, le morceau suivant. Là encore, on se retrouve pris entre deux eaux, la première qui injecte la lourdeur du Post-Metal, et la seconde qui se veut plus douce, mais c’est finalement la première qui gagnera sur l’ouragan central, laissant parfois sa rivale reprendre du terrain pour mieux le lui arracher à nouveau avant de rejoindre Demain j’abandonne, morceau suivant qui calmera les ardeurs de tous. Si le son reste clair, il est difficile de ne pas saisir le renoncement poignant qui est évoqué avant de passer sur À jamais radieuse qui renoue avec la saturation et nous offre une dernière dose de peine musicale et contagieuse qui nous fait lentement et naturellement faire de petits mouvements de tête jusqu’à la fin.
Je me souviens du moment où j’ai découvert Impure Wilhelmina dans une petite cave parisienne, et j’ai à ce moment su que sa musique resterait dans un coin de ma tête pour un moment. Neuf années ont passé, mais Le Sanglot m’a ramené dans ce souterrain sombre, avec des riffs toujours hypnotiques, et même si l’approche est plus douce, elle est toujours aussi intense.
85/100
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