Review 3334 : Mourir – Nous, le venin

Rébellion chez Mourir.

Un an et demi après leur dernier EP, Olivier Lolmède (guitare/chant, Drawers, Vermine, ex-Plebeian Grandstand), Alexandre Berenguer (guitare, Drawers), Théophile Antolinos (basse, Bruit ?, M83) et Maël Pretet (batterie) signent avec Pelagic Records pour la sortie de leur nouvel album, Nous, le venin.

Nous débutons dans l’angoisse avec Feu d’un regard, premier titre à l’introduction minimaliste faite de percussions et quelques bruits en arrière-plan, mais les riffs imposants et lancinants ne tarderont pas à faire leur entrée, suivis par les hurlements terrifiants qui rendent le mélange oppressant à souhaits. On notera quelques accélérations dans ce voile de ténèbres aux racines Sludge brumeuses avant de passer à Ennui Ennemi où le son devient plus complexe, plus chaotique même, alors que les musiciens proposent une approche viscérale et saccadée qui passe d’une vague de violence à un passage dissonant plus calme sans prévenir. Le dernier cri est tout bonnement glaçant, contrastant avec les tonalités majestueuses de Mon rêve animal qui prend la suite et nous expose à des touches abrasives infusées de Black Metal malsain que la composition défile, nous captivant toujours plus grâce à ses enchaînements naturels et pourtant très pesants. Le final est également très épuré, à l’inverse de Je est absent qui se veut glacial, presque même distant mais très pesant avant de déverser toute sa noirceur à vive allure qui sera brisée nette par un long passage très aérien pour mieux redémarrer et nous noyer une fois de plus. Des bruits étranges nous accompagnent pour passer à Aux inutiles, titre suivant qui démarre en trombe et qui nous assomme avec des vagues de frappes explosives et régulières, nous menant dans le côté sombre et bestial des riffs les plus déchaînés tout en empruntant au DSBM côté chant. L’album prendra fin avec la longue Nous, le venin, composition de plus de 10 minutes qui prend le temps de distiller son imposante et ténébreuse vision musicale qui mêle toutes les racines du projet dans un épais torrent aussi sombre et étouffant pour nous qu’il en est viscéral pour le quatuor avant la libération finale.

Si Mourir est un projet aux influences toutes sombres et oppressantes, le résultat est presque intime, criant de réalisme. Nous, le venin est sans aucun doute trop obscur pour le commun des mortels, mais ceux qui vont l’apprécier ne le lâcheront pas !

90/100

English version?

Quelques questions à Alexandre Berenguer, guitariste du groupe Mourir, à propos de la sortie de leur nouvel album, Nous, le venin.

 

Bonjour et tout d’abord, merci de m’accorder de votre temps ! Sans utiliser une quelconque étiquette de style, telles que “Black Metal”, “Sludge” et autres sous-genres, comment pourriez-vous décrire le groupe Mourir ?
Alexandre Berenguer (guitare) : Bonjour et merci beaucoup pour cette interview ! La musique de Mourir c’est une tentative de faire une musique étouffante, de provoquer une sensation inconfortable par moment, mais aussi des moments de grâce épique à d’autres moments. Il faut que ça soit une expérience cathartique.

Pourquoi avoir choisi le nom Mourir, et comment le relies-tu personnellement à la musique que vous jouez, même après les quelques années écoulées depuis sa création ?
Alexandre : Je crois que Mourir est venu avec l’idée d’avoir un nom simple et impactant, que ça évoque quelque chose que tout le monde connaît sur la planète mais en même temps quelque chose qui ne serait pas anodin du tout. Pas anodin au sens de grave voire même tabou tellement la violence émotionnelle que ça peut engendrer est forte. Et je crois que c’est cette violence émotionnelle que l’on cherche à recréer avec notre musique.

Votre troisième album, Nous, le venin, sort le mois prochain, comment vous sentez-vous au sein du groupe ? Avez-vous déjà eu des retours à son sujet ?
Alexandre : C’est notre premier album depuis l’arrivée de Théo (basse) dans le groupe. Il joue par ailleurs dans Bruit ? et son arrivée a amené une nouvelle dimension plus noise et “mur du son” dans notre musique. Pour le moment nous avons de bons retours, c’est un album dense et qui peut décontenancer, mais avec un goût étrange de reviens-y.

Comment résumerais-tu Nous, le venin en trois mots ?
Alexandre : Vivant, sincère, offensif.

Comment s’est passé le processus de composition de Nous, le venin ? As-tu remarqué des changements, ou une évolution par rapport aux précédentes sorties ?
Alexandre : Nous commençons généralement avec des maquettes à l’ordinateur, que nous peaufinons Olivier (guitare/chant) et moi, puis nous mettons ces maquettes à l’épreuve en répétition avec Théo et Maël (batterie). Généralement beaucoup de modifications se font à ce moment-là, et des allers-retours répétition/ordinateur se font jusqu’à obtenir une maquette finale du morceau et en parallèle savoir parfaitement le jouer live pour le studio. C’est un processus que nous employons depuis notre album Disgrâce. Avant cela, sur Animal bouffe animal, c’était Olivier qui amenait toutes les idées, car Maël et moi n’étions pas du tout familier avec le style… ça a été le moment pour nous d’apprendre ses codes et sa culture avec Olivier.

Le son du groupe mélange une base de Black Metal très brute, des touches Sludge, des moments bien plus calmes, presque même dépouillés ou expérimentaux… comment arrivez-vous à mêler toutes vos racines pour créer votre propre touche ? Quels groupes citerez-vous comme vos principales influences ?
Alexandre : Comme je l’évoque dans la question précédente, le fait que seul Olivier vienne du Black Metal et soit le seul à avoir une forte culture dans ce style, notamment le Black Metal norvégien des années 90, fait qu’au moment de la composition les 3 autres peuvent amener leurs propres cultures, à savoir plutôt des éléments Post-Metal/Sludge dans une veine Neurosis ou Cult of Luna. Et aussi la volonté de repousser certaines limites autant que possible, ne pas coller aux codes du folklore d’un style ou d’un autre, mais chercher notre propre voie là-dedans. Je pense que Mourir est un mélange de toutes ces influences qui se télescopent.

Les titres de l’album révèlent un regard très pessimiste et sombre sur le monde, confirmé par le son très pesant et oppressant. Qu’est-ce qui vous motive à écrire au sein du groupe ?
Alexandre : Olivier s’occupe de l’écriture des paroles et des titres, il choisit donc les thèmes abordés, mais il y a un fil conducteur depuis Disgrâce sur l’observation du monde qui nous entoure dans un contexte très urbain. Les albums parlent de la violence dans notre société, nous venons de Toulouse qui est parmi les plus grosses villes de France, la violence sociale est omniprésente, et s’accentue chaque jour. Sur Nous, le venin, le constat pessimiste est posé sur le fait que malgré nous, nous faisons partie du problème, faute de pouvoir s’extirper du système facilement sans se mettre en danger pour notre santé et santé mentale. La réalité est que la plupart des gens ne peuvent rien faire d’autre qu’embrasser tout ou partie du système, et contribuer malgré eux à la violence systémique.

Pensez-vous avoir progressé, ou évolué en tant que musiciens et compositeurs ?
Alexandre : Je pense que depuis Animal bouffe animal, nous avons appris beaucoup des codes du Black Metal traditionnel pour mieux nous les approprier et essayer de les tourner à notre sauce. Aussi nous faisions de la musique ensemble depuis de nombreuses années déjà, donc nous nous connaissons par coeur et nous savons de quoi sont capables les autres, ça aide énormément. Mais nous essayons sans cesse de nous challenger techniquement, ou bien sur le son !

Nous, le venin sort chez Pelagic Records, comment s’est passée la prise de contact avec eux ? Qu’en est-il de votre collaboration avec Agence Singularités pour les relations presse ?
Alexandre : Nous devons ces deux collaborations à Théo qui travaillait déjà avec eux avec Bruit ?. Robin de Pelagic a été intéressé par le projet car notre style est absolument absent de son catalogue, il voulait donc challenger un peu son auditoire pour voir ce que ça pouvait donner.

L’artwork est assez perturbant, coupé en deux pour la version CD/vinyle, mais entier pour la cassette, représentant un homme debout. Je n’arrive pas vraiment à comprendre ce qu’il représente, peux-tu m’en dire un peu plus ? Que ce soit pour sa création ou sa signification.
Alexandre : En effet, pour des raisons de censure omniprésente sur les réseaux sociaux, dont nous aimerions nous passer mais dont nous n’avons pas vraiment le choix que de les utiliser, nous avons préféré couper l’image de la cover. Mais elle sera bien présente en entier sur l’arrière du disque ! Il s’agit d’une peinture à l’huile peinte par notre compatriote toulousain Thomas Davezac, et elle représente un homme nu, le regard complètement ailleurs et imperturbable face à deux chiens en train de se battre, dans une maison vide. Le regard de cet homme, c’est celui d’un homme qui réalise qu’il fait partie du problème et qu’il n’arrivera pas à en sortir. Et aussi qu’il a de plus en plus de mal à trouver de la beauté et à être touché.

Le groupe a déjà fait une poignée de dates depuis sa création, comment abordez-vous un concert avec Mourir ? Est-ce que vous avez de petites habitudes pré ou post-concert ?
Alexandre : En effet, nous avons fait plusieurs tournées et plusieurs festivals. Nous abordons les concerts avec l’idée de proposer un set intense sans interruption, mais relativement court, autour des 35 minutes. Il faut que ça soit un tunnel asphyxiant de bout en bout.

Vous avez joué au mythique Hellfest, comment s’est passé le concert de votre point de vue ?
Alexandre : Super bien ! L’accueil par les équipes du Hellfest est vraiment incroyable de gentillesse et de professionnalisme, on sent que c’est une très très grosse machine très bien huilée. Nous avons joué sous la Temple à 11h du matin et la tente était remplie, que demander de plus… Après comme tu le sais c’était une période de canicule et ça par contre c’était difficile, heureusement que nous avions accès à des espaces ombragés pour les artistes.

Quels sont les prochains projets pour Mourir après la sortie de l’album ?
Alexandre : Nous avons une grosse tournée européen à l’automne, on n’a jamais tourné aussi longtemps alors on a hâte ! Avec de belles dates à la clef, notamment le Soulcrusher Festival aux Pays-Bas.

Avec quels groupes rêves-tu de jouer ? Je te laisse imaginer ta date de rêve avec Mourir en ouverture, et trois autres groupes.
Alexandre : Je crois qu’une date de rêve serait de jouer avec Fluisteraars, The War on Drugs et Torche.

Dernière question : à quel plat pourrais-tu comparer la musique de Mourir ?
Alexandre : J’aurais du mal à trouver un plat mais on pourrait comparer Mourir à un Campari Tonic : c’est super amer mais super frais et on a quand même envie d’y revenir.

C’était donc ma dernière question, je te remercie pour ta disponibilité, et je te laisse les mots de la fin !
Alexandre : Merci pour ces questions et merci pour le soutien, n’hésitez pas à venir écouter Nous, le venin sur notre page bandcamp, et on espère vous croiser sur un concert à l’automne !

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