Review 3362 : Godes Yrre – Feelings Can Burn You

Godes Yrre concrétise son dernier projet en date.

Créé à Cuba en 1994 puis relocalisé en Suisse, le projet du musicien Abel Oliva (Sectarium, Spiritus) signe chez Bitume Productions pour la sortie physique de son cinquième album, Feelings Can Burn You, qui regroupe ses trois derniers EPs.

On attaque immédiatement avec le mélange entêtant de racines Gothiques sur Meditating Inside a Coffin, premier morceau qui mêle harmoniques enivrantes et patterns assez pesants, mais l’arrivée du chant va donner une touche organique supplémentaire à cette composition déjà bien chargée. Le musicien s’en donne à coeur joie sur le solo torturé, puis la rythmique devient un peu plus remuante et saccadée avec Stranger Black Things, titre suivant qui va lui aussi proposer énormément d’éléments, notamment lors des passages où les claviers sont en marche. On retrouvera heureusement des passages plus épurés qui contrastent avec les leads, mais on trouve toujours ce côté enjoué alors que le morceau éponyme Feelings Can Burn You est bien plus lancinant et majestueux, couplant habilement une rythmique lente avec des orchestrations imposantes, ne faisant intervenir la voix qu’assez tardivement. On notera d’ailleurs une touche un peu robotique sur certaines parties de chant, qui redeviendra un peu plus tragique sur Medusa Sighs, le morceau suivant, où la rythmique suit le même chemin pour redevenir assez lisse tout en gardant ses touches oppressantes quoiqu’un peu étranges par moments. Le ton devient encore plus pesant avec Swimming in the Sea of Fire, morceau qui se pare parfois de sonorités épiques alors que certains passages sont très simples, et d’autres bien plus hypnotiques notamment grâce aux claviers et harmoniques, se révélant relativement efficace sur la durée à l’inverse de Kill the Jocker qui lâche immédiatement ses cordes pour surprendre avant de devenir plutôt constante. On passe alors à She Kisses Like a Mummy après le retour des cordes, mais ce nouveau morceau va changer assez drastiquement l’atmosphère, nous berçant dans des tonalités rassurantes que même le chant brut ne parviendra pas à trop assombrir, alors que les quelques percussions lui accordent des tons inquiétants. Loving with Hate prend le relai tout en affirmant cette lenteur enivrante et son jeu de batterie travaillé qui permet aux autres éléments se s’y intégrer facilement avant que Poisons & Spells ne prenne le relai avec une approche toute aussi mystérieuse et persistante avant le break presque vaporeux emprunté au Shoegaze qui nous conduit à la fin de l’album.

Le groupe nous offrira tout de même un titre bonus, la douce réinterprétation acoustique du premier titre nommée ici Meditating Inside où le chant clair de Iolanu est bien plus apaisé, collant parfaitement à la douceur et lui donnant presque des airs de balade, tout en restant assez macabre lorsque l’on comprend les paroles.

Si l’on ne peut enlever à Feelings Can Burn You d’être très long, on ne peut pas non plus cacher ses racines Old School enivrantes. Bien que Godes Yrre soit l’œuvre d’un seul musicien, je me surprends à imaginer ce que le groupe pourrait donner sur scène…

75/100

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