Review 3414 : Whispered – Honorbound

Il aura fallu dix années à Whispered pour retrouver le champ de bataille.

Actif depuis 2004 (2001 sous le nom Zealot), le groupe nous avait offert son dernier album studio en 2016, avant de se faire discret. Cette année, Jouni Valjakka (guitare/chant) et Mikko Mattila (guitare/choeurs/shamisen) reviennent, accompagnés par Olli Paajanen (basse, Buried Within You , ex-Nerve End) et Filip Gäddnäs (batterie, Vampiric Oath, Myrkblot), pour un quatrième album, Honorbound, soutenu par Ranka Kustannus.

L’album débute au son d’Ikikaere, premier titre au nom symbolique d’abord assez mystérieux mais qui révèle rapidement l’identité du groupe, que ce soit avec le shamisen ou les racines Death Mélodique intenses suivies par les hurlements viscéraux et leurs quelques choeurs. La fureur est parfois temporisée par des éléments calmes mais galvanisants avant de partir à l’assaut d’Heavensbane, titre suivant où le groupe adopte une autre approche tout en faisant appel à Ukri Suvilehto (Abbath) pour les percussions, proposant une touche martiale efficace. Nouvelle percée à travers la quiétude avec Shadowblade qui démarre très lentement mais avec un passage inquiétant qui assombrira l’intégralité de la composition avec ce voile pesant, mais le groupe finira par le dépasser pour reprendre ses touches épiques lumineuses pour finalement rejoindre Battlecry, où le groupe est aidé aux choeurs par Jukio Kallio et Juho Pakkasvirta. Le morceau reste assez groovy tout en comptant sur des harmoniques perçantes et sur ses invités pour être assez diversifié, puis le groupe revient en force avec A Warrior’s Dream, morceau lui aussi très contrasté qui affirme autant sa violence que ses passages plus doux dédiés aux mélodies vive. L’aventure reprend sur Gods of Rain, titre assez long qui s’autorise une introduction planante aux influences asiatiques marquées avant de se renforcer et proposer des riffs plus lourds sur lesquels les parties vocales prennent naissance. La longueur du titre lui permet de s’essouffler puis de reprendre naturellement du poil de la bête pour atteindre Where the Spirits Thrive, deux fois plus courte mais largement plus rapide et qui reprend la rage inhérente aux hurlements, suivant parfaitement ce que l’on attend des finlandais. Comme à son habitude, le groupe a choisi de créer un long titre pour clore l’album, et si la durée du morceau éponyme Honorbound peut surprendre (car il est de loin le plus long de toute leur discographie), il se vit comme une véritable histoire à lui tout seul, alternant à sa guise les longs passages instrumentaux ou ajoutant les hurlements viscéraux lorsqu’il en a besoin, et accélérant pour redynamiser les troupes, et ainsi nous laisser pantois devant une telle pièce.

Whispered a manqué au paysage Metal pendant ces dix années, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que leur retour est conséquent ! Honorbound suit à la fois ses racines finlandaises et ses inspirations japonaises, créant ainsi le parfait album pour les fans du groupe.

85/100

English version?

Quelques questions à Jouni Valjakka, fondateur, guitariste et chanteur du groupe finlandais de Death Metal Mélodique aux influences japonaises Whispered, à l’occasion de la sortie de leur nouvel album, Honorbound.

Bonjour Jouni, et tout d’abord merci beaucoup de prendre le temps de m’accorder cet entretien ! Pour commencer, comment vas-tu ?
Jouni Valjakka (guitare/chant) : Merci pour cette opportunité ! Je vais bien, même si je suis débordé, haha. Après une si longue pause avec le groupe, les opportunités nous tombent dessus de manière très aléatoire alors que nous nous préparons pour la sortie de l’album.

Comment décrirais-tu la musique de Whispered sans utiliser les mots “Death Metal Mélodique” ou tout autre sous-genre ?
Jouni : Imagine un paysage épique où une armée de samouraïs attaque et où des dragons méditent, tandis que quatre Finlandais font de leur mieux pour sonner comme Children Of Bodom sous stéroïdes. Le genre officiel est bien sûr le “True Finnish Samurai Metal” !

Le groupe s’appelait d’abord Zealot, puis a changé de nom pour devenir Whispered en 2004. Qu’est-ce qui a motivé ce changement ? Quel lien établis-tu encore entre ce nom et la musique que vous jouez aujourd’hui ?
Jouni : J’ai trouvé le nom Zealot dans le jeu Heroes Of Might And Magic III, même si à l’époque je n’étais pas sûr à 100 % de ce que cela signifiait. Au début, notre musique tendait davantage vers le Power Metal, et Zealot reflétait un peu cela. “Whispered” est un nom qui est sorti au fil de nos discussions, et j’aimais bien le contraste qu’il créait en tant que nom de groupe de Metal. De plus, sous ce nom, le groupe pouvait jouer absolument n’importe quoi, cela ne nous liait à aucune orientation particulière. Bon, notre musique des débuts comportait à peu près les mêmes éléments que celle d’aujourd’hui, même si les influences et l’esthétique du Folk japonais ont fait leur apparition dès la première démo de Whispered.

Whispered sortira bientôt son quatrième album, intitulé Honorbound. Qu’en penses-tu ? Comment résumerais-tu l’identité d’Honorbound en seulement trois mots ?
Jouni : Ça fait environ huit ans qu’on travaille sur cet album, donc j’ai toutes sortes de sentiments à son égard, haha. La grande majorité d’entre eux sont positifs, heureusement ! Cet album nous a accompagnés pendant la pandémie, pendant certaines épreuves personnelles et à travers tant de phases différentes de la vie. Pour la première fois, l’album a été entièrement créé au sein du groupe, par Mikko et moi, de la composition au mastering du produit final, ce qui a certes posé des défis, mais nous a bien sûr offert une liberté artistique totale. Je pense que cet album contient certaines des meilleures choses que nous ayons jamais créées. Si je devais choisir seulement trois mots pour le décrire, ce serait : une bonne vieille épopée, heavy et follement ambitieux !

Honorbound sort dix ans après le précédent album. Qu’est-ce que cela fait de composer dans ce contexte ? As-tu remarqué des changements dans le processus de composition ?
Jouni : Tout le processus a été extrêmement intense, et même au cours des derniers mois avant la finalisation de l’album, on a encore réussi à terminer un morceau pour celui-ci, haha. L’album contient des éléments qui datent de plus de dix ans et d’autres qui sont beaucoup plus récents. Ce que je commence à penser ces derniers temps, c’est que d’une certaine manière, c’est un peu comme un nouveau premier album pour Whispered. C’est un nouveau départ après une si longue période, et comme on contrôlait tout à 100 % pour la première fois, l’ensemble du processus a donné lieu à des choses vraiment géniales et nous a bien sûr beaucoup appris. L’arrivée d’Olli et de Filip dans le groupe nous a également beaucoup aidés à terminer l’album. Ça nous a donné le coup de pouce final dont on avait besoin pour boucler le boulot ! Aujourd’hui, j’ai tendance à écrire des morceaux beaucoup plus aboutis dès le départ, ce qui est bien sûr une évolution naturelle pour un compositeur. Mais je pense que ça ne ferait pas de mal de revenir de temps en temps à l’époque des démos MIDI. Si ça sonne génial dans sa forme la plus dépouillée, ça sonnera encore mieux une fois pleinement étoffé !

Le son de Whispered reste ancré dans le Death Metal Mélodique, le Power Metal et les influences japonaises. Quels groupes citeriez-vous comme influences, et celles-ci ont-elles évolué avec le temps ? Qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui pour créer votre musique et vos paroles ?
Jouni : Je puise mes influences dans de nombreux domaines, comme les bandes originales de jeux vidéo, les musiques de films et divers genres de Metal. Il y a beaucoup de super groupes de metal finlandais qui m’ont toujours inspiré, comme Children of Bodom, Moonsorrow, Finntroll, Wintersun et Ensiferum. En dehors de la Finlande, Blind Guardian a toujours beaucoup compté pour moi, et ces derniers temps, je suis très attiré par de nouvelles découvertes comme Lorna Shore, Orbit Culture, Saor et Cân Bardd, par exemple. Et bien sûr Havukruunu, même si ça fait déjà un moment que je les écoute ! Je pense que, dans l’ensemble, Whispered s’est orienté vers une direction un peu plus sombre et quelque peu plus atmosphérique, et que l’aspect Rock a un peu pris du recul. Bien sûr, il y a aussi des morceaux comme Battlecry sur le nouvel album, qui sont très ancrés dans le Heavy Metal classique (Manowar !). Je pense que l’on entendra toujours de nombreuses influences dans la musique de Whispered, car j’apprécie une grande variété d’approches du Metal.

Quel est ton morceau préféré sur Honorbound ? Et laquelle t’a donné le plus de mal à finaliser ?
Jouni : Ma préférée est la chanson-titre, Honorbound. Je pense avoir plutôt bien réussi à concrétiser la vision que j’avais pour ce morceau. Il y a beaucoup de morceaux que j’adore, et d’autres que j’ai appris à aimer, ce qui m’amène au morceau qui m’a donné le plus de mal à finaliser : A Warrior’s Dream. Je crois que la version qui figure sur l’album est la 26e ou quelque chose comme ça, haha. C’est le morceau le plus ancien de l’album, et à l’époque, je le voyais comme le morceau d’ouverture. Puis les années ont passé et notre approche ainsi que nos préférences ont évolué. Je n’envisageais même plus d’ajouter ce morceau à l’album, mais Mikko a fouillé dans les archives, l’a dépoussiéré et on a fini le morceau. Et je suis content que ça se soit passé comme ça, car maintenant, on a un petit moment de répit, court et très mélodique, au sein d’un album par ailleurs assez imposant.

J’ai remarqué que le dernier morceau, intitulé Honorbound, est sans aucun doute le plus long de l’album, voire de toute l’histoire du groupe. Même s’il est courant de trouver un long morceau à la fin des albums, comment avez-vous réussi à le faire durer près de 25 minutes ?
Jouni : Honorbound est un morceau dont je suis assez fier en tant que compositeur, et j’espère vraiment que les gens l’apprécieront aussi ! Je suis facilement inspiré, et un jour, Mikko m’a écrit : “ce serait tellement cool d’avoir un morceau sacrément long pour Whispered !”. Et je crois que c’est le jour même que j’ai commencé à concocter quelque chose, haha. J’adore les grandes épopées comme Tulimyrsky de Moonsorrow et Odyssey de Symphony X, et composer quelque chose de ce genre est tellement libérateur, car on peut en grande partie ignorer toutes les règles et contraintes qui pourraient nous distraire. Pendant très longtemps, je n’avais aucune idée du sujet de ce morceau, et il était presque terminé quand j’ai trouvé l’inspiration dans une histoire classique japonaise de vengeance mettant en scène les frères Soga. À ma grande surprise, de nombreux aspects de l’histoire et de l’ambiance se sont emboîtés dans la composition comme les pièces d’un puzzle, et après m’être accordé une certaine liberté créative, j’ai pu terminer la chanson. Le projet existe depuis environ huit ans et a subi quelques modifications, mais je pense avoir réussi à créer quelque chose d’intéressant et de varié qui se déploie agréablement et justifie sa longueur.

Penses-tu avoir progressé en tant que guitariste et chanteur avec ce nouvel album ?
Jouni : En tant que guitariste, oui, je le pense. Je crois avoir trouvé une approche globalement plus détendue du jeu, et j’essaie de la cultiver. Je ne me suis jamais vraiment considéré comme un guitariste, mais plutôt comme une tempête créative où la guitare n’est qu’un des outils avec lesquels j’essaie d’exprimer ma vision. Les parties chant et guitare de l’album, en raison de notre situation financière (zéro euro), ont été enregistrées un peu partout à Tampere sur plusieurs années, ce qui, selon moi, n’a pas permis au processus de se dérouler dans des conditions optimales. C’est cool de pouvoir faire ce genre de choses presque partout de nos jours, mais pour le prochain album, j’aimerais vraiment que les parties chant soient enregistrées au même endroit et dans un délai raisonnable, haha. Comme ça, quand on se concentre sur une seule chose à la fois, on peut créer des trucs vraiment géniaux. Ces derniers temps, je me suis un peu intéressé à différentes techniques, et j’ai vraiment hâte de commencer à enregistrer les voix pour le prochain album !

Parlons maintenant des concerts : comment vis-tu un concert de Whispered ? Que se passe-t-il en toi, et dans quel état d’esprit montes-tu sur scène ? Peut-être as-tu des rituels ou des habitudes avant ou après un concert ?
Jouni : Je pense que le fait de me maquiller est en grande partie un rituel, et plus j’ai de temps pour le faire, plus ça ressemble à un rituel. Une fois le maquillage et les costumes enfilés, il faut être à la hauteur pour les porter, alors je deviens le personnage. C’est toujours Jouni, mais davantage le “Dieu de la bataille” Jouni que le Jouni “gamer”.

Malheureusement, je ne vois jamais le groupe sur scène pour l’instant. Aimeriez-vous donner davantage de concerts à travers le monde ? J’ai vu que vous aviez joué une fois en France en première partie de Wintersun. As-tu des souvenirs de ce concert à Colmar ?
Jouni : Oui, bien sûr ! Notre objectif est de retourner au Japon, et ce serait génial d’aller aux États-Unis et en Amérique du Sud, mais pour un groupe de notre taille, cela reste extrêmement coûteux. Espérons que cela se fera un jour.

Vous avez récemment donné quelques concerts en Europe en mai dernier. Comment se sont-ils passés ? Comment avez-vous équilibré la setlist entre les morceaux du nouvel album et les anciens titres ?
Jouni : C’était génial, et ça nous a fait un bien fou de repartir en tournée après une si longue pause. Nous avons rencontré de nombreux fans, dont certains étaient vraiment émus de nous voir de retour, et c’était formidable de constater qu’il y a encore des gens qui ont vraiment envie d’entendre davantage notre musique. Partir en tournée avec nos potes de Torchia, c’était génial, et on va bientôt rejouer ensemble lors de notre concert de lancement d’album le 18 septembre. On voulait proposer un set assez représentatif de Whispered pour les concerts en Europe, donc il y avait peut-être deux nouveaux morceaux qui tournaient dans la setlist.

Quelle est la prochaine étape pour Whispered après la sortie de l’album ? Avez-vous déjà des projets ?
Jouni : Nous allons maintenant nous consacrer à toutes sortes de projets liés à l’album, comme des clips, etc. J’écris déjà depuis un certain temps de nouveaux morceaux pour le prochain album, et on peut vous promettre que vous n’aurez pas à attendre 10 ans pour ça ! L’année prochaine, on compte participer à quelques festivals, et il y aura peut-être encore des sorties surprises cette année… !

Avez-vous déjà entendu parler de la scène Metal française ? Y a-t-il des groupes que vous connaissez et appréciez ?
Jouni : J’ai écouté de l’excellent Black Metal des Légions Noires, et Alcest joue des morceaux vraiment cool et atmosphériques.

Y a-t-il des groupes avec lesquels vous aimeriez jouer ? Je te laisse créer l’affiche de tes rêves avec Whispered en tête d’affiche et trois autres groupes. Même les réponses irréalistes sont acceptées.
Jouni : Eh bien, Children Of Bodom a toujours fait partie de la liste, mais si on veut se lâcher, l’affiche mettrait en vedette Whispered, Blind Guardian, CoB, Havukruunu et Sodom. On pourrait tous être en tête d’affiche en même temps.

Dernière question, un peu marrante : à quel plat ou à quelle boisson comparerais-tu la musique de Whispered ?
Jouni: Il faudrait que ce soit quelque chose qui mêle l’amour de la Finlande et du Japon pour l’alcool. Essayons donc de marier la douceur du saké et du sahti. Du “sahtisaké” !

C’était ma dernière question, alors merci beaucoup de m’avoir accordé de ton temps et pour votre musique. Le mot de la fin est à toi !
Jouni : Merci pour cette interview ! Restez heavy dans l’honneur, et on se retrouve sur les champs de bataille !

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