
Les ténèbres perdurent pour Clegane.
Toujours signé chez Almost Famous, le groupe composé de Laurent (basse/chant), Guillaume (guitare/choeurs) et Olivier (batterie) propose en 2026 son nouvel album, Ocean of Black Thoughts.
On découvre dès Abandoned Temple Fate, le premier titre, un son certes minimaliste mais angoissant au possible qui nous met dans l’ambiance pour nous prendre de plein fouet l’arrivée de la saturation, qu’elle soit rythmique ou vocale, et qui va nous procurer une sensation d’oppression immédiate, collant parfaitement aux vagues de noirceur du groupe, entrecoupées de quelques passages clairs plus doux. Le contraste est rapidement séduisant, permettant aux musiciens de glisser naturellement vers la quiétude avant de revenir à l’agressivité comme sur Luminose qui exploite pleinement ses racines Grunge avant d’y ajouter la touche pesante du Doom pour l’alourdir malgré le chant clair qui rend le tout bien plus digeste, forgeant un son assez expérimental par moments comme sur l’éruption intense et inattendue, mais aussi sur les harmoniques enivrantes. Le groupe passe à une approche bien plus brute et chaotique sur Mutt, morceau relativement court et que l’on croirait presque infusé au Post-Hardcore tant il est agressif et ne nous laisse presque aucun moment de répit, mais A Room Full of Strangers va finalement apaiser les esprits avec une introduction planante, qui se transformera en mélancolie hypnotique. Là encore, les riffs plus épais apparaissent très naturellement, comme une sorte de délivrance de l’énergie négative emmagasinée par la vie pendant toutes ces années, et la souffrance sert d’arme aux musiciens pour tailler leurs riffs avant que Sun Decay ne prenne le relai, proposant une déflagration lente et pesante comme énième exutoire, tout en encaissant les vagues contrastées. Le titre nous laisse finalement dériver entre rage et calme vers le morceau éponyme, Ocean of Black Thoughts, qui va marquer la fin de l’album et nous submerger d’abord grâce à quelques riffs lancinants, puis soudainement s’embraser et nous emporter dans sa tornade d’intensité, et nous ensevelir sous ses sonorités rugueuses une dernière fois.
Même si je ne suis absolument pas coutumier du Grunge, Clegane parvient à l’utiliser pour donner à son Doom une touche brute et viscérale, qui se traduit sur Ocean of Black Thoughts par un véritable exutoire addictif de noirceur et de mélancolie. A savourer d’urgence.
90/100