Review 3456 : Les Bâtards du Roi – Ici Meurt Ma Joie

La quête continue pour Les Bâtards du Roi.

Un an seulement s’est écoulé depuis leur dernier album, mais Regicide (chant/guitare), Æni (guitare/chant clair) et Daemonicus (batterie), désormais rejoints par Barron (basse) nous dévoilent déjà leur nouveau chapitre, l’EP Ici Meurt Ma Joie, toujours soutenus par Les Acteurs De L’Ombre Productions.

La mélancolie renaît immédiatement en compagnie de l’inquiétude grâce au morceau éponyme, Ici meurt ma joie, qui est le premier à nous guider dans les ténèbres, proposant une introduction assez calme suivie d’un hurlement déchirant puis du nuage de riffs perçants qui perpétuent leur style si viscéral. Si le morceau est évidemment dominé par les cris de Regicide, la voix claire d’Æni renforce par moments le contraste intense pour nous mener vers le final majestueux, puis vers Et la nuit s’éternise qui va à son tour nous envoûter en un rien de temps, créant d’abord une atmosphère inquiétante pour mieux surprendre avec l’arrivée de Diffamie (Galibot) qui participe à la section vocale avec sa douceur, puis sa rage. Où pourrit la lumière, le troisième titre, est déjà le dernier, et bien que rapidement plus pesant que les autres, il va toutefois apporter une touche assez Old School et énergique pour clore l’EP, laissant les rugissements répondre au blast furieux alors que les quatre camarades se déchaînent sur leurs instruments, créant une conclusion épique à tous points de vue à leur aventure.

Bien trop court mais plus qu’intense, Ici Meurt Ma Joie permet au groupe de nous conter un nouveau pan de leur aventure médiévale entre noirceur et mélodies dantesques. Si vous ne connaissez pas encore Les Bâtards du Roi, il n’est jamais trop tard pour prendre place dans le convoi et vous laisser envoûter !

95/100

English version?

Quelques questions au groupe de Black Metal Mélodique français Les Bâtards du Roi à l’occasion de la sortie de leur nouvel EP, Ici Meurt ma Joie.

Bonjour et tout d’abord, merci de m’accorder de ton temps ! Sans utiliser les étiquettes musicales telles que « Black Metal », comment pourriez-vous décrire Les Bâtards du Roi ?
Les Bâtards du Roi : Je dirais que Les Bâtards du Roi, c’est avant tout une musique sombre, mélodique et épique, avec une forte dimension narrative. On aime les contrastes entre la violence, la mélancolie et des passages plus romantiques. L’idée est de créer un univers dans lequel l’auditeur peut se projeter, avec des personnages, des paysages et des émotions qui évoluent au fil des albums. On ne veut pas seulement proposer des morceaux, mais raconter quelque chose qui continue de vivre une fois la musique terminée. 

Pourquoi avoir choisi ce nom, et comment développez-vous votre univers autour des visuels et des thématiques abordées ?
Les Bâtards du Roi : Le nom Les Bâtards du Roi évoque quelque chose de médiéval, mais aussi une forme de marginalité, de rejet et de quête d’identité. Il correspond bien à l’imaginaire que nous développons, dans lequel les personnages sont confrontés à un monde hostile et à leur propre destin. Nous avons voulu construire un univers cohérent dès le départ. Les paroles, les pochettes, les costumes et les visuels participent tous à cette même histoire. Nous travaillons sur une trame narrative à long terme, avec des personnages et des lieux qui se répondent d’un album à l’autre. C’est une manière de donner davantage de profondeur au projet et de proposer aux auditeurs plusieurs niveaux de lecture. 

Votre nouvel EP, Ici Meurt ma Joie, va bientôt sortir, comment vous sentez-vous au sein du groupe ? Est-ce que tu as des retours à son sujet ?
Les Bâtards du Roi : On se sent très bien, et surtout, on a le sentiment que le groupe franchit un cap. Ces derniers mois ont été particulièrement intenses, entre Hellfest, les concerts et la tournée avec Aephanemer. Tout cela nous donne beaucoup d’énergie pour la suite. Les premiers retours sur l’EP sont encourageants. On est heureux de voir que les gens s’intéressent autant à la musique qu’à l’univers que nous développons autour. Ici Meurt ma Joie est un disque un peu particulier dans notre discographie : il fait le lien entre ce que nous avons construit jusqu’ici et ce que nous préparons pour la suite. Nous sommes donc impatients de voir comment il sera reçu. 

Ici Meurt ma Joie sort un an après votre dernier album, qu’est-ce qui vous a poussé à recréer de la musique aussi vite alors que vous faites beaucoup de dates ?
Les Bâtards du Roi : L’EP faisait partie de notre vision globale depuis un certain temps. Nous avions envie de raconter cette étape de l’histoire sans attendre plusieurs années, d’autant plus qu’elle joue un rôle important dans la transition vers le prochain album. Les concerts demandent effectivement beaucoup de temps et d’énergie, mais la composition reste au cœur de notre démarche. Nous avions des idées à concrétiser et une direction artistique déjà bien définie. Il aurait été dommage de freiner cette dynamique. L’EP nous permet aussi de continuer à faire évoluer notre musique tout en préparant un troisième album auquel nous accordons une importance primordiale.

Comment s’est passé le processus de composition de Ici Meurt ma Joie ? Le line-up s’est récemment élargi avec le recrutement de Barron, votre nouveau bassiste, qu’est-ce qui vous a poussé à redevenir un quatuor ?
Les Bâtards du Roi : La composition s’inscrit dans la continuité de notre travail précédent, mais nous avions envie d’explorer davantage certaines atmosphères et certaines émotions. Nous avions déjà une vision assez claire de ce que devait représenter cet EP dans notre histoire, ce qui nous a donné un cadre tout en nous laissant de la liberté musicalement. Concernant Barron, son arrivée nous permet de retrouver une formation à quatre, avec une présence dédiée à la basse. C’est important pour l’équilibre du groupe, aussi bien humainement que musicalement. Nous souhaitons construire une formation solide et durable, capable de porter nos ambitions sur scène comme en studio. Son intégration s’inscrit donc dans une volonté de structurer davantage le projet pour les années à venir. 

Le son du groupe reste ancré dans le Black Metal Mélodique, mais il y a un peu plus de chant clair, est-ce que c’est parce que vos influences ont évolué ?
Les Bâtards du Roi : Nos influences évoluent forcément avec le temps, mais le chant clair répond surtout à un besoin d’expression. Nous aimons beaucoup la mélodie et les contrastes, et la voix permet d’apporter une dimension émotionnelle différente, parfois plus fragile ou plus humaine. Dans un projet aussi narratif que le nôtre, le chant clair peut également donner davantage de relief à certains personnages et à certaines situations. Nous ne cherchons pas à intégrer un élément simplement parce qu’il nous plaît sur le moment : il doit avoir une raison d’exister dans le morceau. L’essentiel reste de conserver notre identité tout en nous laissant la possibilité d’explorer de nouvelles choses. 

Les morceaux de l’EP suivent l’histoire du précédent album, comment est-ce que vous créez votre histoire ? J’ai l’impression que certains morceaux relèvent d’expériences personnelles, est-ce que c’est le cas ? Il y a également la présence de Diffamie de Galibot sur le titre Et la Nuit s’éternise, comment s’est passée la collaboration ?
Les Bâtards du Roi : L’histoire est pensée sur le long terme. Nous avons défini une trame générale et les grandes étapes que nous souhaitons raconter, mais chaque album possède sa propre identité et ses propres enjeux. Nous essayons de trouver un équilibre entre la continuité du récit et la possibilité de découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles atmosphères et de nouveaux personnages. Il y a forcément une part de vécu dans notre manière d’écrire. Même lorsque les paroles s’inscrivent dans un univers fictif, les émotions qui les nourrissent peuvent être très personnelles. C’est aussi ce qui permet, je pense, à chacun de s’approprier les morceaux différemment. Pour Diffamie, nous souhaitions apporter une autre couleur vocale à Et la Nuit s’éternise. Sa participation s’intègre à l’atmosphère du morceau et lui donne une dimension supplémentaire. Nous sommes très heureux d’avoir pu concrétiser cette collaboration avec elle, que nous comptons parmi nos amis proches, et qui a su incarner aussi bien si ce n’est encore mieux que nous l’espérions cette figure de sorcière.

Vous venez de finir une tournée avec Aephanemer, comment s’est-elle organisée ? Comment se sont passées les dates avec eux ?
Les Bâtards du Roi : Nous avons eu l’opportunité de rejoindre Aephanemer sur les cinq dernières dates de leur tournée française. C’était une très belle occasion pour nous de jouer dans de nouvelles villes, devant un public parfois différent de celui que nous rencontrons habituellement. Les dates se sont très bien passées, aussi bien sur scène qu’en dehors. Partager la route avec un groupe qui a déjà une belle expérience de la scène est toujours enrichissant. Cela permet d’apprendre, d’échanger et de prendre du recul sur notre propre développement. Nous avons également pu constater l’importance de ces tournées pour faire découvrir notre musique à de nouvelles personnes. C’est exactement le genre d’expérience que nous souhaitons multiplier à l’avenir. 

Ici Meurt ma Joie sort à nouveau chez LADLO, comment se passe la collaboration avec eux ?
Les Bâtards du Roi : Nous travaillons avec Les Acteurs de l’Ombre Productions pour la deuxième fois consécutive après Les Chemins de l’exil l’année passée, et cette collaboration nous a permis de développer le projet et de donner une véritable continuité à nos sorties. C’est précieux de pouvoir s’appuyer sur un label qui connaît notre histoire et comprend l’univers que nous construisons. De notre côté, nous avons aussi beaucoup évolué. Nous cherchons aujourd’hui à structurer davantage le groupe et à franchir de nouvelles étapes, notamment sur le plan scénique. Nous avons envie de continuer à nourrir cette relation, avec une vision commune de ce que peut devenir Les Bâtards du Roi. 

À propos de la pochette de l’EP, créée par Primerose Illustrations, comment a-t-elle été réalisée ? Quelles ont été les directives ?
Les Bâtards du Roi : Nous voulions que la pochette traduise l’atmosphère particulière de ce nouveau chapitre : quelque chose de sombre, de mystérieux et presque figé dans le temps. L’histoire nous conduit dans un village étrange, dont les habitants semblent prisonniers d’une malédiction. Il fallait donc que l’image évoque cette sensation de malaise et de suspension. Nous accordons beaucoup d’importance à la cohérence entre la musique et les visuels. La pochette ne doit pas simplement illustrer le titre : elle doit donner un aperçu de l’univers dans lequel l’auditeur va entrer. Le travail avec Primrose Illustrations s’inscrit dans cette volonté de donner une identité visuelle forte à chaque étape de notre histoire. 

À propos de vos costumes et de vos personnages, comment les avez-vous créés ?
Les Bâtards du Roi : Les costumes sont une extension naturelle de notre univers. Puisque notre musique raconte une histoire, nous avions envie que cette dimension soit également présente sur scène, sans avoir besoin de tout expliquer au public. Nous sommes partis d’un imaginaire médiéval, avec des silhouettes et des éléments qui permettent d’identifier les personnages et de renforcer l’atmosphère du groupe. Il ne s’agit pas simplement de porter un costume pour l’esthétique : nous voulons que l’ensemble participe à l’immersion et à la cohérence du projet. C’est aussi quelque chose que nous souhaitons continuer à développer au fil des concerts.

Je vous avais déjà vus au festival Douceur Noire, en début d’année, quels souvenirs avez-vous gardés de la date ? Comment avez-vous fait évoluer le show, pour donner ce que j’ai pu voir à Petit Bain ?
Les Bâtards du Roi : Nous gardons un très bon souvenir de cette période, et c’est toujours intéressant de retrouver des personnes qui nous ont déjà vus jouer et qui peuvent constater notre évolution. Un concert n’est jamais totalement identique au précédent, et nous essayons de progresser à chaque occasion. Nous travaillons notamment sur la présence scénique, l’enchaînement des morceaux et la manière dont l’atmosphère se construit pendant le set. Nous voulons que le public puisse entrer dans notre univers dès les premières notes et en ressorte avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose de cohérent. Le développement du groupe passe aussi par ce travail de fond, au-delà de la composition elle-même. 

Quels sont les prochains projets pour Les Bâtards du Roi après la sortie de l’EP ?
Les Bâtards du Roi : La priorité est le troisième album. Il doit conclure un premier grand chapitre de notre histoire, et nous y réfléchissons depuis longtemps. Nous avons une direction artistique bien définie et nous voulons prendre le temps nécessaire pour en faire un disque à la hauteur de nos ambitions. En parallèle, nous souhaitons continuer à développer le groupe sur scène, multiplier les opportunités de concerts et toucher de nouveaux publics, notamment à l’étranger. Nous avons franchi plusieurs étapes importantes récemment, mais nous considérons cela comme un point de départ plutôt que comme une finalité. 

Avec quels groupes rêvez-vous de jouer ? Je te laisse imaginer ta date de rêve avec Les Bâtards du Roi en ouverture, et trois autres groupes.
Les Bâtards du Roi : Je partirais sur une affiche réunissant Windir, Behemoth et Kanonenfieber. Windir pour son souffle épique et mélodique, mais aussi pour l’influence considérable qu’il a exercée sur notre musique. Behemoth pour sa capacité à repousser les limites de l’ambition artistique et de l’aboutissement scénique, dont nous nous inspirons. Enfin, Kanonenfieber comme figure emblématique de la nouvelle scène Black/Death Mélodique, mais aussi pour sa conception du live, où la mise en scène est pensée comme une composante essentielle du projet, au même titre que la musique et l’identité visuelle. C’est dans cette approche globale et cohérente du spectacle que nous nous retrouvons pleinement. Ce serait une affiche qui réunirait différentes facettes de ce qui nous touche dans cette musique. Et jouer en ouverture d’une telle soirée serait évidemment un rêve, irréalisable par définition, de par Windir. 

Est-ce que tu aurais une œuvre pertinente pour comparer la musique des Bâtards du Roi ? Que ce soit film, série, livre…
Les Bâtards du Roi : Je pense au Seigneur des Anneaux, notamment pour la construction d’un univers cohérent, les paysages, le sentiment d’exil et la dimension tragique du voyage. Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est la manière dont les personnages traversent des épreuves qui les transforment et dont chaque étape participe à un récit plus vaste. Nous ne cherchons évidemment pas à retranscrire directement cette œuvre dans notre musique, mais il y a une volonté similaire de créer un monde dans lequel on peut s’immerger. J’aime l’idée qu’un album puisse être abordé comme un voyage, avec ses moments de tension, de mélancolie et de basculement.

C’était donc ma dernière question, je te remercie pour ta disponibilité, et je te laisse les mots de la fin !
Les Bâtards du Roi : Merci à Acta Infernalis pour l’interview et à toutes celles et ceux qui nous soutiennent depuis nos débuts. Merci également aux personnes qui découvrent le groupe aujourd’hui et qui prennent le temps d’entrer dans notre univers. Ici Meurt ma Joie sort le 16 octobre et représente une nouvelle étape dans notre histoire. Nous avons déjà les yeux tournés vers la suite, alors restez à l’écoute : le voyage est loin d’être terminé !

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