Interview : Demonstealer

Pour la sortie de son nouvel EP, And This Too Shall Pass, le fer de lance du Metal indien, Sahil Makhija, The Demonstealer en personne, a répondu à mes questions.

Chronique de And This Too Shall Pass

English version?

Bonjour Sahil et premièrement merci de prendre de ton temps ! Pourrais-tu te présenter pour quelqu’un qui n’aurait jamais entendu parler de Demonstealer s’il te plaît ?
Demonstealer : Je suis un musicien de Metal en Inde et je fais de la musique depuis vingt ans à présent. La majorité de ma carrière se résume à être le frontman et principal compositeur du groupe de Metal Demonic Resurrection, mon projet qui fête ses vingt ans cette année, et qui a sorti cinq albums, un EP et également un album live. Je m’appelle Demonstealer, c’est mon nom de scène et sous ce surnom j’écris de la musique en solo. J’ai fait trois albums et quelques singles. Avec ce projet j’ai collaboré avec d’incroyables musiciens tels que George Kollias, Krimh, David Diepold, Arran McSporran et beaucoup d’autres. J’ai également quelques autres projets, mais c’est déjà une bonne introduction.

And This Too Shall Pass, ton nouvel EP, vient tout juste de revenir du studio de mixage, peux-tu nous expliquer les étapes de sa création ? Comment as-tu trouvé le nom de l’EP et que signifie t il pour toi ?
Demonstealer : La pandémie du Coronavirus a été mon inspiration. Il y a énormément de troubles politiques en Inde et aussi l’ascension d’un gouvernement de droite faciste qui utilise la religion pour démoniser les gens et qui travaille également très dur pour détruire la démocratie de ce pays. Tout ça m’a donné beaucoup à réfléchir, et j’ai senti ce besoin d’écrire de la musique. Cet EP est né de tout ça. C’est presque comme si nous espérons que tout ça passe simplement avant de revenir à la normale, mais peut être que nous sommes trop stupides pour comprendre la réalité de la chose. Je suppose que cet EP englobe le monde et sa population. En terme de création je me suis juste enfermé dans le studio et j’ai jammé, que ce soit à la guitare ou à la batterie, j’ai juste joué et écrit, j’avais déjà des riffs et des idées ici et là. En juillet, j’ai décidé de mettre ça proprement sous la forme de quatre titres pour faire un EP. Et ensuite j’ai simplement tout enregistré.

Tu as composé cet EP pendant la pandémie du Covid-19, est-ce que c’est pour cela que les paroles sont assez pessimistes à propos dans le monde dans lequel nous vivons ? Qu’est ce qui t’inspire d’autre pour créer ta musique ?
Demonstealer : Oui, c’est principalement ça. Simplement penser à comment nous nous retrouvons à un stade d’évolution inversée. Les gens ignorent la science, ils ignorent les faits. Nous devons débattre avec des gens à propos du fait que la Terre n’est pas plate. Nous devons nous battre contre des gens juste pour l’égalité des droits et pour traiter les autres humains comme des humains. Le monde entier est dans un sale état. J’ai toujours eu la musique pour exprimer ma colère et ma tristesse car c’est ce qui me maintient dans un bon état d’esprit et me fait garder les pieds sur Terre. Quand je suis heureux ou que je profite d’un moment, je ne veux pas transformer cette joie en musique, c’est peut-être d’ailleurs pour ça que je ne fais pas de musique Pop. Je suppose que mon inspiration ces dernières années a été largement influencée par le monde et ce qui arrive. J’aime aussi écrire des choses basées sur le fantastique, donc parfois je pense que la télévision, les livres et les films me donnent des idées pour des histoires. L’aspect sonore a toujours été inspirée par la musique que j’écoute.

Il y a une grande diversité d’influences dans ta musique, depuis la violente This Crumbling Earth à l’atmosphérique From Flesh To Ashes, comment as tu fais en sorte de mélanger toutes tes influences ensemble ?
Demonstealer : Je ne sais pas vraiment. Je pense que c’est ma signature depuis le premier jour. Mon esprit ne peut pas rester collé à une chose et mes goûts musicaux non plus. Je ne peux même pas me cantonner à un instrument. Je pense que c’est lié à moi en tant que personne. J’aime faire beaucoup de choses, et c’est pourquoi ma musique le reflète. Il y a tellement de fois où je me dis que le prochain album sera super brutal ou peut-être complètement mélodique, ou encore qu’il sera lent, ou que tous les titres seront super rapides, mais au final c’est juste un mélange de tout. Je suppose que j’ai trop d’idées en tête et qu’elles convergent toutes vers le même morceau.

A propos de From Flesh To Ashes, j’ai clairement senti l’influence directe d’Ihsahn et Leprous dans ta voix claire, tu es d’accord avec ça ? Je sais que ce n’est pas la première fois que tu utilises de la voix claire, mais comment est-ce que ça t’es venu à l’esprit d’en utiliser autant dans ce titre ?
Demonstealer : Tout d’abord, je voudrais te remercier. Être mentionné aux côtés d’Ihsahn et Einar de Leprous c’est l’un des meilleurs compliments à mes yeux. J’aime leurs deux voix et j’aspire à être un aussi bon chanteur qu’eux deux. Je ne sais pas comment décrire ce qui me fait décider du chant, à part quand j’écoute de la musique et que je chante, si ça colle alors je fais comme ça. Des fois j’essaye du chant clair sur certaines parties mais ça ne sonne pas aussi bien ou je n’arrive pas à faire une partie aussi convaincante, alors je ne le fais pas. Mais sur ce titre j’ai simplement eu la certitude que ça allait être principalement du chant. Je l’ai senti, tout simplement.

C’est la première fois depuis ton premier album solo que tu fais tout par toi-même, sans un seul guest sur l’album. Pourquoi avoir choisi de retourner aux racines du “projet solo” ?
Demonstealer : Eh bien j’ai fait comme ça parce que les musiciens prenaient trop de temps? Hahahaha. Ce que je veux dire, c’est que j’ai travaillé avec plein de musiciens incroyables et quand tu as autant de gens différent dans un projet, ça prend du temps. Je voulais sortir quelque chose cette année. Ma dernière sortie était en 2018 et je ne voulais pas attendre pour réaliser un projet, attendre que tous les musiciens soient prêts, enregistrer et m’envoyer les choses. Ca m’aurait facilement pris un an. Je pense que j’avais juste besoin de faire cet EP par moi-même.

Tu as débuté ton voyage musical il y a plus de vingt ans, quelles sont les principales différences entre maintenant et avant au niveau la musique au niveau professionnel ? Est-ce que les choses sont plus faciles avec la technologie et internet, ou est-ce que c’est plus difficile ?
Demonstealer : Je pense que pour moi c’est un voyage en constante évolution au fil des années. La technologie a rendu les choses plus faciles bien sûr, mais en même temps tout le monde peut le faire donc il y a plus de compétition. C’est un business compliqué pour être honnête. Je me suis énormément battu pendant ces vingt années. En fait ça fait deux ans que je subis une énorme désillusion avec la scène musicale, car même après vingt ans, je me bats avec les mêmes choses alors pour moi certaines choses sont meilleures et certaines ne le sont pas. Par exemple aujourd’hui je n’ai pas besoin de me poser et emballer chaque CD par moi-même et il y a des entreprises qui gèrent la commercialisation sur internet pour moi. Donc c’est vraiment beaucoup de changements.

Te souviens tu de la première fois où tu as pris un instrument ? Quand et comment est-ce que ça s’est passé ? Pourquoi avoir choisi celui-ci ?
Demonstealer : Je pense que c’était à la maison de mon ami Arjun que j’ai pris une guitare pour la première fois, ou peut-être chez mon ami Sunil. Mais je me souviens que j’ai immédiatement essayé d’écrire un titre avec, même si je jouais seulement deux notes. Avec notre groupe d’amis à l’école, on avait décidé qu’après avoir fini nos études on allait créer un groupe. J’étais en réalité plus intéressé par le poste de vocaliste mais j’ai quand même senti que je devais apprendre la guitare afin d’écrire des morceaux. Puis j’ai décidé d’apprendre la batterie, pour pouvoir la programmer correctement et enfin j’ai appris un peu de basse et de claviers pour pouvoir tout faire par moi-même.

Comment as tu découvert le Metal à l’époque ? Quel était le premier morceau de Metal que tu aies écouté ? Et quel est celui qui t’a fait penser “Je veux créer un groupe et jouer sur scène” ?
Demonstealer : Eh bien en fait on m’a fait découvrir le Metal quand j’étais au début du collège je pense que c’était un ami qui m’avait donné la cassette d’Iron Maiden par Iron Maiden. Je me souviens uniquement écouter deux titres, Running Free et Phantom Of The Opera et je me souviens avoir été impressionné. Ce n’était pas comme tout ce que j’avais entendu auparavant. Cependant, je pense que je l’ai oublié et que je suis revenu sur les trucs populaires jusqu’à la fin du collège quand un ami m’a donné du Metallica à écouter. Je me souviens ne pas avoir apprécié au début et trouver ça un peu lourd mais ensuite j’ai écouté du Metallica, Maiden, Sepultura, Pantera, Fear Factory, etc… Je pense que c’est le Metal en général qui m’a fait vouloir créer un groupe. Pas un groupe en particulier mais un peu tous en même temps. J’ai simplement su que faire du Metal était ce que je voulais faire de ma vie.

Je sais que la crise du Covid a foutu en l’air pas mal de choses, mais comment as tu géré la situation en tant que musicien ? Comment l’Inde a géré la situation ?
Demonstealer : Je suis en réalité chanceux de ne pas dépendre de la musique pour vivre. Le boulot qui paye mes factures c’est de faire des recettes Keto sur ma chaîne YouTube. Pour moi personnellement, rien n’a été affecté puisque je travaillais depuis chez moi, ma chaîne et mon blog fonctionnent toujours autant. Je pense que je n’ai juste plus eu la possibilité d’aller faire les courses comme avant, mais à part ça j’ai eu exactement la même vie. Je suis vraiment reconnaissant pour ça car la situation était plutôt mauvaise en Inde. C’est un pays complexe et ce serait compliqué à expliqué mais je vais juste dire que ça va prendre un moment et que c’est assez mal géré, nous nous dirigeons vers le titre de pays avant le plus de cas de Covid.

Pendant que l’on parle de l’Inde, ton pays, comment était la scène Metal avant la crise ? Comment a-t-elle évolué avec le temps ?
Demonstealer : Comme je le disais, je suis chanceux de ne pas dépendre de la musique Metal pour vivre, ni aucun autre musicien en Inde. La musique Metal n’est le travail de personne, alors oui les concerts se sont arrêtés, des groupes qui avaient des tournées de prévu ont perdu de l’argent et ce n’est pas une bonne chose, mais tous les musiciens qui jouent du Metal ont un boulot généralement. Cependant oui pour les autres styles de musique c’est un coup dur les musiciens, les ingénieurs du son, l’industrie de la musique toute entière subissent un gros coup dur. Je ne sais même pas si notre gouvernement a annoncé une quelconque aide pour ce secteur. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a des milliers de travailleurs coincés dans le pays qui ont marché des milliers de kilomètres pour rentrer chez eux à cause des terribles décisions du gouvernement, beaucoup sont morts sur la route, mais ils s’en foutent. Donc oui, c’est vraiment mauvais.
Mais pour répondre à ta question, la scène existe, elle évolue lentement. C’était une scène principalement composée de groupes de reprises, maintenant les groupes écrivent leur propre musique. A la base nous n’avions aucun groupe international qui tournait, maintenant nous en avons pas mal. Nous avons nos propres festivals de Metal et en général ça évolue. Le principal souci est le nombre de fans qui ne s’accroît pas autant. La plupart du public est plus jeune, comme entre 16 et 24 ans et ensuite ils “quittent la scène” ou ils “grandissent ailleurs que dans le Metal”, ce qui est un gros souci pour une scène qui devient une entreprise financièrement viable. Nous avons bien évidemment des fans de Metal plus vieux mais on a besoin de beaucoup de fans qui restent fans.

D’où vient ton nom, Demonstealer ?
Demonstealer : Quand j’avais 16 ans et que j’étais prêt à créer mon groupe, je voulais un nom de scène. Tous mes musiciens préférés comme Ihsahn, Shagrath, Galder, Dani Filth, etc… ont un nom de scène et je ne lisais pas beaucoup à l’époque, je n’avais aucune connaissance sur la mythologie nordique, donc j’ai du me décider entre Demon Slayer et Demonstealer et j’ai pris le dernier. Ce nom m’est toujours resté. Je n’ai pas eu l’envie d’en changer. Mais en gros, c’est mon moi de 16 ans un peu ingénu qui a trouvé ce nom.

Nous avons beaucoup parlé de musique, mais je sais que tu es également un chef cuisinier, connu sur YouTube en tant que Headbanger’s Kitchen, comment t’es venue cette passion ? Est-ce que tu as d’autres passions ?
Demonstealer : Comme je l’ai mentionné précédemment c’est mon vrai travail en réalité. J’ai toujours aimé cuisiner, même avant de connaître le Metal et je voulais être chef cuisinier quand j’avais environ 12 ans. J’ai voulu ouvrir mon propre restaurant aussi. Mais dès que j’ai découvert le Metal, j’ai oublié tout le reste. Mais comme j’ai toujours aimé manger de la bonne nourriture, je n’ai jamais arrêté de cuisiner. En 2011 j’ai démarré Headbanger’s Kitchen en tant que émission de cuisine Heavy Metal et c’était également un bon moyen de promouvoir ma musique. Après quatre ans j’avais difficilement des auditeurs et pas d’argent donc je me suis simplement dit que j’allais faire ça avec une caméra quand j’avais le temps, et depuis que j’ai commencé ce régime Keto j’ai fait quelques vidéos et soudainement ça a intéressé du monde. Donc aujourd’hui c’est mon boulot. Je suppose que la musique et la cuisine sont simplement mes deux seules passions. Je n’ai pas vraiment d’autres activités en dehors de ça, mais peut-être que je devrais penser à en avoir. Hahaha.

Et si je te demandais de comparer la musique de Demonstealer à un plat indien ? Lequel choisirais tu et pourquoi ?
Demonstealer : Oh mec, je pense que si je devais comparer ma musique à un plat indien, je suppose que je le comparerais à un Mouton Biryani. Parce que c’est un plat complet, il y a un peu de riz, un peu de viande et c’est fourni avec énormément de saveurs. Tout comme ma musique 😉 (ou du moins j’aime le penser)

Quelle est ta meilleure et ta pire expérience en tant que musicien ?
Demonstealer : Je pense que ma meilleure expérience serait liée à l’Inferno Metal Festival en 2010 car c’était notre premier concert international et notre premier festival de Metal en dehors de l’Inde en tant que fan de Metal, donc l’expérience était définitivement l’un des meilleurs souvenirs de ma vie, pas seulement la partie musicien. Egalement, le Bloodstock en 2018, jouer devant une tente pleine à craquer était également un super moment pour nous. Si on parle seulement de Demonstealer, eh bien le fait d’avoir George Kollias qui joue sur mon album, c’est un rêve devenu réalité.
Pour la pire, il y a eu tellement de concerts dans ma ville, Bombay, où la foule nous a hués, nous a jeté des cailloux, des bouteilles et toute sorte de conneries, quand des groupes de fans rivaux sont venus et ont interrompu notre concert en foutant le bordel, quand des fans de groupes locaux sont venus donner des flyers à Sam Dunn (qui filmait notre concert) qui disaient que les groupes ne représentent pas le Metal Indien. J’ai tellement de souvenirs horribles de tout ça. Donc ouais, tout ça craint.

Avec quels groupes rêverais tu de tourner ? Je te laisse créer une tournée avec Demonstealer et trois autres groupes de ton choix !
Demonstealer : Wow il y a tellement de groupes avec qui je voudrais tourner. Je pense que pour moi, la tournée de mes rêves pour Demonstealer serait avec Behemoth et j’aimerais aussi que le groupe de Galder (Dimmu Borgir) qui s’appelle Old Man’s Child revienne sur le devant de la scène et parte en tournée. Ce serait vraiment fou. Sinon, j’aimerais aussi tourner avec Benighted et Aborted. En fait je pourrais citer pas mal de groupes.

C’était ma dernière question, un grand merci à toi pour ton temps, les derniers mots sont pour toi !
Demonstealer : Merci pour cette interview et merci à tous ceux qui l’ont lue. J’espère que vous écouterez le nouvel EP et j’espère qu’il vous plaira. A bientôt et Stay Demonic \m/

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