
Plus rien n’arrête Miserere Luminis.
Alors que nous avions dû attendre quatorze ans entre leur premier et leur deuxième album, le combo québécois regroupant Annatar (chant/guitare, Sombres Forêts), Neptune (guitare/basse, Gris) et Icare (chant/batterie, Gris) ne nous aura fait patienter que trois années pour ce troisième opus, nommé Sidera, qui sort chez Debemur Morti Productions.

Les fleurs de l’exil nous ouvre les portes de cet univers onirique avec des touches éthérées très calmes, et même lorsque les racines Black Metal commencent à s’exprimer, le son bien qu’imposant reste extrêmement lancinant, créant un contraste avec les hurlements déchirants qui apparaissent naturellement. Si l’ouragan s’apaise, il nous captive toujours autant, comptant sur des harmoniques enivrantes pour nous garder dans ses filets avant que les parties vocales ne refassent surface, suivies par le retour de la saturation infernale, complétée par une batterie aux frappes parfois brutales mais toujours travaillées qui contribuent à l’atmosphère saisissante qui ne cesse que pour laisser place à De cris & de cendres. Là encore, le titre démarre dans une certaine douceur mélancolique qui s’embrase et nous replonge dans sa noirceur hantée de vociférations et autres harmoniques dissonantes, elles aussi brisées par une partie beaucoup plus légère où les voix s’intensifient, appelant la violence qui ne demande qu’à émerger. Le titre est bien plus long, s’autorisant un rythme assez saccadé très accrocheur avant un final de cordes théâtral qui débouche sur Aux bras des vagues & des vomissures où la quiétude perdure malgré l’apparition du chant, s’effaçant à peine pour faire place à une saturation presque rassurante par vagues, rencontrant toujours plus de douceur alanguie avant de revenir, pleine de leads pénétrants. Les orchestrations portent à merveille la rythmique simple mais entêtante qui finira par se murer dans le silence, laissant le piano nous conduire à À la douleur de l’aube, nouvelle composition qui nous laisse reprendre notre souffle avant de nous faire replonger dans son océan ténébreux dans lequel on se perd, se laissant ballotter par les passages les plus virulents alors que les moments les plus planants nous permettent de saisir toute la puissance du contraste. On notera quelques hurlements déchirants à la limite du DSBM, puis c’est finalement avec Dans la voie de nos lumières que l’album vit ses derniers moments, comptant toujours sur une dualité permanente entre une âme noire qui s’exprime via des parties vocales bouleversantes et une beauté sans nom, presque irréelle, nous offrant certains des riffs les plus intenses avant un final encore une fois très doux.
Avec un seul album, Miserere Luminis avait conquis le coeur et nombreux fans, et le retour à la composition était très attendu. Sidera est donc la troisième fois que le trio parvient à nous faire réaliser à quel point il est doué, proposant sans aucun doute l’une des meilleures œuvres de l’année.
95/100