Review 3239 : Venom – Into Oblivion

La légende de Venom n’est pas terminée.

Pionnier du Black Metal, le groupe anglais mené depuis 1979 par Cronos (basse/chant), accompagné de Rage (guitare) et Danté (batterie) signe chez Noise Records pour nous offrir en 2026 Into Oblivion, son seizième album.

Le groupe attaque avec Into Oblivion, titre éponyme qui a déjà tout d’un des futur hymnes du groupe, combinant leads épiques, rythmique ravageuse et les parties vocales aussi brutes et agressives qu’il y a quarante ans, tout en restant dans une sorte de simplicité accrocheuse. Le groupe accélère avec Lay Down Your Soul, deuxième composition qui reste dans la ligne directrice du groupe et qui propose un refrain incroyablement fédérateur, mais n’oublie pas non plus de placer un solo perçant avant de partir vers Nevermore, titre assez saccadé pour nous faire remuer la nuque. Si les riffs s’intensifient sur la deuxième moitié du morceau, le chaos s’installera avant que Man & Beast ne prenne le relai, revenant à une rythmique agitée menée par une batterie martiale et des choeurs efficaces, puis à l’énergie Punk sur Death the Leveller, composition taillée pour voir le public devenir explosif en live. Retour aux sonorités inquiétantes sur As Above So Below, long titre d’abord assez mystérieux puis qui revient après une bonne minute à sa vitesse de croisière, et finalement s’enflammer sur le final avant de laisser place à Kicked Outta Hell, où les riffs sont là encore destinés au live, ce moment où l’on brandit le poing tout en scandant le refrain. Même constat sur Legend, le morceau suivant infusé au Heavy Metal qui propose une base très entraînante menée par la batterie, puis Live Loud revient au Thrash avec une rythmique plus lourde, mais également des leads plus aériens avant de passer à la motivante Metal Bloody Metal, qui tout comme le premier morceau a vocation à devenir l’un des futurs titres cultes du groupe. Le trio enchaîne avec Dogs of War et ses parties dissonantes qui cachent un groove entêtant, mais la chanson est assez courte, et elle laissera vite place à la virulence de Deathwitch qui prend le relai et nous fait remuer le crâne comme à la sortie de ses albums phares, nous réservant un final avec Unholy Mother, ultime composition, qui propose quelques claviers majestueux ainsi que des passages plus doux pour contrebalancer avec la violence omniprésente, mais aussi un final orageux.

Si Venom reste la légende qu’il est, avec des titres légendaires, Into Oblivion propose bon nombre de compositions très efficaces ! Le groupe est toujours en forme depuis toutes ces années, et il compte bien nous le prouver ! A quand un retour à la scène en France ?

80/100

English version?

Quelques questions à Danté, batteur du légendaire groupe de Black/Speed Metal Venom, à propos de la sortie de leur seizième album, Into Oblivion.

La première question est difficile : comment décrirais-tu la musique de Venom sans utiliser d’étiquettes telles que “Black Metal”, “Speed Metal” ou tout autre sous-genre ?
Daniel “Danté” Needham (batterie) : Du Rock and Roll. C’est comme ça, tout simplement. Tu sais, le groupe existe depuis une sacrée longue période. Ça fait environ cinq décennies, et on y trouve de tout : du rapide, du lent, du tempo moyen, des morceaux qui te prennent de plein fouet, d’autres plus ironiques…

Venom est bien sûr un nom très réputé dans le monde du Metal, mais comment fais-tu le lien avec la musique que vous jouez aujourd’hui ?
Danté : Je pense qu’on a toujours cette ambiance Old School. On est au top, on est vraiment un groupe de scène, on ne se contente pas de sortir des albums sans jouer en live, ni de jouer en live sans sortir d’albums, ce qui arrive souvent. Beaucoup de vieux groupes sont un peu nostalgiques, ils sont en mode rétrospective et ne jouent que leur répertoire, alors que nous, on a tous ces albums qu’on a sortis. On a donc 16 albums de morceaux parmi lesquels choisir, donc… Je pense que nos albums ont non seulement un son Old School, mais qu’ils ont aussi une sorte d’ambiance actuelle.

Ouais, je suis tout à fait d’accord. Vous êtes donc sur le point de sortir votre 16e album, intitulé Into Oblivion. Qu’en pensez-vous ?
Danté : On est vraiment contents. Évidemment, ça a pris du temps, ça fait 8 ans, on a eu quelques… contretemps malheureux. Il s’est passé plusieurs choses, évidemment le COVID a été le premier gros obstacle, on ne pouvait pas se réunir pour écrire des chansons et enregistrer comme d’habitude, parce qu’on était tous confinés, alors on a essayé de le faire individuellement, mais ça ne marchait pas pareil, on avait besoin de cette connexion entre nous trois dans une pièce pour rebondir les uns sur les autres, donner nos avis et écrire ensemble. Certaines choses se sont bien passées pendant cette petite période, en fait. Certaines parties des chansons de l’album ont été écrites pendant la pandémie, mais la majorité l’a été après. Nous avons aussi rencontré des obstacles de nature plus technique. Mais oui, nous sommes vraiment heureux d’en être là aujourd’hui, et que l’album soit prêt.

Alors, comment résumerais-tu l’identité d’Into Oblivion en seulement trois mots ?
Danté : C’est putain de génial.

J’aime bien ça. Donc, comme tu l’as dit, Into Oblivion sort 8 ans après le précédent. Y a-t-il des changements ou des évolutions que tu as remarqués dans le processus de composition ?
Danté : Les seuls changements, comme je l’ai évoqué tout à l’heure avec le COVID, c’est qu’on ne pouvait pas se réunir au début… Je vais entrer un peu plus dans les détails sur l’autre chose qui nous a en quelque sorte bloqués pendant un moment : on a eu un problème, on réécoutait certaines chansons et on se disait “C’est quoi ça ? C’est quel son ? C’est quoi ça ?”. Il y avait comme un grésillement, et on a dû couper tous les canaux, mais on n’arrivait pas à trouver d’où ça venait. En fait, c’était le micro de la cymbale charleston qui était défectueux. C’était vraiment la galère : j’avais enregistré tout l’album, et on se retrouvait avec ce problème intermittent. Du coup, j’ai dû réenregistrer tout l’album. C’est bien que je puisse en rire aujourd’hui, mais à l’époque où on s’en est rendu compte, c’était du genre “putain, pas encore”, on ne voulait pas que ça nous ralentisse ou nous arrête, mais on a surmonté ça et, pour être honnête, le fait d’avoir eu le temps de tout refaire nous a permis d’aborder les morceaux un peu différemment et de changer certaines choses qu’on savait pouvoir améliorer et faire un peu mieux. Donc oui, ça a été un obstacle, mais finalement, ça a en quelque sorte joué en notre faveur.

C’est génial. Comme je l’ai dit, Venom a été fondé en 1979, il y a près de 50 ans, et a contribué à l’émergence du black metal. Alors, qu’est-ce qui t’inspire pour composer ta musique ?
Danté : Mon inspiration… Je puise mon inspiration dans tout ce qui m’entoure, mais comme tu viens de le dire, en 1979, quand le groupe a vu le jour… Je suis né dans les années 1970, et donc quand j’ai commencé à jouer de la batterie dans les années 1980, j’ai été influencé par les groupes des années 1970, et je le suis encore aujourd’hui, comme Deep Purple et Led Zeppelin, (Black) Sabbath, Hendrix, tout ce genre de choses, et oui, ça n’a jamais changé. J’adore ça, et c’est ce qui me donne encore cette passion de jouer comme ça. Je sais que les autres sont dans le même état d’esprit, le truc des années 70, c’était une époque tellement géniale. Il y avait le Punk, le Glam Rock, les groupes de Rock. C’était incroyable ! David Bowie et tout ce genre de choses. Quand il faisait tout ça dans les années 70, avec les Spiders from Mars et tout ça. C’était donc une période formidable. Et on ne reverra jamais une époque comme celle-là, malheureusement.

Et peut-être y a-t-il d’autres, disons, “groupes modernes” qui pourraient t’inspirer aujourd’hui ?
Danté : Ouais, j’aime bien quelques groupes modernes, mais je suis un peu coincé dans une sorte de bulle temporelle des années 70 et 80. Mais ouais, c’est génial quand on est à des festivals et qu’il y a d’autres groupes que je n’ai jamais vus ou dont je n’ai jamais entendu parler, je vais les découvrir. C’est génial.

Quelle est ta chanson préférée sur Into Oblivion, ou peut-être la plus difficile ?
Danté : C’est difficile parce que ça change tout le temps. J’écoute l’album en boucle, et je me dis “oh, j’aime bien celle-là”, puis une semaine plus tard, c’est une autre, parce que ce n’est pas que j’en ai marre des chansons, c’est juste que j’ai une nouvelle préférée ! Nevermore a toujours été une de mes préférées. Et sur Into Oblivion, la première chanson, je l’adore vraiment. Unholy Mother, c’est une autre, la dernière piste de l’album.

Celle qui est un peu différente, un peu plus mystique, je dirais.
Danté : Ouais, c’est vrai. Je veux dire, la version originale de celle-là, qui va sortir… Je crois que c’est sur la version japonaise, mais la version complète… On a dû en couper une bonne partie parce qu’il y avait une longue intro. Là où la guitare et la basse jouent, puis ça mène à l’entrée du groupe et ensuite à la fin de la chanson. Enfin, pas la fin, c’est plutôt la dernière partie de la chanson où il y a le solo de guitare, et c’est comme une bataille entre la batterie et la basse, entre la guitare et la basse, et ça devient de plus en plus intense au fur et à mesure. Je pense que la version que tu as entendue fait… six solos, et celle-ci est bien plus longue que ça. C’est plus du double, tu vois, c’est impressionnant ! Tu entendras cette version quand elle sortira.

Ouais, j’ai entendu la version officielle sur l’album ! Tu penses que tu t’es amélioré en tant que musicien avec ce nouvel album ?
Danté : Je pense qu’avec le temps, on s’améliore constamment en écoutant des trucs et en jouant, mais je pense que cet album rassemble vraiment toutes nos différentes influences du passé et qu’il y a un peu de prog dedans. Et des morceaux un peu plus mid-tempo et d’autres vraiment rapides, donc c’est un album très varié dont on est extrêmement fiers et extrêmement satisfaits du résultat, c’est vraiment génial.

Vous pouvez en être fiers ! J’ai remarqué que la pochette d’Into Oblivion ressemble beaucoup à celle de l’album Black Metal. C’était voulu ?
Danté : Eh bien, c’est une sorte d’évolution. On l’appelle Stan, le visage. C’est un peu à quoi Stan ressemblerait aujourd’hui : il vieillit et il a ses cicatrices de guerre. Il a une belle cicatrice sur la tête, mais son look est plus en 3D. Je trouve qu’il a l’air méchant, c’est génial.

J’adore cette réponse ! Venom a annoncé qu’ils viendraient au Summer Loud Festival en Tchéquie en septembre prochain. Y aura-t-il d’autres concerts à venir ?
Danté : Ouais. Eh bien, en ce moment même, les choses sont en train d’être finalisées et confirmées. Donc ouais, il y aura d’autres annonces à venir. Certainement plus de concerts cet été, avec le début de la saison des festivals et tout ça.

Depuis les débuts du groupe, vous ne donnez que quelques concerts par an. Aimeriez-vous partir en tournée pendant quelques semaines ou quelque chose comme ça ?
Danté : On a déjà fait des tournées, genre deux ou trois semaines, c’était l’année dernière, l’année d’avant, on a fait deux semaines en Amérique du Sud, ce qui a été un grand succès, on adore aller là-bas. Le problème maintenant, je suppose, c’est la logistique, les coûts, et vu ce qui se passe dans le monde en ce moment, c’est… un peu incertain. Mais oui, même quand on pense au prix du carburant et à ce genre de choses… n’excluons rien pour l’avenir !

La dernière fois que tu as joué en France, c’était au festival Fall of Summer en 2017, et même si ce festival n’existe plus, aimerais-tu revenir en France pour jouer ?
Danté : Oui, j’adorerais ! J’ai passé de très bons moments en France. C’est triste d’apprendre que Fall of Summer a cessé d’exister. Quand est-ce que ça s’est arrêté ?

Je crois que 2017 était la dernière édition parce qu’il y avait beaucoup de pluie, et bien sûr, avec la pluie, les gens n’allaient pas vraiment dans les bars, donc le festival a connu des difficultés financières.
Danté : Ouais. Et puis il suffit d’un seul coup dur financier pour que… Oh, quel dommage, parce que je crois qu’on y a joué deux fois. C’est sûr, on y a joué, on y a joué… (en fait en 2014 aussi, ndlr) donc on a fait la dernière édition, c’est ça ? 2017. Ouah. Ouais, on a dû y jouer quelques années avant ça aussi.

Je ne m’en souviens pas, mais je me souviens aussi que vous avez joué au Hellfest en 2015, je crois.
Danté : Ouais, ça devait être à peu près à cette époque !

Alors, quel est ton lien avec la scène Metal Française ? Y a-t-il des groupes que tu connais, des groupes que tu aimes ?
Danté : Pour être honnête, je ne connais pas vraiment beaucoup de groupes. Désolé.
Ce n’est pas grave.
Danté : Tu devrais me donner quelques pistes sur ce que je devrais écouter, ce que je devrais découvrir !
L’un des pionniers du metal français, c’est Loudblast. C’est plutôt du Thrash/Death, mais ils jouent depuis environ 40 ans maintenant.
Danté : Ouah, d’accord.
Et bien sûr, aujourd’hui, le grand nom, c’est Gojira, qui a joué aux Jeux Olympiques et tout ça !

Alors, question suivante : y a-t-il des groupes avec lesquels vous aimeriez jouer ?
Danté : Oh, il faudrait qu’on saute dans une machine à remonter le temps et qu’on retourne en arrière !
Ouais, tu peux utiliser ta machine à remonter le temps !
Danté : D’accord, eh bien, probablement Rainbow de Richie Blackmore serait un bon début. Je dirais avec Ronnie James Dio et cette formation, ça aurait été quelque chose de jouer sur ces morceaux, tu sais, en pleine ascension ! La chanson Stargazer et tout ça, incroyable, euh. Le truc, c’est que, tu sais, c’est comme les influences des groupes que tu aimes, tu adorerais aller jouer avec eux, mais après j’aimerais aussi bien être dans le public pour les regarder, pas juste jouer pour eux, ce sont deux expériences différentes ! Carrément, tu sais, toutes ces influences, ce serait génial de faire ça.

Bon, pour finir, une question sympa : à quel plat comparerais-tu la musique de Venom ?
Danté : Du foie aux oignons.
D’accord, intéressant ! Tu es peut-être cuisinier, alors.
Danté : Ce n’est pas pour tout le monde, mais ceux qui aiment ça, ils adorent !
Je suis tout à fait d’accord. Tu cuisines ?
Danté : Ouais, de temps en temps.

Comme je l’ai dit, c’était ma dernière question. Peut-être as-tu un dernier mot pour le public français ?
Danté : Oui, c’est comme tu le dis, j’ai du mal à croire que ça fait si longtemps, depuis 2017, que nous n’avons pas joué en France. Mais oui, merci de rester fidèles à Venom, et merci d’avoir attendu si longtemps la sortie de ce nouvel album. Croyez-moi, je pense sincèrement, et je ne dis pas ça juste parce que c’est notre nouvel album, mais je pense vraiment que c’est une bombe. Et je pense qu’on a mis la barre un peu plus haut, et j’ai hâte de revenir en France. Et de vous en mettre plein la vue avec le Metal de Venom, parce que vous le méritez. Et ouais, j’espère que vous apprécierez l’album. Merci beaucoup.

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