Review 3262 : Deliverance – The Voyager Golden Banquet

Deliverance rêve à nouveau.

Suite à son troisième très sombre album paru en 2022, le groupe signé chez Les Acteurs De L’Ombre composé de Pierre Duneau (chant/claviers, Memories of a Dead Man), Sacha Février (basse), Etienne Sarthou (guitare/chant, Freitot, Karras, ex-AqME) et Viken Poulain (batterie, Abrahama) dévoile The Voyager Golden Banquet, sa quatrième oeuvre, sur un ton assez différent.

Hellisual nous ouvre très lentement les portes de l’album via des tonalités très lumineuses, presque même apaisantes, apportant très lentement sa dissonance qui s’embrase finalement d’un coup, affirmant ses racines Sludge lentes et poisseuses avant de faire la part belle aux touches Psychédéliques qui donnent un rythme particulier à leur lenteur lancinante. Le côté agressif du chant alimente le contraste, corrompant les sonorités oniriques pour appeler le Black Metal agressif et rendre le mélange chaotique, ralentissant pour dériver sur Chasing The Dragon qui propose une rythmique plus constante, adoptant des reflets épiques une fois de plus assombris par les grognements de Pierre. Le titre est cependant assez court, et le fait qu’il mette du temps à sombrer dans le silence nous permet de respirer avant d’enchaîner sur Headspace Collapse, troisième composition qui s’ancre beaucoup plus dans le côté aérien et mystérieux, notamment grâce au chant clair et aux claviers, mais on sent que le son s’intensifie, se parant lentement de la distorsion tant attendue bien qu’elle reste mélancolique. Le final est bien plus épais, contrastant avec Turn On, Tune In, Drop Out qui exploite le côté atmosphérique du Black Metal et qui le liera à des claviers majestueux pour développer un son imposant et hypnotique, bien que l’on note une touche groovy et saccadée sur le break basse/batterie où s’inviteront finalement des harmoniques dissonantes qui nous captivent jusqu’à As Above, So Below, interlude calme et étrange d’une trentaine de secondes. L’oppression revient avec Ground Zero, laissant le vocaliste afficher des tonalités plaintives bien qu’agressives, retrouvant une rythmique lente et obsédante qui n’hésite jamais à se briser pour reprendre plus fort derrière pendant que des grognements naissent ça et là avant de prendre brusquement fin, nous laissant avec The Banquet – Part 1. Là encore, c’est le Black Metal qui est mis à l’honneur, adoptant un son bien plus froid, du moins lorsque les claviers ne viennent pas lui offrir cette touche presque guillerette avant de la laisser dériver sur The Banquet – Part 2, composition plus minimaliste où une instrumentale assez douce accueille une voix robotique, puis l’ensemble s’enflamme de nouveau, et nous abandonne à son tour.

Bien qu’ayant changé d’identité, Deliverance reste toujours ancré dans un Black/Sludge poisseux aux influences plutôt inattendues, faisant du projet un véritable ovni musical. Si vous n’êtes pas surpris et impressionné par The Voyager Golden Banquet, vous n’êtes probablement pas humain.

85/100

English version?

Quelques questions à Etienne Sarthou et Pierre Duneau, respectivement guitariste et chanteur du groupe Deliverance, à propos de leur nouvel album, The Voyager Golden Banquet.

Bonjour à tous les deux et merci de m’accorder de votre temps. Je vais vous embêter pour commencer, sans utiliser les étiquettes de style comme Black, Sludge, Doom ou autres, comment est-ce que vous pourriez décrire le groupe Deliverance ?
Pierre Duneau (chant) : Il est un peu plus progressif depuis, il est… si tu veux qu’on enlève les mots, il y a un peu plus d’électronique.
Etienne Sarthou (guitare) : Une musique intense, introspective.
Pierre : Tu parlais de style ou de d’adjectif qualificatif ?
Etienne : Ouais, une musique intense, introspective, parfois apaisée, parfois bouleversée… Mais souvent sur la brèche.

La dernière fois que que tu m’avais écrit Étienne, tu m’avais dit que le nom Deliverance, c’était lié au film du même nom qui avait un côté un peu malaisant. Comment est-ce que tu relies l’album The Voyager Golden Banquet qui est décrit comme une quête de lumière sans retour possible?
Etienne : Alors je le lie plus du tout, parce qu’effectivement quand j’ai eu l’idée de ce nom-là – qui est pas révolutionnaire, il ne faut pas se mentir – j’avais revu une énième fois le film, et je me suis dit “ah tiens Deliverance, je connais pas de groupe qui s’appelle comme ça, appelons-nous comme ça.” Entre-temps, on a fait quatre albums et un EP et c’est vrai que le lien… Je ne vois aucun lien entre le film aujourd’hui et notre album, clairement. A part des moments angoissants clairement. Il y a des moments dans notre musique qui sont angoissants et qui sont angoissants dans le film. Mais non, la référence ne va pas plus loin que ça aujourd’hui, j’ai la sensation qu’on a vraiment avancé à chaque album, et que de toute manière, on s’affranchit de ces choses-là, à la limite. Aujourd’hui, on est plus proche de films comme 2001, l’Odyssée de l’espace et Interstellar que de Deliverance. Il faudrait qu’on se rebaptise, il faudrait qu’on se rebaptise 2001.
Ça, ça peut être une idée, un coup marketing comme un autre !
Etienne : On peut faire comme aussi et changer de nom à chaque album !
C’est une autre idée de marketing, mais ça va peut-être perdre un peu les gens.
Etienne : Ne nous tente pas !

Du coup, l’album The Voyager Golden Banquet sort le mois prochain. Comment vous vous sentez?
Pierre : Le plus dur a été fait, l’album a été composé. Tout s’est bien passé, on a eu les retours, c’était toujours stressant quand on a des retours mastering, des retours de recherche de label, donc tout ça a été fait. Maintenant, on attend les festivals et on attend juste une chose, c’est de défendre sur scène ! Sinon ouais, très serein. On est très contents de l’album et de ce qu’on a fait. Après c’est plus entre nos mains en quelque sorte, Si les gens adhèrent ou pas, on sera très content qu’il y ait des gens qui adhèrent et puis ceux qui n’adhèrent pas… on ne peut pas y faire grand-chose en vérité, donc à ce niveau-là, quand on est nous très fiers de ce qu’on a fait, dans un premier temps, ça nous suffit. Et après on essaie de le défendre sur scène le mieux possible et de passer des bons moments à le défendre sur scène.

Encore une question un petit peu chiante : comment est-ce que vous résumeriez The Voyager Golden Banquet en trois mots seulement ?
Pierre : Mais ça, c’est pas chiant ! Je l’ai déjà fait sur une autre interview. J’ai mis voyage, équilibre et tension.
Etienne : Moi je dirais “quête de lumière”, mais c’est déjà trois mots, mais ce sera un terme, “quête de lumière”. Errance. Et espoir. Mais il y en a d’autres aussi ! Je mettrais écrasement, je mets plein d’autres trucs !

C’est intéressant. Et du coup, comment s’est passé le processus de composition? Est-ce que vous avez remarqué des changements par rapport à l’album précédent?
Pierre : Changement de batteur !
C’est vrai que c’est un changement notable, en effet !
Etienne : Il y a quand même eu ça, c’est un vrai changement parce qu’on avait déjà écrit en fait l’album quand Fred était encore avec nous, l’ancien batteur. Et on a finalement réussi après moult épisodes à trouver notre batteur en la personne de Viken. Quand on l’a intégré dans le groupe, on a d’abord essayé de rejouer ces morceaux qui étaient prêts avec Viken.
Pierre : Il n’a pas essayé, parce qu’en fait, Viken, on a eu un ou deux batteurs, un sûr. On lui a montré, on avait fait l’album avec Fred, avec le un autre batteur entre-temps, on lui a montré l’album pendant deux trois mois, le futur nouvel album et il est parti. Du coup, Viken est arrivé, et on n’avait plus trop envie de montrer l’album, j’en avais complètement marre de l’album.
Etienne : On avait des concerts, Viken est arrivé, du coup on a taffé les anciens morceaux. Et on est parti d’un jam et ça s’est bien passé, on s’est dit “on va peut-être continuer à jammer” et les nouveaux morceaux sont venus. C’est en tout cas sur une partie du disque, au lieu d’arriver moi avec des morceaux terminés, où je suis allé au bout du truc et après on on change ou pas, quand on quand on est en répète et on voit que ça marche ou que ça marche pas, parce qu’il y a toujours une relecture. Là, je me suis dit “tiens j’ai une idée là”, un quart d’heure avant que les autres arrivent en répétition, j’avais un un riff qui me trottait dans la tête, je l’ai posé comme ça, et j’ai dis aux autres… même pas aux autres d’ailleurs, je crois que c’était juste avec Viken… Je lui dis “pourquoi on ne bosserait pas ça, je sens qu’on peut en faire un truc”. On a tiré la pelote de laine ensemble plutôt que moi tout seul dans mon coin, et ça a vraiment donné un truc plus frais à ce niveau-là et c’est exactement ce qu’il nous fallait aussi pour intégrer Viken le mieux possible dans le groupe.
Il a réenregistré toutes ses parties de batterie ?
Pierre : Ah mais il n’y avait rien d’enregistré ! C’était enregistré mais avec ça tu vois (le tascam sur la table, ndlr), il a tout composé, c’est aussi le but et le meilleur moyen de faire en sorte qu’il défende l’album avec nous. Il l’a composé. Si on prend un batteur et qu’on va lui proposer des dates de concert, on l’oblige à jouer déjà des albums d’avant plus un nouvel album qui n’a pas composé, il faut attendre l’album d’après pour qu’il compose enfin et qu’il soit dans un groupe. Ça devient compliqué pour lui. C’est pas ouf. Du coup, on s’est dit “c’est le meilleur moyen de l’intégrer” et pour nous de faire un peau neuve, de repartir à zéro parce que ouais, cet album, il commençait… je ne sais pas combien de temps ça a duré sur l’album qui n’est jamais sorti parce qu’on l’a quand même composé avec Fred, on était quasiment à la fin quand il est parti. On avait composé un album quand Fred est parti. Après, il y a un nouveau batteur qui est venu et on ne lui a pas remontré cet album, on avait déjà l’impression de réchauffer un truc qui était déjà prêt en vérité. Donc c’est vrai que si on avait continué avec Fred, The Voyager Golden Banquet n’aurait probablement pas existé.
Etienne : Ou décalé d’un album, c’est possible. Mais c’est très personnel, j’ai plus du tout peur de me séparer même de bonnes idées ou de bons morceaux. J’ai eu la chance dans ma vie d’avoir déjà accompli et d’avoir fait beaucoup de disques, et en fait, y’a aucune raison d’avoir peur de la page blanche, je vois bien qu’on est capable d’écrire des morceaux et d’en faire d’autres. Et finalement, si on ne garde pas ce bon morceau-là, on a qu’à en faire d’autres ! La réalité du groupe avait vraiment changé. Donc un disque, c’est un peu une photo d’un instant T, la photographie. C’est déjà plus la même chose, puisqu’on n’est plus les mêmes et que l’ambiance de ce disque qu’on était en train d’écrire était finalement vraiment très proche du précédent disque. Et le fait de trouver Viken, je pense nous a apporté de la sérénité aussi, on avait envie d’avoir cet aspect-là dans le disque, un aspect parfois plus lumineux, plus apaisé parfois, sans oublier les autres émotions qu’on veut toujours garder et qui sont plus dans un côté Metal, tu vois?

Justement en parlant du son, on retrouve évidemment les éléments qui étaient Black/Sludge sur les premiers albums et comme tu l’as dit, des influences plus Prog, voire même Psyché. Comment est-ce que vous arrivez à mêler toutes les influences pour créer cette propre touche?
Etienne : Ça se fait naturellement. On le fait et on espère que ça va nous plaire. On fait, on voit ce qui se passe et puis ça s’appliquait à nous quatre, tu as un bon signe. On se base là-dessus, on fait tourner, on se pose pas de questions, on ne se dit pas “tiens, la prochaine chanson sera plus propre, plus de machin”.
Pierre : Il y a aussi nos goûts qui évoluent au fil du temps. Moi j’écoute de moins en moins de Metal, alors c’est con pour un groupe de Metal, mais j’en écoute de moins en moins parce que j’ai fait le tour, tu changes, t’évolues, tu passes à autre chose… J’y reviendrai dans deux ans, j’en sais rien. Du coup, je me sens moins inspiré par ça.
Et c’est quoi justement les groupes qui pourraient t’inspirer?
Pierre : Moi j’ai tout poncé dans le Rock Progressif des années 70. Je suis allé dans les tréfonds, j’aime beaucoup, ça n’a rien à voir avec ce qu’on propose actuellement. Actuellement, il y a des groupes qui… je ne sais pas si t’as dû entendre parler d’Angine de Poitrine où tout le monde en parle. Mais à l’époque, tous les groupes qui vont partir 1000 fois plus en couille qu’eux ! C’était toute la scène qui était comme ça et c’était de la liberté ! Il y avait plein d’instruments, c’était super Rock and Roll !
Oui, il y a plein de gens qui reprochent ça justement, que ça a déjà été fait 40 fois avant.
Pierre : Oui, mais c’est un peu le problème de la musique, on tourne en rond, mais le Metal a quand même du côté très chirurgical qui est moins dans mon ADN à moi, je suis plus dans le Rock and Roll que dans le Métal et dans le Rock Progressif. Emerson, Lake and Palmer c’est un virtuoso clavier, il finissait debout sur son clavier en le maltraitant, en plantant son pied de micro dedans, des couteaux qui sortent de nulle part dans le clavier… C’est Rock and Roll ! Alors que plus le temps passe, on parle Rock and Roll, mais je trouve qu’on y perd, c’est plus Rock and Roll en fait… Bon, c’est Metal, c’est moins ma came. Mais voilà, chacun ses influences, moi je sais que ça me parle plus, j’ai été bercé par du Grunge, plus que du Metal. J’ai jamais vraiment été tout ce qui est Metallica, j’ai pas grandi avec ça, j’étais pas dans cette génération peut-être.
Etienne : Nous, on se sent vraiment très libres. On écoute énormément de musique que les gens diraient “très différentes”, mais moi je vois des liens entre les genres, entre les styles de groupe. Moi, je vois vraiment du lien… je vais te dire n’importe quoi, entre Radiohead et du Black Metal. Parce que quand j’écoute Oranssi Pazuzu, j’ai l’impression d’écouter du Radiohead avec des guitares qui font mal et une voix qui fait peur. Mais au fond, il suffit de détourner quelques éléments pour que la vision qu’on a d’un groupe change complètement à 180 degrés. Donc moi je vois aussi du lien entre les musiques extrêmes de Metal comme Morbid Angel ou des groupes de Black avec du Pink Floyd, je ne vois pas en quoi ces choses-là sont antinomiques. Pour moi, elles se complètent et forment justement l’ensemble du Rock and Roll qui inclut le Metal là-dedans et cetera. Après, il y a plein de petits sous-genres dans le Metal et c’est plus compliqué de s’y retrouver, mais je trouve que tout ça a du lien. Ce qui se fait aujourd’hui est hérité de 50 années ou plus de musique Rock and Roll. Donc il suffit de tirer la pelote pour réussir à trouver un lien. Et je ne vois pas en quoi… nous, ça nous botte de mélanger tout ça, mais on ne se dit pas “il faut absolument qu’on mélange tout ça”. Ça se fait assez naturellement et c’est vrai qu’il est probablement plus difficile d’explorer le Metal, si on n’y rajoute pas d’autre chose. Pour nous, c’est sûr que c’est en apportant des influences différentes, comme le Rock 70’s, des choses comme ça ou de l’Indie Rock, du Rock Psyché de l’époque et de maintenant, qu’on peut peut-être rendre une autre sorte de Metal, une chose un petit peu personnelle. C’est ce qu’on essaye de faire en tout cas. Mais c’est quelque chose qui s’est fait naturellement au fur et à mesure des albums. Ces éléments-là, ils étaient déjà présents dans Holocaust 26:1-46, notre deuxième disque, c’est juste qu’on les pousse nettement plus loin au fur et à mesure.
Je suis d’accord sur l’analyse !
Etienne : Je pense qu’il y a un fil conducteur entre tous nos disques, mais qu’on accentue certains aspects au fur et à mesure. Parce qu’on les assume plus et on se sent plus capable de les retranscrire. Ce genre de plage aussi peu psyché, atmosphérique qu’il y a dans Headspace Collapse, au début ou dans la deuxième partie de Turn On, Tune In, Drop Out, ce sont des trucs qu’on se sent plus capable de faire aujourd’hui, parce qu’on a déjà expérimenté un peu ça et on se sent plus capables ! Si ça se trouve le prochain album, il y aura la moitié du disque qui sera instrumental, parce qu’on sera capable de le faire ou qu’on le sentira. On gagne en confiance en se mettant en danger, en faisant des choses qu’on n’a pas forcément faites auparavant et qu’on aime chez plein de groupes qu’on écoute.

Du coup maintenant une petite question sur l’artwork, on remarque que comme pour l’album précédent, il est quand même très soigné dans son genre. Quelles ont été les lignes directrices pour la création de l’artwork ?
Pierre : Du spatial, de l’espace.
Etienne : Rétro futuriste ?
Pierre : Ouais, je vous avais envoyé pas mal de d’images là-dessus, mais c’était à l’époque de Neon Chaos in a Junk?-Sick Dawn. Pour que ça suive un peu le thème des paroles. C’est la dernière chose qui a été faite, nous on finit par l’artwork. Peut-être qu’il y en a qui commencent par un artwork, j’en sais rien. En tout cas nous on finit par l’artwork, il faut que ça soit le point final, donc c’est ce qui réunit le tout, c’est un exercice difficile, mais là ça a été facile.
Etienne : C’était franchement l’objet le plus facile qu’on ait eu. Il n’y a eu aucun débat, ça a été hyper facile alors que le précédent est beaucoup plus compliqué. C’est ma femme qui depuis le début de l’histoire du groupe fait les pochettes du groupe. Mais sur les précédents, elle s’appuyait sur les photos d’un d’un ami qui s’appelle Mathieu Piranda qui est photographe dans l’Est de la France. Et cette fois-ci, on a senti qu’il fallait qu’on s’affranchisse de ces photos parce que ces photos n’étaient pas particulièrement rétro futuristes, dans le dans le brief qu’on s’était donné. Donc Pauline qui a aussi cherché dans pas mal de banques d’images rétro futuristes, etc… Elle a fait son petit patchwork, elle nous l’a proposé et puis on s’est dit “c’est exactement ça”, et rien que dans la pochette, je trouve qu’on retrouve déjà une grosse partie des émotions qu’on a dans le disque, ce personnage seul face à l’inconnu, c’est à la fois apaisant, beau, effrayant, menaçant presque, avec cette planète qui est énorme, on ne sait pas si elle s’approche, s’il va y avoir une collision… Il y a plusieurs chemins possibles, il y a des anomalies dans l’image. Donc ça représente vraiment bien ce qu’on a développé sur le disque. Presque tout ce qu’il y a dans le disque se retrouve sur la pochette.

Et qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer la musique et les paroles concrètement?
Pierre : Les paroles, c’est une envie de rupture avec l’album précédent, avec mes règles, mes lectures. Je ne lis que de la SF. Avant, j’étais sur les classiques, sur beaucoup de choses, je lis beaucoup. J’ai lu que de la SF depuis et je continue pour un peu m’évader. J’ai des concepts cool, c’est surtout ça qui m’a inspiré. Et forcément, je garde mon inspiration de tout ce que j’ai lu auparavant, ce qui fait du lien avec les paroles des anciens albums, j’avais besoin d’un ailleurs, en tout cas pour ce qui est des paroles, d’aller explorer autre chose, d’éviter aussi de me poser trop de questions, d’écrire un peu à l’instinct, laisser dérouler, puis voir où ça me mène, sans trop réfléchir aux tournures. Du moins dans un premier temps, faire un premier jet et après retravailler ce premier jet, d’avoir l’idée globale de manière très naturelle. Tous les textes ont été écrits en une semaine. Après j’ai tout repris pendant 6 mois, mot par mot, parfois tu y penses dans le métro, tu te dis “tiens, je vais changer cette phrase”. Parfois t’y penses pas de la journée, mais ça a été long à tout finaliser, mais le gros a été fait une semaine et demie. En décembre 2024, pendant les vacances.
Ça a été rapide !
Pierre : Je savais à peu près où j’allais, j’avais réfléchi à des thèmes. La musique m’inspirait des thèmes, je savais déjà où j’allais avant, donc j’ai déroulé.
Etienne : Et concernant la musique, c’est assez dur de répondre à cette question parce que personnellement, et c’est le cas pour nous tous, on est le fruit de 40 années (pour ma part) d’écoute de musique, de Supertramp à Watain, et tout ça me nourrit vraiment. Donc j’ai plus aujourd’hui des groupes qui me transforment fondamentalement. Par contre, j’adore mettre dans la musique pas mal de clin d’œil ! Que les gens vont remarquer ou pas, mais j’adore mettre des clins d’oeil qui me paraissent évidents, mais dans le cadre du groupe, je pense qu’on peut passer complètement à côté. J’aime beaucoup faire ça. La plupart du temps quand j’écris un morceau, je ne me dis pas “tiens, je vais écrire un morceau comme ça”. Je sens que j’ai une idée qui a envie de sortir, je me mets à la guitare, je trouve une version de cette idée que j’ai dans la tête qui pourrait correspondre à ce que j’ai en tête et parfois, ce que je trouve sur la guitare est différent de ce que j’ai en tête. Mais ça peut être très bien aussi, donc c’est ça que je vais garder ou pas. Et la différence, c’est qu’au lieu de le faire complètement en solo dans mon coin, là je l’ai fait avec les autres, je lui disais “ah ouais mais là j’aimerais qu’on change, est-ce qu’on pourrait faire ci, est-ce qu’on pourrait faire ça?”… Et de manière très spontanée pour le coup. Il y a pas de moment où je me dis “tiens, j’ai écouté tel album, ça va me faire faire tel titre”. D’autant plus que la base des morceaux, en tout cas sur certains morceaux de Deliverance, c’est souvent à peu près la même chose, c’est un riff, un groove que j’aime bien, un truc assez lourd etc… Puis je cherche, “est-ce qu’il faut que je joue comme ci, comme ça, telle tonalité ou pas”… c’est parfois une relecture que j’ai après, changer volontairement une tonalité de morceaux. Mais c’est assez dur aujourd’hui de te dire “j’ai fait ça à tel moment parce que j’écoutais ça”, ça ne marche plus comme ça pour moi. Parfois même, ce sont des groupes que j’enregistre dans mon studio, avec qui je bosse en studio et ça déboule sur un sentiment, puis ça m’a nourri un truc, ça peut arriver, mais ça ne veut pas dire que ça ressemble à ce que j’ai écouté à ce moment-là exactement.

En parlant d’inspiration, moi il y a deux titres qui m’ont intrigués. C’est les deux dernières parties, les deux derniers titres The Banquet. Pourquoi est-ce que vous avez choisi de les séparer et pourquoi les deux sont aussi différents l’un de l’autre?
Pierre : C’est vrai que le premier est beaucoup plus épique et le deuxième est plutôt… conclusion, conclusion d’album.
Etienne : C’est peut-être pour ça qu’il a aussi été séparé en deux parties ! C’est qu’un morceau, c’est à peu près la même tonalité, les mêmes notes qui sont partagées. Pour avoir une continuité pour un morceau qui est séparé en deux, alors qu’il n’aurait peut-être pas dû être séparé en deux, parce qu’il y a du lien entre les deux. On avait le choix de le mettre en une ou deux parties.
Pierre : C’est vrai qu’en deux parties, c’est plus marrant, ça nous a aussi permis de le sortir là en single, juste la part une, pour après avoir que la partie deux. Tu restes un peu sur ta faim. J’ai jamais écouté seulement la partie une, seulement le tout.
Etienne : Moi j’ai jamais écouté tout seul et même on répète, on ne joue pas la partie un, on a jamais fait l’expérience. En vérité, c’est pareil pour Ground Zero, et l’interlude qui est juste avant. Dès le départ il fallait qu’il soit collé, mais je savais que c’était deux plages différentes. J’aime beaucoup ça dans les disques des 70’s, mais c’est pas une question d’oser, comme dans les ??????, je n’ai pas senti que c’était le moment dans ce disque-là. Mais j’aime beaucoup quand une chanson est en deux parties, mais que tu retrouves la deuxième partie ailleurs dans l’album. Tu vois par exemple dans Shine On You Crazy Diamond de Pink Floyd, t’as la partie un en début d’album et la partie deux en en fin d’album. Et les deux parties sont différentes mais complémentaires. C’est une autre manière de voir la musique. Et j’adore ça parce que c’est une manière un petit peu moins Pop de voir la musique, moins classique et ça accentue le côté un peu Psychédélique de ce genre de chose. Et effectivement, je trouve ça rigolo ce que tu dis, parce que tu trouves que les deux parties sont très différentes. Or dans la deuxième partie, les accords de base qui sont joués par la basse et qu’ensuite je joue à la guitare par-dessus quand ça explose, ce sont exactement les mêmes accords que le couplet de la partie un. Et donc avoir une même idée, mais l’utiliser différemment, fait qu’on n’a plus du tout la même perception du truc. Et je trouve ça passionnant, ça me passionne dans les groupes que j’écoute, parce qu’il y en a pas mal qui font ça, mais c’est pas si courant dans le Metal et ce sont vraiment des éléments de Rock Psychédélique et je trouve ça génial parce que toi, tu trouves que c’est très différent. Moi je vois vraiment un lien. Mais super, si c’est très différent et en même temps cohérent, on a tout gagné ! Et en fait, je trouvais que c’était assez rigolo d’imaginer qu’on ne puisse garder que la partie un comme étant un morceau à part entière, et la partie deux aussi. Et quand on les assemble, ça fait encore un troisième truc. Donc c’est encore une liberté qu’on se permet d’avoir, et puis ça fait plus de morceaux sur le disque ! Ca évite d’avoir à nouveau six morceaux, ça nous en fait huit je crois. Mais sur le précédent disque, ça m’était déjà resté après coup de me dire “on aurait peut-être pu séparer le morceau en plusieurs parties”. Et là, cette fois-ci, on l’a fait.
Pierre : Mais tu voulais pas séparer au début. Mais on s’était posé la question du fragment. Et c’est toujours après coup, on se dit “tiens, on aurait peut-être pu faire ça.” C’est pas grave, faisons-le cette fois-ci.

Ce nouvel album sort chez Les Acteurs De L’Ombre, qui vous accompagnait déjà sur la précédente sortie. Comment ça se passe au niveau de la collaboration?
Pierre : Ça se passe très bien, c’est, on s’est rencontré à plusieurs reprises avec Gérald et même d’autres personnes, il y a beaucoup de gens chez LADLO, c’est bénévole, mais il y a énormément de personnes qui font ça, ce sont des passionnés qui font ça bénévolement, il y a ce côté humain, fait que humainement parlant, on les aime beaucoup, ça donne envie de travailler avec des gens comme ça, c’est pas juste pour la musique, juste pour le profit. Donc moi ça me plaît, ça me parle, ce concept. Je suis très content, en plus, c’est un label qui a quand même une certaine aura en France, qui a permis de découvrir certains groupes. On est très contents.
Etienne : Ce sont des gens vraiment dévoués. Vraiment dévoués au groupe et quand ils bossent avec un groupe, c’est vraiment pour le soutenir, c’est pas juste pour sortir un disque,  ils n’ont pas d’intérêt bassement mercantile dans tout ça, ils sont vraiment là pour soutenir des artistes et sortir des disques qu’ils aiment. Donc c’est vraiment chouette. C’est vraiment pour ça que nous on fait de la musique et c’est la raison d’être de leur label, c’est de soutenir les artistes qu’ils ont envie, qu’ils aiment et qu’ils ont envie de soutenir. Donc c’est chouette.

Petite question pour toi Pierre, t’as toujours eu une entité visuelle très marquée à chaque sortie qui change et cette fois j’ai l’impression que c’est inspiré du film Phantom of the Paradise, de Brian de Palma. Du coup, pourquoi avoir changé aussi, aussi drastiquement d’identité visuelle?
Pierre Alors, drastiquement, oui et non. Je ne sais plus si je te l’ai dit ou pas, j’enchaîne les interviews… Mais j’avais besoin d’aller ailleurs, de voir autre chose et ça se fait aussi visuellement, par le visage. J’avais besoin d’avancer aussi donc par la tenue et j’adore ce film, c’est un film où il y a tout ce que j’aime ! Et j’ai de la chance d’avoir mon ami Paul Toupet qui est un artiste et qui m’a gentiment fait ce masque, je suis très fier de le porter et d’arborer ce film que j’adore. Mais il y a quand même du liant, parce que le maquillage reste en dessous. Je ferais pas tout le concert avec ce masque, je ferais qu’une partie du concert avec le masque, j’enlèverai sûrement au quart ou au milieu du concert.
Pour nous photographes, il faut commencer avec ! (rires)
Pierre : Ouais peut-être, mais tu sais que j’ai pensé en plus j’ai pensé en plus ! J’ai envie de théâtraliser un petit peu plus la scène, parce que moi sur scène, je peux m’ennuyer vite, donc je pense qu’il faut que je fasse des trucs pour théâtraliser un peu la chose, changer de tenue… faire des choses, avoir un masque, enlever le masque… avoir des objets, je ne sais pas, à y réfléchir, ça avance ! Il faut que je me je me limite parce que je peux vraiment partir en couille !
En fait, t’as un enfant, il faut qu’on me donne des Legos sur scène ?
Pierre : C’est exactement ça. C’est vrai que ça faisait longtemps que ça me travaillait ce masque.
Etienne : Avant même ce nouvel album, ça faisait longtemps qu’il nous en parlait.
Pierre : Ouais. J’avais votre soutien modéré, donc je suis dit “allez du coup, je vais faire mon masque et puis de toute façon, je m’en fous, je ferai mon masque”.
J’aime le concept de “soutien modéré”, c’est-à-dire, “on voit ce que tu veux faire, on voit moyen”…
Pierre : Non, on voit moyen mais par contre ça se prêtait bien avec ce nouveau disque pour le coup. Ça paraissait plus évident sur ce disque-là que sur le précédent. Et je me dis de toute façon je m’en fous, moi je fais aussi un peu de musique de mon côté, mais ça le problème, c’est que ça reste de mon côté, j’en ferai rien. Et puis au pire, je me dis “ouais, je me ferai des photos tout seul dans ma chambre, je garderai ça chez moi, je m’afficherai chez moi en photo” et puis voilà. Là, j’avais envie de le faire, parce que j’aime trop ce film. J’ai j’ai un ami qui est plasticien, qui fait des sculptures… je suis allé au bout du truc et j’en suis bien content. Mais oui, je suis un peu trop enfant, je pense et je peux vite faire plein de trucs parce que je m’ennuie, pas trop de budget et je ne peux pas… Mais j’ai du mal quand c’est trop sérieux , moi je suis plus Rock and Roll et si pouvais m’éclater contre la batterie…
Je ne suis pas sûr que Viken soit très content !
Pierre : C’est pas la sienne, c’est celle d’Etienne ! Viken, ça le fait marrer !
Écoutez, je vous laisse voir ça entre vous, je reviens dans deux minutes ! (rires)
Pierre : Mais ouais, il ne faut pas non plus faire n’importe quoi, ça va être ridicule au bout d’un moment, il faut se canaliser, ce qui est dur.
Etienne : Et puis c’est bien que nous on a, j’ai toujours considéré que Pierre devait incarner un truc, ce qu’il est déjà lui-même naturellement, il fallait que l’extérieur aussi reflète les bizarreries qu’il peut avoir, les particularités, ce un personnage un peu spécial parce que je trouve que c’est un personnage. Et le fait d’oser être quelqu’un de différent sur scène, je trouve ça toujours chouette, donc il faut être audacieux comme ça, faire des choix tranchés, c’est cool.
Pierre : Mais au contraire, je pense… et je suis sur scène que je serais encore moins quelqu’un de différent, même si je suis de plus en plus grimé bizarrement. J’étais plus moi-même quand j’étais à vif, ce qui est bizarre. Caché derrière un maquillage, plus un masque… Je suis plus normal chez moi, comme tous les jours.
Je vois le concept.
Pierre : Merci, c’est étrange, mais… peut-être la timidité, le fait d’être à nu…
Du coup, t’es un peu caché, tu vas être toi-même et puis au pire les gens verront un personnage ?
Pierre : Peut-être, carrément.
Etienne : C’est un personnage à part entière et ça a vachement touché les gens. Alors est-ce que Ziggy Stardust c’est vraiment David Bowie ? On n’en sait rien en fait !
Je ne pourrais pas lui demander !
Etienne : Mais c’est ça a vachement marqué les gens et ça a touché les gens. Or, il n’était pas entièrement lui-même à ce moment-là, mais peut-être qu’il l’était quand même c’est ce qu’il voulait, il s’en foutait. Et ça, c’est fun ça nous on aime bien, c’est Rock and Roll !

Justement, on a pas mal parlé de, de scènes et moi je ne vous ai encore jamais vu en live, donc comment ça se passe de votre côté, un concert de Deliverance ?
Etienne : Bien ! Et on l’espère pour les gens aussi. Ca se passe bien, on joue fin mai, une semaine après notre sortie d’album, à Petit Bain…Avec Nature Morte et Aetheria Consciencia.
Pierre : Ca se passe très bien, c’est sûr qu’on aimerait pouvoir proposer un truc encore plus immersif, mais on n’en a pas complètement les moyens… Mais aujourd’hui on commence à bosser avec une ingé lumière qui déjà va apporter une dimension supplémentaire à nos concerts. Donc au préalable, on est, on joue, c’est les derniers concerts qu’on faisait, on n’était qu’avec nos ampoules, aucune lumière en dehors de nos ampoules donc hyper minimaliste. Et ça, ça nous parle aussi vachement, mais là, on a envie de montrer une dimension supplémentaire parce que c’est censé refléter aussi l’album et la variété d’émotions qu’il y a sur le disque. Donc on va essayer de refléter ça au mieux et dépasser le minimalisme, même too much à certains moments et proposer autant que possible, malgré nos moyens un peu limités, une expérience visuelle aussi forte qu’on espère la musique, parce qu’on se déplace dans un petit van. A cause des coûts, à cause de tout ça, on n’a pas de camions derrière nous. Il faut un truc qui puisse convenir à toutes les salles, un Hellfest, qui est énorme, une petite salle, il faut que ça marche partout, c’est pas évident.
Pierre : C’est ça qui est la difficulté, que ça marche partout, que ça nous ressemble et qu’il se passe un truc en même temps, il faut être imaginatif, il faut réfléchir. Donc le masque, c’était assez simple, ça ne prend pas beaucoup de place, ça amène autre chose, tu l’enlèves, tu le remets. Et moi, ça me parlait à fond donc c’est plus en des petits détails comme ça en fait que tu peux marquer et faire quelque chose. Là, on a la chance d’avoir quelqu’un qui va nous suivre pour les lights, mais quand t’as quelqu’un qui te suit pour les likes, c’est les lights, c’est une place en plus dans un van, une place en plus à l’hôtel… donc mine de rien, c’est un coup. Donc les ampoules, c’était aussi le fait de mettre nos ampoules, au moins on sait que ça va être bien parce que l’ingé light dit “qu’est-ce que je fais ?” on répond “rien !”. Au moins on sait ce que ça va être notre show, on le maîtrise. Ça c’est c’était bien, ça évite d’avoir un vert jaune rouge derrière toi quand tu fais un concert et t’as du Reggae ! Et c’est ça qui n’est pas évident à gérer pour des groupes de notre ampleur. C’est un entre-deux pas facile, il faut être inventif !

Est-ce que vous avez des petites habitudes avant ou après les concerts?
Pierre : Ouais, moi je te parle de maquillage, c’est très long, c’est très chiant. Une demi-heure, c’est long. Et j’ai besoin de m’échauffer aussi une bonne demi-heure, donc une heure avant, je disparais parce que j’ai trop de choses à faire, donc ça sera juste ça.
Etienne : Oui, se chauffer chacun avec nos instruments, il n’y a pas de rituel particulier.
Donc pas de sacrifice de chèvres même si on reste encore dans le Black Metal ?
Pierre : Pas encore, on a pas le budget pour les chèvres, ça fait ça fait une personne en plus dans le van, dans l’hôtel.
Si c’est sacrifié, en théorie, personne ne dort avec ?
Pierre : Mais si c’est la veille, on a la chèvre la veille, si on fait si on fait deux dates de suite, on fait comment avec cette chèvre? Il faut deux chèvres ?
Etienne : T’as sacrifié une deuxième fois une chèvre morte… 

Tout ça, il faut y réfléchir avant, c’est de la logistique, je comprends… Et du coup on avait en effet parlé de la date à Paris, comment est-ce que vous avez monté le plateau avec l’asso Sanit Mils, et avec les groupes ?
Etienne : Alors, c’est en croisant un concert Vangelis qui est le patron de Sanit Mils, que je connaissais, et qui nous a déjà fait jouer avec Karras. On le connaît bien et je le croise, je dis “l’album de Deliverance sort à ce moment-là”, il me dit “il faudrait faire une release party”. Ça faisait un moment qu’on parlait d’une release party pour nos albums, on ne l’avait jamais fait. Et naturellement, on a proposé à Nature Morte, qui sont des potes et avec qui on partage en plus le local de répétition ! Et eux nous ont dit “on n’a qu’à inviter cet autre groupe qui est sur le label Frozen Records avec nous”, et qui tournent aussi un petit peu avant. Et ça s’est fait très simplement, une co-release party, même si l’album de Nature Morte sera déjà sorti depuis un petit moment. Ce ne sera peut-être pas trop une release party pour eux, mais en tout cas pour nous, c’est clairement une release-party ! On va jouer l’album en entier. Ils sont de Paris, c’est aussi leur date parisienne. Donc c’est important pour un groupe parisien de faire sa date parisienne et qu’elle soit jolie.
Et c’est quand même une grosse capacité par rapport à…
Pierre :*se cache*
Non, tout va bien, il n’y aura personne devant toi !
Etienne : C’est un peu un pari, honnêtement on ne va pas se mentir, on n’est pas certain de faire guichet fermé ce soir-là.
Mais vous pouvez quand même acheter des billets !
Etienne : Mais c’est aussi, c’est aussi en se mettant sur scène, sur une belle scène, que tu peux proposer un un show qui va marquer les gens et que tu donnes envie à d’autres gens de venir nous voir la prochaine fois !
Pierre : Quoi qu’il arrive, c’est l’amour. Une moitié de salle, ça fait un beau concert pour une belle release et faire plaisir aux gens qui sont venus ! Ils ont payé, donc leur fournir un bon moment. Une belle sortie d’albums, un bon moment posé, suspendu dans le temps, ça, c’est important.

Et quels sont les prochains projets pour après cette release-party du coup?
Etienne : Faire des concerts, il y a déjà deux clips qui vont sortir avant l’album. On a enfin pu se mettre en route sur des projets de clips ! il y en a un premier qui va sortir la semaine prochaine, le mercredi 22 avril. Et un autre qui sortira la semaine de la sortie de l’album, qui est carrément un vrai quasi-court métrage parce qu’il dure huit minutes. Dont Pierre est le personnage principal.
Pierre : C’est Sébastien, guitariste/chanteur d’Abraham qui nous fait le clip. On est partis en Normandie, faire un jour de tournage et là, il est en train de s’amuser à monter, il passe ses semaines avec moi du coup !
Etienne : Et le clip de la semaine prochaine, c’est Mathieu Ezan, que tu connais peut-être, il a réalisé énormément de clips, il vient de sortir le dernier clip de Tagada Jones par exemple, et lui, c’est un un de mes bons potes avec qui on a fait un, et c’est celui-là qui sort la semaine prochaine. On est programmé au Tyrant Fest à la fin de l’année et effectivement, c’est faire des concerts.
Pierre : Essentiellement des festivals, parce qu’il y en a beaucoup en France et que c’est un peu le nerf de la guerre, on ne va pas se mentir. C’est un c’est le moyen de nous faire découvrir, t’as des gens qui ne sont pas forcément venus pour nous, pour une tête d’affiche ou un autre groupe, etc… ils se baladent, ils tombent sur un groupe, ils découvrent, ils se posent pour une fois, ils ne sont pas sur leur portable en scrollant, ils consacrent cinq minutes… Après, ils se cassent, ils aiment pas où ils restent et c’est là que c’est, je pense tu fais de belles découvertes et tu as le temps. Donc c’est important pour les gens et pour nous aussi, tout ce qui est festival.

Et si vous deviez faire l’affiche de rêve qui serait la plus cohérente avec toute votre discographie, avec vous en ouverture et trois autres groupes. Quels seraient les autres groupes ?
Etienne : On peut on peut chacun donner une réponse ?
Pierre : Possibilité de prendre des groupes morts ?
Etienne : Moi je dirais Pink Floyd, mais dans les années 70, quand ils étaient encore capables de discuter ensemble. Watain. Et Yob ou Oranssi Pazuzu, un des deux. Ça fait quatre, mais j’ai triché ! Ce n’est pas grave !
Pierre : Je mettrai Nirvana, forcément The Doors, je mettrai Emerson,  Lake and Palmers qui me font rire et Jimmy Hendrix. En fait, ils sont tous morts. En fait ils sont tous morts. Ça va être chaud mon concert. Ça va pas être ouf…
Etienne : Pink Floyd, c’est un peu comme s’il étaient morts aussi !
C’est donc ça le “death metal”… (rires)
Pierre : Très Metal mon affiche ! Je te fais un Woodstock… (rires)
Tu ne veux pas faire des hologrammes, ça ira plus vite ? (rires)
Pierre : Ouais, je vais faire ça…
Etienne : Ca fonctionne maintenant, il y en a qui font ça !

On va passer aux deux dernières questions qui vont être beaucoup plus fun. La première, qu’est-ce qu’on retrouve dans notre playlist actuellement?
Etienne : Alors moi, j’écoute beaucoup un groupe qui s’appelle Altin Gün, ça s’écrit comme ça, et qui est un groupe Hollandais si j’ai bien compris, puisque je m’intéresse plus trop à ça, je lis pas les biographies des groupes maintenant, j’ai plus le temps… Je crois que c’est un groupe hollandais, mais composé de membres qui sont d’origine turque. En tout cas, ça chante en turc, c’est un groupe de Rock Psychédélique oriental. Que j’ai vu récemment sur scène aussi et c’était vraiment super. J’écoute donc beaucoup ça, que j’ai découvert il y a quelques mois. J’écoute beaucoup le dernier Converge dans les trucs récents. Je trouve qu’il est très réussi. Mon dernier coup de coeur dans le Black Metal, c’était l’année dernière, c’est le dernier album d’Oranssi Pazuzu. Le groupe que j’aimais beaucoup, mais je trouve que leur dernier album est vraiment incroyable, fantastique, pour citer des trucs un peu plus contemporains. Sinon après les classiques, j’écoute toujours les classiques, les Pink Floyd, j’écoute toujours. Mais ce sont les périodes, c’est… les Doors, Pink Floyd
Pierre : (il est allé chercher son téléphone, ndlr) Moi, je ne vais pas tricher, hein. Can, j’ai Van der Graaf Generator, King Crimson, Gentle Giant, Emerson, Lake and Palmer, Yes, Grateful Dead. Et puis d’autres choses.. C’est une playlist actuelle que c’est ce que j’ai écouté dernièrement sur Spotify.

Dernière question, là, vous allez devoir réfléchir un peu plus. La dernière fois, tu m’avais dit que c’était pas possible d’illustrer la musique de Deliverance avec de la nourriture, Alors est-ce que tu aurais une thématique qui n’est ni de la nourriture ni du cinéma, pour décrire votre musique ?
Etienne : Ah, c’est compliqué, merde… Peut-être peut-être de la peinture ! Il faudrait que ce soit complexe comme du Léonard de Vinci et que ça prenne la forme d’un Warhol.
Pierre : C’est quoi la question ? (rires)
Ma dernières question à chaque fois, c’est illustrer la musique de votre groupes avec un plat, mais sur la dernière interview, Etienne m’avait dit que ce n’était pas possible !
Etienne : J’étais en galère (rires).
Du coup on a déjà évoqué le cinéma de nombreuses fois, donc je me suis dit : sans évoquer la nourriture ni le cinéma, trouver trouver un autre domaine !
Etienne : De Vinci à Warhol, c’est hyper prétentieux, j’en ai bien conscience, mais…
Pierre : Le théâtre, c’est bien le théâtre. J’y connais rien… Tout ce qui se passait avec le dadaïsme, tu connais le mouvement dada? Tzara, il montait sur scène, il se faisait défoncer, il se prenait… il donnait des tomates aux gens pour qu’ils leur jette sur la gueule…
C’est un appel pour la release party ? (rires)
Pierre : Il faisit n’importe, quoi le mec il arrivait, Tristan Tzara, en espèce de robot en boîte de conserve pourrave, il faisait de la merde, il faisait ça ! Et aussi les Velvet ils faisaient ça, ils venaient complètement camés, et ils se faisaient défoncer, c’est de la musique de merde et les gens gueulaient… Vivement Petit Bain (rires)
Donc on amène les tomates, c’est pas les chèvres, c’est noté !
Etienne : Allez !

C’était ma dernière question, je vous laisse le mot de la fin et je vous remercie !
Pierre : Merci à toi ! De ton temps, de ta passion, du temps que tu passes à tes montages, à écrire, à tout ça, à suivre la scène locale ! Continue !
Etienne : Merci aux passionnés !

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