
Lost in Kyiv se veut optimiste.
Depuis son premier album sorti il y a quinze ans (sous le nom “Lost In Kiev”, changé il y a peu suite au conflit en Ukraine), le combo français explore la sphère Post et ses influences. En 2026, Jean-Christophe Condette (basse/claviers), Dimitri Denat (guitare), Maxime Ingrand (guitare/claviers/programmation) et Jérémie Legrand (batterie/programmation) sortent leur cinquième album, We’re All Going to Be Fine, soutenus par Pelagic Records.

L’album débute par la groovy et entêtante Enlightened, première composition naturellement entraînante qui gère parfaitement ses montées d’intensité, ses saccades plus brutales, mais aussi ses passages bien plus digestes où les claviers apaisent aisément l’atmosphère grâce à des touches planantes. Une voix samplée apparaît sur le break, mais le chaos qui s’en suit n’est que plus pesant, mêlant des harmoniques criardes et brumeuses avec des patterns encore plus virulents avant que tout ne disparaisse, proposant un final plus solennel pour mener à Burst, titre très calme qui permet un cheminement logique jusqu’à l’arrivée de sa saturation, elle aussi relativement apaisante. On notera une légère approche plus complexe dans les harmoniques, mais aussi dans l’orchestration qui portera le tout jusqu’à la redescente puis jusqu’à Mantra, morceau suivant qui s’embrase à son tour et propose des accents enivrants pour aller avec sa violence. Les touches électroniques façon Trip-Hop me font légèrement sortir du vortex, mais la dissonance reprend ses droits, et le titre étant plus court, elle met rapidement le feu aux poudres et nous tient en haleine jusqu’au final bien plus calme, suivi par Eclipse qui nous autorise lui aussi un temps de répit. Une voix féminine vient vivre au sein de cette tranquillité retrouvée, puis les percussions électroniques pavent notre voie vers une base de Post-Rock enivrante où tous les éléments se mêlent habilement pour tisser cet écrin de quiétude, parfois un peu troublé par la saturation, mais toujours très appréciable. Becoming prend le relai avec une approche bien différente, toujours entre tonalités organiques et électroniques, mais avec une énergie palpable et communicative, et si le mélange peut sembler inhabituel aux oreilles des moins initiés, il est vraiment efficace, autant dans les passages agressifs que les parties les plus expérimentales. Le titre est très long, mais ses neuf minutes lui permettent des libertés, comme inclure un break où la voix féminine revient, annonçant l’explosion imminente des riffs, mais également la rechute jusqu’à Euphoria où la rythmique se construit très progressivement, dévoilant peu à peu ses éléments les plus lumineux qui s’entremêlent à leur tour pour au final se corrompre et devenir presque alarmants, pesants et oppressants qui finira par exploser. Le final minimaliste est presque inquiétant, menant à Liminality qui prend le rôle d’outro, où le groupe nous accorde deux minutes de sonorités brumeuses supplémentaires pour nous laisser sortir en douceur de leur univers, et formant une boucle presque parfaite avec le premier titre.
Bien que son nom ait légèrement évolué pour être en accord avec ses valeurs, Lost in Kyiv est resté le même, proposant un univers quasi-instrumental planant et aussi complexe qu’entraînant à chaque instant. Il est si simple de se perdre dans We’re All Going to Be Fine…
85/100