
Nouvel abordage pour Flotsam and Jetsam !
Pour leur dix-septième album, Rats in the Temple, le groupe connu depuis 1981 (sous différents noms, adoptant le présent ci en 1984) compte sur Eric A.K. (chant), Michael Gilbert (guitare), Steve Conley (guitare, Fifth Angel), Ken Mary (batterie, Fifth Angel, Metal Church ) et Bill Bodily (basse, Contrarian, Inhumatus, Toxik) ont intégré le label Napalm Records.

Harvesting the Hate entame l’album avec une dimension à la fois agressive, mais également épique du côté des samples, laissant par la suite le mix moderne rendre hommage aux éléments imposants avant que les parties vocales n’arrivent, rendant le mélange encore plus vivant, que ce soit lors des passages virulents ou en chant clair. Les racines Thrash sont exploitées au maximum alors que Damnation adopte des teintes plus sombres et presque théâtrales, contrastant avec les racines Old School efficaces et agressives, restant dans un registre assez simple alors qu’Absolution attaque vraiment fort dès ses premières secondes, proposant ce fameux riffing saccadé caractéristique du style. On passe à une touche légèrement plus accessible avec Blame the Knife, titre au groove accrocheur et entêtant qui fera plaisir aux nouveaux venus dans l’univers du groupe, mais également au sein des festivaliers qui passeraient devant la scène, puis le titre éponyme Rats in the Temple propose un long sample pour calmer le jeu avant d’attaquer à bonne allure, relâchant une nouvelle fois le côté saccadé si efficace. On notera que le morceau joue à la fois sur le chant principal, mais également sur bon nombre de choeurs en plus de sa rythmique ravageuse, alors que The Ghost Behind My Door reprend le côté le plus agressif et virulent du Thrash Metal pour nous proposer à la fois une base vive tout en lorgnant ouvertement du côté du Power Metal pour le refrain. Le solo épique permet un passage fluide vers le dernier refrain avant First on the Spike où l’on repart sur une rythmique lourde, là encore adoucie par le chant, légèrement différent par moments, proposant des touches mystérieuses alors que les leads se veulent plus tranchants. The Edge of Nowhere reprend ces éléments aériens pour l’intro puis frappe à pleine allure avec néanmoins quelques courtes pauses, puis c’est Last Rites qui nous offre un vrai moment de répit avec son introduction qui appelle les riffs épais où les fans seront heureux de lever le poing en remuant entre eux, notamment sur le refrain fédérateur. Les pointes Heavy dans la voix participent largement à ces moments énergiques, mais le titre passe assez vite à la groovy A Taste for War qui démarre lentement pour mieux laisser la batterie porter un aspect assez minimaliste mais mélodieux qui permet au groupe de temporiser la balade avant de repartir sur l’épique Her Blood Your Pain. Le groupe ne cache pas là non plus ses harmoniques entêtantes entre deux passages plus bruts, puis sur les pointes perçantes avec Anthem for the Broken qui ne manquera pas de semer le chaos dans les fosses avant de les unir à nouveau sur les refrains, et le titre me semble parfait pour débuter un de leurs prochains shows. L’album se termine avec l’intro puissante de Not Goin’ Down That Way, suivie d’une rythmique de pur Thrash Metal américain, nuancée par quelques touches aériennes, permettant d’espacer les assauts pour nous offrir un final où toutes leurs influences se rencontrent d’excellente manière.
Sa réputation n’est clairement plus à faire, mais Flotsam and Jetsam prend plaisir à nuancer ses titres entre violence pure et éléments épiques, et ça se sent ! Rats in the Temple n’est pas juste un énième album d’un groupe déjà légendaire, mais bel et bien une nouvelle pierre de taille à son édifice !
90/100
Quelques questions pour Eric A.K., chanteur du groupe de Thrash Metal Flotsam and Jetsam, à l’occasion de la sortie du dix-septième album du groupe, Rats in the Temple.
Juste pour que tu le saches, il m’arrivera parfois de couper mon micro parce que je suis un peu malade, et je ne veux pas tousser pendant que tu parles.
Eric A.K. (chant) : Oh, ce n’est pas grave, je vais sûrement tousser moi-même quelques fois.
Tout d’abord, merci de prendre le temps de discuter avec moi. Comment vas-tu ?
Eric : Je vais bien. Je vais très bien. Il fait un peu chaud aujourd’hui, mais je vais bien.
Alors, première question : comment décrirais-tu la musique de Flotsam and Jetsam sans utiliser le terme “Thrash Metal” ni aucun autre sous-genre ?
Eric : Oh, eh bien. J’aime la considérer comme une musique agressive et émotionnelle. On compose pour susciter une émotion chez les gens, peu importe laquelle : que ce soit de l’agressivité, de la colère, de la tristesse… Peu importe, on veut créer une émotion.
Au départ, le groupe avait trois autres noms. Te souviens-tu pourquoi vous avez officiellement choisi le nom Flotsam and Jetsam à l’époque, et comment tu le relies encore à la musique que vous jouez aujourd’hui ?
Eric : C’était une idée de Jason Newsted. Il lisait l’un des livres du Hobbit, ceux de J.R.R. Tolkien, et je crois que c’était soit le titre d’un chapitre, soit deux personnages de l’histoire nommés Flotsam et Jetsam, qui s’étaient perdus, je suppose, en partant explorer les environs. Jason a ensuite cherché la signification de ces mots, et cela signifie “épaves et débris provenant d’un naufrage”. Ça désigne aussi les sans-abri, les clochards et les personnes qui vivent dans la rue. C’est un nom un peu décalé, et on a trouvé que ça nous correspondait bien.
Flotsam and Jetsam sortira donc bientôt son 17e album, intitulé Rats in the Temple. Que penses-tu de cet album ?
Eric : Je pense qu’il est au moins à la hauteur des deux ou trois derniers. Le résultat est nettement meilleur que ce qu’on espérait. On y a mis beaucoup de travail, alors on espère que le public l’aimera autant que nous.
Pourrais-tu résumer Rats in the Temple en trois mots seulement ?
Eric : Trois mots… Je dirais… Je ne sais pas, “une nouvelle tentative d’agressivité”.
Ça colle vraiment bien ! Rats in the Temple sort donc deux ans après le précédent album. As-tu remarqué des changements dans le processus de composition ?
Eric : Non, pas vraiment. Pour les trois ou quatre derniers albums, nous avons composé et enregistré de la même manière, et ça semble bien fonctionner pour nous. Donc, tant que rien ne changera ou que nous ne déciderons pas d’essayer quelque chose de nouveau, nous continuerons à enregistrer comme nous l’avons toujours fait et à composer comme nous l’avons toujours fait.
Donc absolument rien de nouveau, juste votre recette habituelle ?
Eric : Oui, oui.
Le son de Flotsam and Jetsam est bien sûr ancré dans le Thrash Metal et le groupe compte désormais plus de 40 ans de carrière. Y a-t-il des groupes que vous pourriez citer comme influences ?
Eric : Il y a beaucoup de groupes qui nous influencent. Bien sûr, quand on a commencé, c’était le début : Dio, Iron Maiden, Judas Priest… Une fois qu’on a sorti notre premier album, c’est là que Metallica a commencé à percer en force sur la scène, et ça a eu une influence considérable sur nous aussi, mais ce sont juste les grands noms incontournables du Metal qui étaient présents au milieu des années 80.
Peut-être y a-t-il d’autres influences, en dehors de la musique, qui te poussent à composer et à écrire tes paroles ?
Eric : L’actualité et tout ce qui se passe dans le monde à un moment donné… Que l’on s’assoie ou non pour essayer d’écrire quelque chose à ce sujet, si l’on entend sans cesse parler de ce qui se passe dans le monde, cela finit forcément par influencer notre écriture à un moment ou à un autre. Donc, même si je ne me dis pas : “Je vais écrire une chanson sur ce qui se passe en Iran ou ailleurs”, ça a clairement une influence sur mon processus de réflexion, parce qu’on en entend parler toute la journée, tous les jours. Mais en général, j’écoute de la musique, je vois quelles émotions elle suscite en moi, et c’est là que je commence mon processus d’écriture pour les paroles.
As-tu peut-être une chanson préférée sur Rats in the Temple ?
Eric : C’est une question difficile, parce que je les aime presque toutes. Je pense que Harvesting the Hate est l’une de mes préférées. Rats in the Temple, bien sûr, fait partie de mes préférées, et… bon sang, il y en a beaucoup que j’aime énormément, donc c’est difficile d’en choisir une seule.
Y en a-t-il une qui t’a donné le plus de fil à retordre en tant que chanteur ?
Eric : A Taste for War. Ça a été difficile parce que Ken (Ken Mary, le batteur, ndlr) et moi, on n’arrivait tout simplement pas à se mettre d’accord sur un tout petit passage. Ça m’a vraiment agacé. Lui, il adorait ça, et on s’est disputés là-dessus pendant un bon moment, et Ken a fini par l’emporter, comme d’habitude. On a donc gardé ce passage, depuis, ça n’a dérangé personne d’autre que moi, c’est juste une question de goût personnel, mais à part ça, elles ont toutes été assez difficiles. J’ai 61 ans maintenant, donc chanter “Joyeux anniversaire” me pose déjà des problèmes à ce stade.
Presque toutes les chansons sont, du moins pour moi, assez majestueuses au début, puis deviennent vraiment agressives, bien sûr, en raison de nos racines Thrash. Est-ce la volonté du groupe de rendre chaque morceau aussi fédérateur ?
Eric : On essaie toujours d’y ajouter un peu de dramatisme, ces petits moments qui attirent l’attention. On n’a pas cherché à le faire sur chaque chanson, mais je pense que ça s’est presque passé comme ça. On commence par l’agressivité de base d’un morceau, puis on s’assoit avec Ken, qui nous lance des idées, on lui en renvoie, et l’instant d’après, on se retrouve avec un petit passage orchestral en intro. Ça marche la plupart du temps, donc c’est plutôt cool. On cherche aussi quelque chose qu’on puisse utiliser comme intro en concert, donc on propose des éléments qui pourraient servir d’intro à plusieurs morceaux différents.
Vous êtes tous désormais des vétérans de la scène Metal. Comment faites-vous pour rester motivés et aller de l’avant, tant sur le plan personnel qu’en tant que groupe ?
Eric : Je pense qu’on a désormais des attentes réalistes. Si on finit par avoir des vacances payées qui nous permettent de découvrir de nouveaux endroits dans le monde ou d’aller rendre visite à des amis qu’on a rencontrés, dans des endroits où on est déjà allés un million de fois, c’est ça, des vacances payées. On sait bien qu’on ne va pas s’acheter une Lamborghini d’une couleur différente pour chaque jour de la semaine, ni rien de ce genre – tu sais, c’est un groupe de Metal. Mais si on peut partir découvrir le monde, profiter de vacances-travail et jouer notre musique en live devant un public qui nous aime, ça nous suffit amplement.
C’est un point de vue intéressant, je trouve. À propos des concerts, comment vis-tu personnellement un concert de Flotsam and Jetsam ?
Eric : On a toujours été un groupe qui se concentre uniquement sur la musique. S’il y a un grand spectacle de lumières, de la fumée et tout ça, c’est parce que tout était déjà en place sur place. On n’emporte rien de tout ça avec nous ; on veut que notre public soit là uniquement pour la musique, et pas forcément pour nous regarder jouer, mais juste pour l’entendre en live et découvrir à quel point elle est agressive, non seulement en studio, mais aussi sur scène, et on aime penser que nos morceaux suffisent à eux seuls. Le petit plus de vitesse et d’agressivité qu’apporte le fait de jouer en live suffit à divertir le public pour la soirée, on n’a pas l’impression d’avoir besoin d’énormes jeux de lumières, de mises en scène théâtrales et tout ça, à part peut-être une intro ou une outro du concert ; on ne fait pas vraiment de jets de flammes ni ce genre de trucs que font certains autres groupes, mais ça n’enlève rien à la qualité de ces autres groupes, ça les rend juste un peu dépendants d’un spectacle lumineux.
Avez-vous des rituels ou des habitudes avant ou après le concert ?
Eric : On boit beaucoup d’eau toute la journée. On n’est plus vraiment un groupe qui fait la fête. On prend de l’âge, on voyage, on aime être à l’aise. On aime aller manger dans un endroit sympa tous les soirs, puis, une fois le concert terminé, on discute avec autant de fans que possible, on signe tout ce qu’ils nous demandent, et ensuite on va généralement se coucher. On aime bien dormir pour pouvoir refaire le même concert le lendemain soir.
Malheureusement, je ne vois jamais le groupe sur scène pour l’instant. Peut-être que vous aimez jouer en France ?
Eric : Oui, je crois que la dernière fois que nous avons joué, c’était au Hellfest, et c’était… Je ne sais pas, il faisait une chaleur ridicule, mais c’était très sympa, il y avait beaucoup de monde.
Oui, il fait toujours très chaud au Hellfest. Est-ce que tu as un souvenir particulier du dernier concert au Hellfest ?
Eric : Juste le fait de revoir d’autres groupes avec lesquels nous avons tourné par le passé et de rencontrer des gens que nous n’avions pas vus depuis un bon moment. Il y a beaucoup de groupes avec lesquels on s’est liés d’amitié au fil des années, et c’est plutôt sympa de les revoir lors d’un festival, de passer du temps avec eux, de boire une bière ensemble, de discuter de ce qui a changé et de ce qui n’a pas changé. Mais bon, à part ça, c’est toujours le public qui reste mon meilleur souvenir.
Vous avez récemment donné quelques concerts en Europe en mai et juin. Comment se sont passés ces concerts ?
Eric : Elles étaient géniales. Les deux dernières petites tournées de deux semaines qu’on a faites en Europe étaient incroyables. Quand les concerts n’étaient pas à guichets fermés, ils l’étaient presque, donc c’était vraiment sympa. Je pense que ces derniers albums nous ont beaucoup aidés.
Et comment avez-vous construit la setlist entre la sortie du nouvel album et tout ce répertoire du passé ?
Eric : Il y a toujours quelques morceaux issus de nos deux premiers albums que nous devons jouer, sinon le public nous en voudrait. Et puis, nous voulons mettre en avant nos nouveaux titres. Du coup, il y a toute une partie centrale de notre carrière qui est parfois un peu laissée de côté, parce que nous sommes en tournée pour promouvoir le nouvel album et que nous devons jouer les anciens morceaux, ce qui limite un peu le reste de notre setlist.
Quelle sera la prochaine étape pour Flotsam and Jetsam après la sortie de l’album ? Vous avez peut-être déjà des projets ?
Eric : Nous avons beaucoup de dates de tournée prévues pour le reste de l’année. Nous avons quelques concerts à Los Angeles. Ensuite, nous partons en Australie et en Nouvelle-Zélande. Puis, en novembre, nous entamons, je crois, une tournée européenne de quatre ou cinq semaines. On passe une semaine en Espagne, puis on va en Pologne et en Grèce, avant de revenir en Europe centrale. Je crois qu’on sera en tournée jusqu’à presque Noël, donc ça va être intéressant.
On arrive à la fin de l’interview avec quelques questions plus légères. Est-ce que tu as entendu parler de la scène Metal française et que tu apprécies certains groupes français ?
Eric : Je suis nul pour les noms de groupes, mais il y a beaucoup de bons jeunes groupes qui émergent en ce moment et qui s’inspirent du bon vieux Thrash Metal des années 80, et c’est sympa de voir que ça recommence à un peu refaire surface.
Maintenant, une question d’imagination : y a-t-il des groupes avec lesquels tu aimerais jouer ? Je te laisse créer l’affiche de tes rêves avec Flotsam and Jetsam en tête d’affiche, accompagnés de trois autres groupes !
Eric : Pour ce qui est de jouer avec des groupes plus connus… J’ai toujours rêvé de faire une tournée, ou au moins quelques concerts, avec Metallica, ce serait génial. Tu sais, on a joué avec tellement de groupes que j’ai l’impression d’avoir tout coché ma liste de choses à faire avant de mourir, donc… il y a… Comme je l’ai dit, je suis nul pour retenir les noms des nouveaux groupes, mais il y en a quelques-uns que j’ai découverts récemment, et je pense qu’ils vont faire un tabac s’ils ne le font pas déjà. Ce serait sympa d’emmener en tournée quelques-uns de ces groupes qui, selon moi, ont du potentiel, pour les voir évoluer en tant que groupe et en tant qu’acteurs de la scène live.
La dernière question est la plus drôle : à quel plat ou à quelle boisson comparerais-tu la musique de Flotsam and Jetsam ?
Eric : Oh, elle est bonne celle-là ! Je vais choisir ma préférée : Flotsam and Jetsam, c’est un Jack Daniel’s-Coca.
C’est vraiment un excellent choix. Je suis tout à fait d’accord.
Eric : Tu sais, c’est un soda sucré qui va te faire perdre la tête si tu te laisses aller !
Oui, tout à fait ! Comme je l’ai dit, c’était ma dernière question. Merci beaucoup pour ton temps et pour ta musique. Le mot de la fin t’appartient !
Eric : Oh, merci beaucoup. Passe une bonne soirée !