
Plèvre nous offre les clés de la ville.
Pour ce premier album, Cité mouroir, Ophélie G. (chant), Olivier M. (guitare/batterie/choeurs, More of the Same Old Days), Paul B-C. (guitare) et Olivier B. (basse) – tous membres de Once Upon the End – ont signé chez Frozen Records.

L’album débute avec Tu dois croire au printemps, courte introduction mélodieuse toutefois empreinte d’une certaine mélancolie à laquelle succède la violence et la noirceur de Décimées, premier morceau où l’on découvre à la fois des racines Black Metal, mais aussi une certaine technicité dans les patterns. Côté chant, les hurlements d’Ophélie sont parfois complétés par quelques choeurs massifs, répondant à la dissonance des harmoniques alors que les riffs explosent régulièrement de toute part, maintenant notre attention jusqu’à ce qu’une touche de chant clair plus léger ne réponde aux cris avant de passer à Asbestose et à sa dissonance intense. La rythmique se montre également plus lente et épaisse, imposant une oppression enivrante alors que la chanteuse reprend son manège lancinant, soutenue par des harmoniques criardes et entêtantes qui renforcent la dimension déjà très viscérale du morceau qui se répand comme une épidémie. Le son devient encore plus tranchant, presque Old School pour Tord-boyaux, titre suivant qui s’embrase sans attendre, proposant de courtes accalmies alors que la vocaliste se déchaîne progressivement, entraînant dans son sillon les riffs qui redeviennent explosifs. La chaotique Table rase prend immédiatement le relai, nous entourant de sa folie musicale changeante pour un interlude instrumental vif et revigorant avant de nous lancer sur A corps perdu et sa charge furieuse vers toujours plus de noirceur et de patterns brumeux couplés à des parties vocales expressives. La guitare lead est toute aussi plaintive que la vocaliste est intense, mais le morceau sera forcé de ralentir pour un final plus respirable avant de passer à 3955 kHz, titre au nom énigmatique qui distille des riffs travaillés mais étrangement très mélodieux alors que la lourdeur est proéminente au sein des passages les plus saccadés, à l’inverse de l’introduction de Dissociation qui renoue avec une quiétude que l’on croyait disparue. La saturation n’est évidemment jamais très loin, mais on sent que le morceau est – malgré sa batterie déjà furieuse – bien plus apaisé, du moins avant l’arrivée des rugissements qui viendront ternir le paysage et lui insuffler son énergie désespérée. Le silence s’installe peu avant la fin du titre, mais il est suivi par Sillons sanglants et ses racines Blackgaze aériennes pour proposer un dernier tableau flétri et nostalgique, toujours aussi empli de noirceur qu’aux premières notes pendant que la banshee lui donne un semblant de vie en hurlant de toute son âme, adoptant même une légère touche Old School par instants avant de rejoindre le néant après un ultime effort.
J’ai eu la chance de découvrir Plèvre lors d’un live, ne connaissant rien de la formation, et leurs compositions m’avaient déjà ébloui. Cité mouroir reproduit exactement le même effet, nous mettant face à une puissance viscérale rare pour une formation aussi jeune.
95/100