
Montée des marches pour Trollfest.
Pour ce dixième album, toujours soutenu par Napalm Records, Mr.Seidel (guitare), Fabio Grimdrap (guitare), Trollmannen (chant), Trollbank (batterie/bouzouki), Fjernkontrollet (synthétiseurs/accordéon), DrekkaDag (saxophone), Bjørn Dugstad Rønnow (batterie/chant) et Böesse Basshöl Nybazist (basse) ont chaussé leur plus beau smoking, assistant à l’avant-première de Trollywood.
L’audience débute avec Attention, premier titre qui fait la part belle au mélange entre les touches Folk légères et une base agressive à souhaits comme à leurs débuts, que ce soit sur la rythmique frénétique ou les parties vocales furieuses, et qui nous fait dire que le groupe est de retour à sa frénésie accrocheuse. Les refrains restent en tête mais Troll Brigade va rapidement nous proposer une approche toute aussi virulente et brutale grâce aux influences Pagan/Black qui se heurtent aux éléments plus accessibles, mais aussi à un moment majestueux grâce aux claviers, mais le groupe retrouve un ton plus joyeux sur Claiming the Walk of Fame, le titre suivant qui reste bien plus cohérent avec les dernières productions, jouant sur sa gaieté. On enchaîne avec Bar of Mud, titre à l’introduction inquiétante qui va finalement distiller sa noirceur tout en accueillant le vocaliste Mathias (Vanvidd, live pour Finntroll) et des parties électroniques étranges, mais Prügelknabe repart sur des influences Heavy/Thrash pour proposer une touche Old School plus qu’appréciables, tout en restant dans la violence. Day Drinking va là aussi lâcher ses meilleures racines entêtantes avec la participation d’Ingvild « Tante Pãthë » Strønen qui aide les huit musiciens à placer cet hymne à la boisson avant de revenir à l’essentiel sur The Real Breaktrough où le groupe nous propose plutôt de nous briser la nuque sur leurs riffs tout en comptant sur Chris Hüdini pour les accompagner dans cette mission. Retour au salon avec ConTroll qui fait intervenir Petri “Pete” Lindroos (Ensiferum, Norther, Satanic North, Warmen) pour ajouter une bonne dose de virulence à la composition déjà bien violente, mais l’atmosphère change totalement avec Get on the Offbeat où Sphinx de Ram-Zet apporte une vibe Industrial étrangement très cohérente avec la lourdeur du morceau. Nouvelle accélération avec Dreams for Resale, titre qui fait lui aussi office de chaînon manquant entre les premiers et les derniers albums, et même s’il est un peu court, va largement me convaincre avant de se rendre à The Troll Oscars, où là encore Sphinx les accompagne sur le tapis rouge de la violence, tout comme Ingvild « Tante Pãthë » Strønen qui offrent une diversité vocale intrigante et intéressante entre deux vagues de fureur qui vont apporter de la diversité à ce final.
Alors que je croyais Trollfest enterré dans leurs blagues, les gaillards m’ont époustouflé en lâchant Trollywood, un parfait compromis entre leur drôlerie et la violence des premiers opus qui m’avait manquée. Je ne me ferai pas prier pour retourner les voir !
90/100
Quelques questions adressées à Trollmannen, le chanteur de Trollfest, à propos de la sortie de leur nouvel album, *Trollywood*, par Raven.
Bonjour Trollmannen, et tout d’abord un grand merci d’avoir pris le temps de m’accorder cet entretien ! Comment vas-tu ? J’espère que tu te souviens de moi.
Trollmannen (chant) : Tu me sembles en effet un peu familière, oui, mais j’ai une mémoire épouvantable.
Raven : L’année dernière, au Hellfest.
Trollmannen : Ah oui, sous la tente de presse, par une chaleur de 45 degrés !
Raven : Exactement, l’interview était assez chaotique.
Trollmannen : Ouais, ça nous ressemble bien. Je me sens plutôt bien.
Je sais que Trollfest est un groupe qui prend la musique très au sérieux, mais qui est aussi une énorme blague quand on regarde les thèmes abordés. Le jeu de mots “troll” était-il voulu dès le départ ?
Trollmannen : En quelque sorte, mais on a tendance à ne pas tout planifier dans les moindres détails : on a une idée, puis on se lance. Je pense donc que dans le cas de Trollfest, c’est peut-être un peu les deux : c’était en partie une petite blague, mais on a aussi décidé d’essayer d’être à la hauteur de ce nom depuis qu’on l’a choisi.
Raven : C’est comme si je voyais un troll courir avec des ciseaux sur scène tout en chantant.
Trollmannen : Ouais !
En tant que l’un des fondateurs du groupe, te souviens-tu comment vous avez trouvé le nom Trollfest, et quel lien fais-tu entre ce nom et la musique que vous jouez ensemble ?
Trollmannen : Si je me souviens bien, on était assis chez notre guitariste, c’est en quelque sorte là que tout a commencé, et je crois qu’on venait juste de composer une chanson intitulée Drekka Konkurransen ! (ce qui signifie en gros « Le concours de beuverie »), qui figure parmi les démos de notre album célébrant nos 10 ans, A Decade of Drekkadence. On cherchait un nom et on voulait que ça fasse un peu Folk Metal, on trouvait que Finntroll était vraiment cool. Il y a un groupe norvégien qui s’appelle simplement Troll, donc ce nom était déjà pris, et on lançait juste des suggestions à tout va, puis au début, on a fini par l’appeler The Devil’s Dangleberries.
Raven : J’ai un peu peur de demander pourquoi.
Trollmannen : Eh bien, ça sonnait bien et on trouvait ça drôle, mais ensuite quelqu’un a proposé Trollfest et on a tous été d’accord pour dire que c’était une meilleure alternative.
Raven : Je suis tout à fait d’accord. C’est un meilleur nom que The Devil’s Dangleberries, ce nom-là a une allitération sympa, mais celui-ci est meilleur.
Et alors, comment fais-tu le lien avec la musique que vous jouez ensemble ?
Trollmannen : Dès le début, les paroles ont en quelque sorte tourné autour des trolls et, du moins dans le folklore norvégien, les trolls sont un peu différents de ceux de Donjons et Dragons ou des films. Ils sont vraiment, vraiment énormes et très poilus. Dans le folklore norvégien, les trolls font partie des enfers ou viennent des enfers, ce qui explique leur haine viscérale envers les chrétiens. Il existe en fait pas mal de contes populaires très anciens en Norvège où l’un des éléments principaux de l’histoire est qu’une personne gentille et chrétienne se retrouve dans les bois, et pour une raison ou une autre, elle doit y passer la nuit, puis s’enfuir pendant la nuit parce que les trolls sortent et qu’ils peuvent sentir l’odeur du sang chrétien. Si l’on ajoute à cela le fait que le Black Metal est en quelque sorte anti-religieux, nous avons pensé que ces deux éléments formeraient un mariage parfait, en plus de cela, nous avions envie de créer une sorte de musique festive. Ou plutôt, nous voulions que ce soit une ambiance de fête.
Raven : Je me souviens du “Party Metal” dont tu avais parlé l’année dernière.
Trollfest s’apprête à sortir son dixième album, intitulé Trollywood. Qu’en penses-tu ? Comment résumerais-tu l’identité de Trollywood en seulement trois mots ?
Trollmannen : Plus lourd et… c’est une bonne question. C’est toujours expérimental et je ne sais pas… Meilleur.
Raven : OK, j’accepte les trois mots. Que penses-tu de l’album ?
Trollmannen : Je suis fier ! Ce n’est pas comme si ça m’empêchait de dormir ou quoi que ce soit de ce genre, mais il y a toujours un peu d’appréhension quant à la façon dont il sera accueilli. Je suis confiant et je suis satisfait du fait que nous ayons fait notre travail, que nous y ayons consacré du temps, que nous ayons obtenu un résultat dont nous sommes tous satisfaits et que nous apprécions tous. Je veux dire, ça ne changera pas, même si tout le monde revient en disant “c’est la pire merde que vous ayez jamais faite”. Je continue de penser que nous avons fait ce que nous pouvions, mais oui, j’ai tout de même un petit pincement de nervosité ou d’excitation à l’idée de savoir comment il sera accueilli.
Raven : Eh bien, je suis très heureuse d’entendre ça. J’ai vraiment apprécié l’album quand je l’ai écouté. Je me suis dit : “Mais qu’est-ce qu’ils ont encore inventé ? Ces gars-là sont fous”. Voilà quelle a été ma réaction.
Trollmannen : Oh, mais dans ce cas, je considère que la mission est accomplie.
Il a fallu quatre ans pour que Trollywood voie le jour. As-tu remarqué des changements dans le processus de composition ? Qu’est-ce qui vous a poussés à revenir à vos racines et à créer quelque chose de lourd et de violent tout en continuant à jeter un œil à l’industrie du divertissement ?
Trollmannen : Non, pas vraiment. On a plus ou moins fait ce qu’on fait d’habitude, en termes de processus et tout ça. Mais d’un autre côté, on a un nouveau bassiste avec nous maintenant, par rapport à l’album Flamingo, donc il y a eu un petit changement avec l’arrivée d’une nouvelle personne apportant de nouvelles compétences et d’autres types d’idées, je suppose qu’on peut dire ça. Mais le processus créatif a été plus ou moins le même que d’habitude. Je pense d’ailleurs qu’une partie de la raison pour laquelle cela a pris quatre ans cette fois-ci, c’est que deux de ces années – ou du moins, disons, une de ces années – ont été marquées par la pandémie, et que, de ce fait, nous n’avons commencé à tourner avec Flamingo Overlord que près de deux ans après sa sortie, lorsque nous avons entamé la première tournée pour promouvoir l’album.
Raven : À propos du temps qui passe, qu’est-ce qui vous a poussés à revenir à vos racines ? C’est-à-dire, revenir aux racines brutales de Kaptein Kaos et créer quelque chose de lourd et de violent, tout en gardant un œil sur l’industrie du divertissement.
Trollmannen : Eh bien, comme tu l’as dit tout à l’heure, c’est notre 10e album, ce qui me fait encore un peu bizarre à l’idée et à dire, en partie parce que c’était le 10e album ; le point de départ de cet album était d’essayer en quelque sorte de faire une combinaison de tous les 9 albums que nous avions sortis avant celui-ci. Nous avons essayé d’y intégrer des éléments et des références tirés aussi bien des premiers albums que des derniers, pour en faire en quelque sorte une sorte de compilation, ou un résumé de ce que nous avons accompli jusqu’à présent.
Raven : D’accord, c’est comme un album anniversaire qui montre tout ce dont vous êtes capables.
Trollmannen : Et d’une certaine manière, ce sont des morceaux entièrement nouveaux. On n’a pas repris d’anciennes chansons ni fait référence à d’anciens riffs ou quoi que ce soit de ce genre. C’est entièrement nouveau. Musicalement, c’est un album entièrement nouveau de notre part, mais on voulait en quelque sorte résumer l’essence des neuf albums précédents ; donc, comme tu l’as dit, allier une partie de la brutalité de nos débuts à des éléments plus expérimentaux – et, espérons-le, accrocheurs – des dernières années. Et puis, bien sûr, cela fait plus de 20 ans qu’on a commencé. Tout le monde a donc mûri musicalement, tout le monde s’est amélioré dans son domaine. C’est une autre chose que nous voulions en quelque sorte mettre en avant avec cet album.
Qu’est-ce qui vous a poussés à aborder le thème de l’industrie du divertissement pour ce nouvel album ? Quelles ont été vos influences pour la musique, les paroles et tout le reste ?
Trollmannen : Je pense qu’il y a en fait deux raisons à cela : d’une part, nous avions depuis un certain temps l’idée de faire quelque chose en rapport avec Hollywood, car nous trouvions que ce serait cool de nous déguiser sur scène en personnages de différents films hollywoodiens. Par exemple, j’avais imaginé un gars déguisé en Terminator, un autre en personnage du Seigneur des Anneaux, un autre encore en Iron Man, mais on a ensuite commencé à se dire qu’avec les lois sur les droits d’auteur et tout ça, Disney en particulier n’apprécierait probablement pas du tout ce genre de chose. Du coup, on a mis le projet en suspens, en le gardant peut-être pour un concert unique à un moment donné. Mais au cours de ce processus, on a aussi trouvé le titre Trollywood, qu’on trouvait vraiment génial pour un album. Puis, quand on a commencé à essayer de définir le concept de cet album, ça nous a pris un peu de temps pour trouver quelque chose que tout le monde trouvait cool et sympa. On a fini par ressortir le titre Trollywood et on a gardé cette idée, mais on a fait autre chose au niveau des costumes. Comme c’est souvent le cas avec nos projets, une fois le titre choisi, le concept des paroles s’est en quelque sorte imposé de lui-même : si ça s’appelle Trollywood, alors ça doit être une version “trollesque” d’Hollywood, et comme pour la plupart de nos albums, j’ai tendance à écrire les paroles comme s’il s’agissait d’une vision “trollesque de la réalité. C’est devenu le point de départ. En faisant quelques recherches sur l’histoire d’Hollywood, ses anecdotes et tout ce qui s’y rapporte, il m’est apparu très clairement que 90 % d’Hollywood, c’est l’industrie du divertissement. C’est, du moins pour le monde occidental, la Mecque du divertissement. C’est de là que viennent la plupart des très, très grands artistes et films, à tel point que si vous êtes un grand artiste, une grande star de cinéma, un grand réalisateur ou un grand compositeur de musique de film, peu importe d’où vous venez. Si vous atteignez le sommet de la hiérarchie du divertissement, vous finirez par vous installer à Hollywood.
Raven : Oui, je comprends parfaitement. Mais en tant que Française, je me dois de protester un peu contre ça, car nous avons une industrie cinématographique gigantesque.
(Note de Raven : Nollywood est le surnom donné à l’industrie cinématographique nigériane, qui se classe au deuxième rang mondial en termes de volume de production. Elle sort environ 2 500 films par an, juste derrière Bollywood en Inde en termes de production totale, et produit plus de films par an qu’Hollywood.)
Trollmannen : C’est vrai. Et tu sais, il y a aussi Bollywood et Nollywood, et ce n’est pas pour rien qu’on les appelle ainsi. J’ai lu quelque part que Bollywood avait une production bien supérieure à celle d’Hollywood. Nollywood est en train de devenir un acteur incontournable. Donc, il y a du vrai dans ce que disent ceux qui affirment qu’Hollywood est une étoile déclinante.
Raven : Y a-t-il d’autres titres qui ont eu une influence particulière, ou est-ce simplement lié au processus de composition ?
Trollmannen : Les titres et les paroles racontent, du moins en apparence, l’histoire de trolls qui se sont rendus à Hollywood pour percer, et on découvre Trollywood à travers leur regard et leurs expériences. Mais certaines chansons ne parlent pas nécessairement ou directement de ce qui arrive aux trolls, mais plutôt de ce qu’ils vivent ou de ce qu’ils voient, et je suppose que certaines ne sont que des commentaires sur l’industrie du divertissement. J’ai toujours été un peu fasciné par ce choc entre l’art et le capitalisme, ou entre la culture et le capitalisme. C’est un long débat. Je ne pense pas qu’on puisse trouver d’exemple plus frappant que celui-ci… enfin, on en trouve sans doute aussi à Nollywood et à Bollywood, et probablement à Paris aussi. J’ai l’impression qu’Hollywood est peut-être un exemple très flagrant de la rencontre entre l’art et le capitalisme : certains réalisateurs sortent régulièrement des films dont personne ne peut nier qu’il s’agit d’œuvres d’art, mais ensuite Hollywood, avec tout son capitalisme, entre en scène et sort dix autres films qui ne sont en fait que des copies régurgitées de l’œuvre d’art originale ; ainsi, cela devient un très bon exemple de la nature quelque peu capricieuse de l’art, car on pourrait penser que si l’on crée une œuvre d’art, puis qu’on la répète encore et encore, elle resterait de l’art.
As-tu une chanson préférée sur Trollywood ? Que ce soit pour la musique elle-même ou pour les paroles.
Trollmannen : Oh, c’est une bonne question. Je pense que ma chanson préférée de l’album, enfin, la première qui me vient à l’esprit en tout cas, c’est A Bar of Mud.
Raven : Oh, pourquoi ?
Trollmannen : Au niveau des paroles, j’ai trouvé qu’il y avait là de très, très bonnes tournures, des phrases dont je suis très, très content, ou encore des images métaphoriques que j’ai eu beaucoup de plaisir à créer. Musicalement, j’ai un petit faible pour le côté plus lourd de la musique, j’apprécie pas mal le Stoner Metal et le Doom Metal, dans une certaine mesure du moins. De temps en temps, on s’y essaie avec Trollfest, mais la plupart du temps, Trollfest est plutôt rythmé et intense dans ce sens-là. J’ai trouvé ça très amusant de vraiment explorer le côté plus lourd des choses.
Raven : Pour être honnête, oui, c’est une question vraiment difficile, car même moi, je ne sais pas vraiment laquelle choisir. C’est peut-être Claiming the Walk of Fame, mais je n’en suis pas sûre.
Trollmannen : Celle-là est bonne aussi, c’est vraiment difficile de choisir une seule chanson que je préfère. Je ne sais pas. Elles sont toutes bonnes.
Il y a beaucoup d’invités sur Trollywood, et certains d’entre eux faisaient tous partie de votre dernière tournée Heidenfest. Comment les avez-vous intégrés aux morceaux ? Et qu’en est-il de ceux qui n’étaient pas présents lors de cette tournée ?
Trollmannen : Le milieu de la musique est un petit monde. Faute d’un meilleur terme, on y observe beaucoup de relations entremêlées, où une même personne peut faire partie de cinq groupes à la fois. Par exemple, nous avons SfinX, ou Miriam comme elle s’appelle, c’est la chanteuse qui interprète la plupart des parties féminines de l’album. Elle nous a aidés sur certains passages de chœurs et sur un morceau de Norwegian Fairy Tales. Elle faisait partie de la chorale d’Heluva. C’est la chanteuse d’un groupe appelé Ram-Zet, dont le claviériste est également le nôtre. À l’époque, elle jouait dans un groupe avec notre batteur, qui s’appelait Viper Solfa. Lorsque nous avons eu besoin d’une chanteuse pour deux des morceaux, elle s’est imposée comme un choix évident, à la fois parce que c’est une chanteuse très talentueuse et parce que nous la connaissons. De même, nous avons eu Sareeta, ou Ingvild, qui est son vrai prénom. Elle a joué du violon sur quelques morceaux et a également participé à presque tous les albums de Trollfest. Elle a assuré les parties de violon sur un ou deux morceaux. Elle a participé à au moins une tournée, et Dieu sait combien de festivals au fil des années ; elle fait partie de la famille élargie. Nous avons fait appel à un certain Mathias, le chanteur du groupe Vanvidd. Lors de la tournée Heidenfest que nous avons effectuée plus tôt cette année, le chanteur de Finntroll n’a pas pu être présent, alors il a pris le relais pour Finntroll. Nous le connaissions tous déjà grâce à Vanvidd, il a une voix vraiment géniale, c’est pourquoi il participe à l’un des morceaux. Et puis, Petri, d’Ensiferum, chante également sur l’un des morceaux. Encore une fois, c’est l’un de ces cas où l’on s’assoit et où, en gros, la chanson est terminée, puis on recommence à la réécouter encore et encore et encore pour voir s’il y a quelque chose à faire pour la rehausser un peu ou la rendre un peu plus cool d’une manière ou d’une autre. Petri a une voix vraiment, vraiment géniale et on voulait qu’il participe, alors on lui a demandé et il a dit oui. “Putain ouais, il… il va faire partie de l’album, alors, tu vois, trouvons-lui un passage qui lui convienne bien”. Tous les membres d’Ensiferum sont vraiment des gens sympas. On a fait trois tournées avec eux jusqu’à présent. On adore passer du temps avec ces gars-là.
Penses-tu t’être amélioré en tant que chanteur, mais aussi en tant qu’humoriste, avec ce nouvel album ?
Trollmannen : Oui, mais je pense avoir davantage progressé en tant qu’humoriste et parolier qu’en tant que chanteur.
Raven : C’est pas grave. Tout ça est bien.
Trollmannen : Ouais, ouais. Bon, tu sais, je l’ai déjà dit plusieurs fois : si tu fais quelque chose depuis 20 ans et que tu ne t’améliores pas, tu devrais probablement revoir certaines choses.
Raven : Faire semblant jusqu’à ce qu’on y arrive. Ça a l’air de marcher pour certaines personnes aussi.
Trollmannen : Je pense que même si on fait semblant, puis qu’on y arrive, si on continue à le faire, on devrait finir par s’améliorer, soit dans l’art de faire semblant, soit dans celui de le faire pour de vrai.
Raven : Je suis coupable. Je vieillis et, petit à petit, mon humour se dégrade, alors…
Trollmannen : Eh bien, c’est vrai, le corps se détériore avec l’âge, c’est certain, on ne peut pas vraiment y échapper. Mais oui, on compense cela par un esprit toujours plus vif.
Parlons maintenant des concerts : comment se déroule un concert de Trollfest ? Je vous ai vus au Hellfest l’année dernière, que pensez-vous de ce concert et de la journée dans son ensemble ?
Trollmannen : On répète toujours environ une fois par semaine. Évidemment, s’il n’y a rien de prévu à l’affiche pendant un certain temps, on peut faire une pause d’une semaine, d’un mois ou autre, mais en règle générale, on essaie de jouer ensemble chaque semaine. Pour tous ceux qui veulent devenir musiciens, si vous voulez bien jouer en live, c’est la meilleure façon de s’y prendre. On peut apprendre beaucoup rien qu’en restant chez soi à improviser sur des CD, mais ça ne vaut pas le fait de jouer avec quelqu’un d’autre. Quand il s’agit de se produire en concert, beaucoup de gens sont très concentrés sur ce qu’ils font. Si tu es guitariste, tu te concentres sur ce que fait la guitare : elle doit être bien réglée, le son doit être beau, “je veux des cordes neuves et bla bla bla bla bla”. De la même manière, si tu es batteur, tu veux en quelque sorte être précis dans ton jeu et frapper les fûts de la bonne manière, pour que ça sonne bien et tout ça. C’est important, ce genre de trucs. Et la meilleure façon d’y parvenir, c’est de s’entraîner à jouer ensemble. Si on a de la chance, on a 50 concerts par an. Beaucoup de nos amis d’autres groupes en font peut-être 200 à 300 par an. Et dans ce cas-là, vos répétitions, c’est comme si c’étaient vos concerts.
Raven : Et si je voulais assister à l’une de vos répétitions ?
Trollmannen : Eh bien, c’est pas aussi marrant qu’un concert, pour être honnête. Tu sais, on est tous en pyjama, avec nos lunettes, nos pipes et une petite bougie, et tout le monde dit : “Hum, oui, c’était une bonne partie B, mais on devrait peut-être… On refait ce passage une fois de plus, ça vous dit, les gars ? Bien sûr, ouais, OK, et 1, 2, 3, 4”.
Raven : Tu as vraiment un super accent anglais, on dirait un vrai gentleman anglais là.
Trollmannen : J’ai vécu à Liverpool pendant trois ans, donc… J’ai été influencé par la culture britannique.
Raven : Revenons au concert. Je vais te demander de te projeter un an en arrière, parce que je t’ai vu au Hellfest l’année dernière, et quel est ton avis sur le concert et sur toute cette journée aujourd’hui ? Tu te souviens du Hellfest ?
Trollmannen : Oh, mon souvenir principal, c’est qu’il faisait une chaleur de dingue. Il faisait une chaleur absurde, du moins pour un Norvégien.
Raven : Ne t’inquiète pas, pour nous les Français aussi.
Trollmannen : Il faisait une chaleur incroyable. Mais je me souviens surtout de m’être beaucoup amusé, à chaque fois que nous avons joué au Hellfest, et pour être honnête, chaque fois que nous sommes venus en France, nous avons passé de très bons moments. Et le public français nous a toujours très, très bien accueillis. On voit clairement que beaucoup de gens s’amusent, ce qui est l’une des meilleures choses à observer depuis la scène, à mon avis. Le Hellfest est sans doute l’un de mes festivals préférés. Le site est vraiment génial, les coulisses sont sympas, l’espace du festival est encore plus sympa, la programmation est généralement exceptionnelle, la nourriture est souvent très bonne aussi, et la bière est vraiment bonne et bien fraîche. Ce dont je me souviens surtout à chaque fois que nous sommes allés au Hellfest, c’est de m’être beaucoup amusé, d’avoir été vraiment, vraiment heureux. Et je n’étais pas au courant pour les plaques d’égoût. Je crois qu’ils fabriquent des plaques métalliques chaque année. Et j’ai rencontré deux types au hasard alors que j’assistais à l’un des concerts ; on a commencé à discuter, et ils ne connaissaient absolument pas Trollfest. Pour être honnête, on est un petit groupe de niche, donc je ne leur en ai pas voulu. Quand je leur ai dit que j’étais là parce que je jouais, ils ont réagi en disant « non », ils ne m’ont pas cru et m’ont demandé : “C’est quoi le nom de ton groupe ?”. Je leur ai donc répondu que c’était Trollfest, et que c’était ma troisième fois ici. Et là, ils m’ont dit : “Ah ah, on va te piéger”. Ils m’ont alors emmené vers les plaques métalliques, et m’ont demandé : “En quelle année, en quelle année as-tu joué ?” Et j’ai répondu : “Oh, eh bien, la première fois, c’était, je crois, en 2017 et en 2019”. On est donc allés vers cette plaque, et j’ai pu montrer le nom de Trollfest sur la plaque en disant : “Vous voyez, ça y est”. C’est vraiment, vraiment un très bon souvenir.
Raven : J’espère vous voir l’année prochaine au Hellfest, car l’année prochaine, il y aura 300 groupes.
Trollmannen : Ça fait beaucoup.
Raven : Avec 4 scènes supplémentaires, oui.
Trollmannen : Je suis très content de ne pas être responsable de la logistique.
Y a-t-il de nouveaux projets de tournée pour Trollfest après la sortie de l’album ? Ou de nouveaux projets en général ?
Trollmannen : Eh bien, oui, nous en avons. La seule chose qui soit encore définitive pour l’instant, ce sont quelques festivals cet été : je crois qu’il s’agit du Metalfest en République tchèque, et il y a un festival espagnol où je ne pense pas que nous soyons déjà allés, ça va être intéressant. Et puis, nous essayons d’organiser une tournée, mais nous n’avons pas encore tout à fait décidé où et quand. On a un concert en Norvège en janvier.
Raven : J’espère au moins vous voir sur scène.
Trollmannen : Moi aussi. Je suis presque sûr qu’on passera par la France à un moment donné.
Avez-vous déjà commencé à travailler sur une nouvelle setlist pour les prochains concerts ? Par exemple, en ajoutant de nouvelles chansons, ou en retirant d’anciennes…
Trollmannen : Je dirais à la fois oui et non. Le week-end dernier, nous avons joué dans un festival en Italie où nous avons inclus Day Drinking et où nous avons fait une avant-première de Claiming the Walk of Fame. Je suis presque sûr que ces deux titres feront désormais partie intégrante de nos nouvelles setlists. En général, il faut adapter la setlist au festival ou au concert en question. Pour le festival en Italie, on disposait d’environ une heure et demie de temps de scène, ce qui nous a permis de jouer Claiming the Walk of Fame, même si le titre n’est pas encore sorti. Nous avons également eu le temps de jouer quelques morceaux tirés des premier et deuxième albums. Un mois auparavant, nous avions joué au Summer Breeze en Allemagne et je crois que nous n’avions que 45 minutes ; il faut donc établir des priorités en fonction du temps de jeu dont on dispose réellement. On ne peut pas nier le fait que, lorsqu’on part en tournée pour promouvoir un nouvel album, ce qu’on veut vendre, c’est bien sûr ce nouvel album. Je suis loin d’être le plus grand fan d’Iron Maiden au monde, mais j’adore vraiment ce qu’ils ont fait avec leurs concerts ces derniers temps : ils partent en tournée en se concentrant principalement sur le nouvel album et ne jouent que le strict minimum de leurs tubes. Mais l’année suivante, ils refont la même tournée, et là, tout tourne autour des plus grands succès, des anciennes chansons et des morceaux populaires. Je trouve que c’est une façon vraiment géniale de procéder, car en tant que fan de tous les groupes que j’apprécie, quand je vais à des concerts, il y a une tonne de morceaux que j’adorerais entendre en live et qu’ils ne jouent généralement pas, soit parce qu’ils sont trop méconnus, soit parce qu’ils sont trop anciens, soit, dans la plupart des cas, les deux. En tant que musicien, je comprends en quelque sorte. Quant aux morceaux du premier album, on les a déjà joués pas mal de fois. On les a passés en revue sous toutes les coutures, et on a beaucoup joué certains d’entre eux. Chaque fois qu’on sort un nouvel album et qu’on enchaîne les nouvelles chansons, il y a une joie à les interpréter qui s’estompe peu à peu : plus on les joue, moins elles surprennent, moins elles sont intéressantes, parce qu’à un moment donné, on en a fait toutes les versions possibles.
As-tu déjà entendu parler de la scène Metal française ? Y a-t-il des groupes que tu connais et que tu apprécies ?
Trollmannen : Bien sûr ! En matière de Metal Expérimental, la scène française est sans doute l’une des plus intéressantes du moment. Il y a Igorrr, je crois que j’ai assisté à quatre ou cinq de leurs concerts jusqu’à présent. C’est mon groupe préféré de ces dernières années. J’aime aussi beaucoup certains groupes expérimentaux. Il y en a un autre que j’aime bien, qui s’appelle Pryapisme, ils sont plutôt cool. Et il y en a un autre qui s’appelle Öxxö Xööx.
Raven : Je les ai vus à Paris.
Trollmannen : J’ai vraiment apprécié ce qu’ils font aussi. Qu’y a-t-il d’autre ? Je sais qu’un de nos guitaristes est un grand fan de Gorod, qui est également français. Et bien sûr, c’est indéniable, Gojira est aussi un groupe magnifique. Je crois que la première fois que je les ai vus, c’était en 2005 ou quelque chose comme ça, lors d’un festival danois, ils venaient de sortir l’album From Mars to Sirius, et j’ai entendu une de leurs chansons sur… ça montre bien mon âge. J’avais acheté un magazine de Metal appelé Rock Sound, un magazine génial d’ailleurs, en général, il y avait un CD de compilation fourni avec le magazine, avec une chanson de 20 groupes différents sur le CD. Je me souviens avoir acheté ce magazine, et je crois avoir trouvé une des chansons de Gojira dessus. Un ami et moi, on l’a écoutée, et on s’est dit : “Putain, c’est génial !” On a donc filé au magasin de CD pour acheter l’album From Mars to Sirius, et je suis un grand fan depuis lors.
Raven : Ne t’inquiète pas, tu n’es pas obligé de citer tous les groupes français que tu connais.
Trollmannen : Non, ça ferait une longue liste, voire très longue, c’est vrai. J’essaie juste de voir s’il y en a d’autres qui me viennent spontanément à l’esprit, mais j’en trouverai sûrement plein d’autres quand j’irai me coucher ce soir.
En 2014, on t’avait comparé au chanteur français Carlos à cause de ta chemise à fleurs, et vous aviez même repris la chanson Papayou. Envisagerais-tu de reprendre une chanson de chaque chanteur célèbre de chaque pays où tu te produis en tournée ?
Trollmannen : Ce serait vraiment génial, et je ne suis pas sûr à 100 % qu’ils l’aient toujours fait, mais je sais certaines choses sur Metallica. Je ne suis pas un grand fan de Metallica, mais notre autre guitariste est un immense fan de Metallica et il m’a raconté ce qu’ils avaient fait lors de leur dernière tournée : dans chaque ville où ils se produisaient, ils trouvaient un groupe local et jouaient ensuite le plus grand tube de ce groupe dans cette ville. J’adorerais faire ça, mais je pense que pour y parvenir, il faut être une tête d’affiche comme Metallica, afin de pouvoir arriver en ville, accéder à la salle de répétition tôt le matin, mettre au point ce morceau le jour même, le jouer le soir, puis refaire la même chose le lendemain matin. Or, nous ne sommes pas tout à fait aussi bien lotis que Metallica. En général, quand on part en tournée, on passe beaucoup de temps à transporter notre matériel d’un endroit à l’autre.
Raven : Je pensais que c’était de boire de la bière. Je suis déçu.
Trollmannen : Eh bien, en général, on porte d’une main et on boit de l’autre.
Puisque le nouvel album de Trollfest, Trollywood, parle de cinéma et de divertissement, créez-nous un spectacle, que ce soit un film ou une émission ! Imaginons un scénario, des invités et tout ça !
Trollmannen : Eh bien, j’avais une idée quand j’étais plus jeune, à l’époque où on jouait encore au jeu de rôle Warhammer, moi et quelques amis, et je me souviens qu’après une soirée de jeu particulièrement intense, j’avais envie de faire une comédie dont tout l’intérêt résiderait dans le fait que le personnage principal… tu sais, d’habitude, dans les films, on présente le personnage principal d’une manière bien particulière, pour qu’on comprenne tout de suite que c’est lui le personnage principal. En général, quand on s’assoit pour regarder un film, on devine qui est le personnage principal dans les cinq premières minutes, rien qu’à la façon dont c’est filmé, tu vois. Et mon idée, c’était justement de faire une comédie où il faudrait présenter un nouveau personnage principal toutes les cinq minutes, parce que le personnage principal est présenté, puis meurt. Game of Thrones m’a volé mon idée de, tu sais, faire mourir le personnage principal tout le temps.
Raven : Pour en revenir au scénario, ton idée, c’est de tuer le personnage principal, puis le personnage principal qui le remplace, et ainsi de suite.
Trollmannen : L’idée, c’était que le personnage principal se fasse tuer sans arrêt, et qu’à la fin du film, on découvre qu’un type qui n’a pas encore été présenté est en fait celui qui résout tout, ou qui règle le conflit ; ce serait marrant de faire ça.
Raven : Et si on faisait intervenir des groupes de musique dans le film ?
Trollmannen : Oh, ça… euh… ça pourrait être cool aussi. La plupart des musiciens seraient probablement des acteurs plutôt corrects. Si on fait intervenir des groupes, alors je préférerais sans doute faire venir… Beaucoup de groupes avec lesquels on a fait des tournées, simplement parce qu’on connaît ces gars-là, donc on s’amuserait beaucoup avec eux. Les gars de Korpiklaani pourraient être sympas à avoir avec nous, ceux d’Ensiferum, ceux de Finntroll. Vanvidd. Il y a toujours la tentation d’intégrer certains de ses groupes préférés, mais il y a aussi beaucoup de vrai dans ce dicton : “Ne rencontre pas tes héros”. Je me suis retrouvé dans cette situation une ou deux fois, quand j’ai eu l’occasion d’aller dire bonjour à un groupe dont j’étais un grand fan depuis toujours. Je l’ai fait une fois, et au fil du temps, après cette rencontre, j’ai trouvé ça de plus en plus gênant, parce que je me suis comporté comme une petite écolière. Du coup, on a du mal à apprécier leur musique et on finit par regretter de leur avoir parlé, juste pour pouvoir continuer à profiter de ce qu’ils font. Et puis il y a aussi d’autres moments où, tu sais, on s’est construit cette image quasi divine dans la tête, puis on les rencontre et on se rend compte que ce ne sont que… de simples crétins, comme tout le monde.
J’ai une question très importante (VIQ) : est-ce que M. Seidel a toujours des paillettes dans ses sous-vêtements ? Et si les trolls de Trollywood obtenaient vraiment leur étoile sur le Walk of Fame, que dirait la plaque ?
Trollmannen : Ça ne m’étonnerait pas. Tu te souviens de ce passage de l’interview. J’allais justement le dire, et je suis sûr de l’avoir déjà dit la dernière fois : tu sais, les paillettes s’infiltrent partout, et comme je travaillais dans une crèche, j’étais bien conscient des dangers des paillettes, même avant qu’on commence à les utiliser pour le Trollfest, mais oui, j’ai vraiment appris ça à mes dépens. Il y a eu quelques années où ma barbe brillait.
Raven : Sympa. Et pour la deuxième partie de la question : et si les trolls de Trollywood obtenaient vraiment une étoile sur le Walk of Fame ? Que dirait l’inscription sur la plaque ?
Trollmannen : Je pense que la plaque dirait probablement : « Ici repose la dignité de », suivi du nom du troll.
C’était ma dernière question, alors merci beaucoup pour ton temps et ta musique. Le mot de la fin t’appartient !
Trollmannen : Restez cool, continuez à aller à l’école ! Merci de nous avoir aidés à promouvoir le nouvel album.
Raven : Hé, je n’aurais manqué ça pour rien au monde, de pouvoir à nouveau discuter avec toi.