
Pas de quartier avec Distant.
En 2026, Alan Grnja (chant), Nouri Yetgin (guitare), Elmer Maurits (basse) et René Gerbrandij (batterie) sortent leur cinquième album, Into Despair, avec l’aide de Century Media.

Le groupe attaque avec The World, un titre introductif d’abord inquiétant puis écrasant à l’accordage très bas qui permet au groupe de rappeler ses racines Downtempo tout en plaçant quelques racines Mathcore avant de passer à Nothing Left To Hate qui revient sur le Deathcore et son agressivité saccadée aux rugissements bestiaux. Rien ne nous surprendra sur ce morceau, si ce n’est l’extrême violence des musiciens, le côté rentre-dedans étant toujours présent pour eux, puis c’est avec Into Despair que le quartet va frapper, rappelant ses débuts eux aussi déjà bien agressifs après un temps de relâche. Les moshparts s’enchaînent, puis on passe à la groovy Spirit où Alan partagera le micro avec Tyler Beam de The Last Ten Seconds Of Life pour renforcer l’assaut vocal de ses rugissements sur une base déjà très épaisse avant de laisser Circle of Vultures prendre le relai sur un ton pesant et dissonant. Le quartet n’hésitera pas à renouer avec sa violence initiale à bonne allure, à l’inverse de The Shallow Gaze qui va abuser des palm-mutes pour créer un son lent et oppressant avant d’emprunter des racines Hardcore pour provoquer des sursauts de dynamisme entre les explosions avec l’aide de Darius Tehrani (Spite). On enchaîne avec Veil of Paranoia qui va là encore se montrer assez pesante, mêlant les deux parties de l’univers du groupe tout en créant un son relativement inquiétant, mais Desolation nous accorde un temps de répit avec son sample introductif où les voix nous indiquent clairement qu’il n’y aura aucun répit, chose confirmée par les riffs des musiciens qui frappent sans ménagement. Pas non plus de sursis avec All Will Be (N)One qui prend immédiatement le relai, laissant le groupe faire sensation avant d’accueillir leur deuxième invité Ricky Myers (Suffocation, Disgorge…) qui va leur offrir un final dantesque avant que Rat Torture ne vienne apporter sa propre violence, non sans lâcher ses moshparts et autres breaks. Reprise des hostilités avec Flesh and Nails qui reste dans ce style très lourd et agressif, mais qui proposera tout de même des tonalités apocalyptiques avant l’introduction presque enjouée de The Shared Grief qui va nous écraser consciencieusement en moins de deux minutes, puis Iron Knee qui refermera l’album sans fioritures, simplement avec des riffs épais et des grognements bestiaux.
La recette n’a pas changé chez Distant, le groupe montre avec Into Despair qu’il sait toujours s’y prendre pour créer un son lourd et épais. L’album est déjà un must-have chez les fans, et le groupe saura sans aucun doute le faire sonner en live !
80/100
Quelques questions à Alan Grnja, chanteur du groupe de Deathcore néerlandais Distant, à propos de la sortie de leur nouvel album, Into Despair, par Raven.
Bonjour Alan, et tout d’abord, merci beaucoup de prendre le temps de discuter avec moi ! Comment vas-tu ?
Alan Grnja (chant) : Je suis occupé, occupé comme toujours, à préparer le nouvel album et la tournée qui arrive
La musique de Distant s’inscrit clairement dans le Deathcore et le Downtempo, mais comment décrirais-tu votre son sans utiliser ces termes ni aucune autre étiquette ?
Alan : Je dirais que, pour faire simple, ce qu’on aime dire, c’est : grave et lent. Mais pour développer un peu, je dirais écrasant, implacable et direct.
Raven : D’accord. Pour être honnête, j’ai été vraiment surprise en écoutant votre album, parce que le Deathcore, ce n’est pas trop mon truc. Et en l’écoutant, je me suis dit “Hé, c’est vraiment pas mal” ! J’ai été très, très surprise.
Alan : Merci.
Tu te souviens de la manière dont vous avez trouvé le nom Distant, et du lien que tu fais avec la musique que vous jouez ensemble ?
Alan : Je n’étais pas dans le groupe quand ils ont choisi le nom. De ce que je me rappelle, quand les gars en parlaient, ils voulaient quelque chose de très facile à retenir et qui marque. Et de mon point de vue, comme je suis le seul membre du groupe qui ne vient pas des Pays-Bas, on a cette blague récurrente selon laquelle nous sommes très éloignés les uns des autres.
Raven : D’accord. Mais ce n’est pas la signification officielle. Je suis tellement déçue ! Ça aurait pu être une bonne histoire.
Alan : Ce n’est pas grave, c’était juste une inspiration du moment.
Raven : Je vois… J’espérais une raison philosophique, je ne sais pas.
Alan : Je pense que chacun peut trouver sa propre signification à ce que “distant” représente pour lui. Pour moi, c’est vraiment la distance que nous parcourons et jusqu’où nous sommes prêts à aller pour atteindre ce que nous voulons à un moment donné.
Raven : Donc vous laissez au public la liberté de l’interpréter comme il le souhaite.
Alan : Oui.
Distant s’apprête à sortir son cinquième album, intitulé Into Despair. Comment te sens-tu à son sujet ? Comment résumerais-tu son identité en seulement trois mots ?
Alan : Je suis enthousiaste, comme toujours avec un nouvel album. Mais au moment où il sort, pour nous, c’est déjà de la musique très ancienne. J’ai donc hâte que les gens puissent enfin l’entendre. Je suis vraiment curieux, parce que nous avons conservé le son de Distant, mais nous avons changé notre approche pour cet album. Il est davantage tourné vers la vie réelle que les précédents, et c’est le premier qui fait directement référence à nos vies personnelles. Il est très personnel pour chacun de nous, alors que les albums précédents étaient surtout fictifs ou axés sur la fantasy – nous avions même écrit trois livres autour de cet univers. C’est donc quelque chose de nouveau pour nous aussi. Je suis très curieux de voir comment les fans vont se connecter à cet album, mais aussi comment les nouveaux auditeurs vont l’accueillir.
Raven : On dirait que tu es vraiment curieux à propos de l’album. C’est intéressant, je n’obtiens pas souvent ce genre de réponse. Pour être honnête, c’est assez étrange pour moi : j’ai aimé votre album alors que, d’habitude, je n’aime pas trop ce genre. Vous avez donc réussi à me convaincre.
Comment résumerais-tu l’identité de Into Despair en seulement trois mots ?
Alan : Lourd – dans tous les sens du terme. Pas seulement musicalement, mais aussi par les sujets et les paroles. C’est quelque chose de très lourd, physiquement et mentalement, cathartique et déprimant. Pour moi, c’est une lutte entre ces deux aspects : c’est aussi libérateur, mais en même temps très déprimant. Certaines chansons m’ont fait du bien à sortir et à évoquer. Mais c’est difficile d’en parler à chaque fois que tout revient. C’est un combat constant entre les deux. C’est vraiment, vraiment lourd.
Il n’a fallu que deux ans pour que Into Despair voie le jour. As-tu remarqué des changements dans le processus de composition ? Est-ce que ça devient plus facile avec le temps ?
Alan : Ce n’est pas une question à laquelle on peut répondre simplement par oui ou non. Vu notre manière de travailler et le fait que nous écrivons constamment de nouveaux morceaux, certains étaient déjà en réserve au moment de la sortie de l’album précédent. Nous n’essayons pas de ralentir quand nous ne sommes pas en tournée : nous travaillons toujours sur quelque chose. Ça se fait donc assez naturellement. Mais pour moi, les paroles ont clairement été les plus difficiles à écrire. Parler aussi directement de choses personnelles, au lieu de les dissimuler derrière un voile de fantasy, de thèmes obscurs et de paroles énigmatiques, représentait un changement radical. J’ai vraiment senti une différence d’un album à l’autre. Celui-ci est beaucoup plus brut que les précédents, parce qu’il est porté par les émotions plutôt que par la volonté de créer un chef-d’œuvre musical.
Raven : Parce que c’est plus personnel, cette fois.
Alan : Oui, absolument. Nous voulions capturer ce sentiment et cette émotion du mieux possible.
Raven : Ma deuxième question était : est-ce que tu penses que ça devient plus facile avec le temps ? Peut-être pas cette fois-ci…
Alan : En tout cas, pour moi, certainement pas. J’ai vraiment eu du mal au début. Petit à petit, à mesure que nous approchions de la fin de l’album, c’est devenu plus facile, et ça devrait probablement le devenir encore plus avec le temps. Mais pendant les premiers mois, quand je travaillais sur les morceaux, j’ai même dit aux gars : “Les mecs, j’ai vraiment du mal à faire quelque chose d’aussi direct”. En général, je suis quelqu’un de difficile à faire parler quand il s’agit de me livrer.
Raven : Tu as des émotions, toi aussi, tu sais !
Alan : Mais je pense que j’ai dépassé ça. Si nous continuons dans cette voie, ce sera certainement plus facile à l’avenir.
J’ai remarqué que Distant avait un son très direct. Pourrais-tu citer quelques influences musicales ?
Alan : Pour cet album en particulier, je dirais que l’écriture a été influencée par Korn et le Hardcore en général : quelque chose de plus accessible et plus proche de nos racines, de ce avec quoi nous avons grandi, des concerts auxquels nous allions, etc. Comme je l’ai dit, c’est un album tourné vers la vie réelle. Les morceaux ont surtout été écrits pour que nous prenions du plaisir sur scène et que le public en profite aussi. Nous ne sommes pas le genre de groupe que les gens viennent voir pour admirer quelqu’un jouer un solo de vingt minutes. Nous voulons cette énergie sur scène, mais aussi en dehors, et les deux doivent fonctionner en symbiose.
Les derniers albums étaient influencés par le mythe de Tyrannotophia, qui est ensuite devenu un livre écrit avec votre bassiste Elmer Maurits. Le nouvel album poursuit-il cette histoire ?
Alan : Celui-ci est entièrement personnel, ancré dans la vraie vie. Avec les tournées constantes, nous avons moins de temps à disposition, et écrire le livre à côté est devenu plus difficile. Si nous voulions rester fidèles à cette approche personnelle, faire une suite en la dissimulant à nouveau derrière quelque chose auquel les gens ne peuvent pas s’identifier personnellement n’aurait tout simplement pas semblé juste. Nous voulions donc nous montrer tels que nous sommes et permettre aux gens de se connecter à nous, plutôt que de passer par la fiction. Certaines personnes ne savent pas – ou ne vont pas chercher – qu’il existe ces livres et tout cet univers derrière les albums. Pour quelqu’un qui découvre le groupe, les références des albums précédents – en gros les trois albums avant celui-ci – sont étrangères : il ne sait pas ce qui se passe et ne le découvrira peut-être jamais. Nous voulions que les gens puissent se retrouver dans ces albums et qu’il leur soit plus facile de s’y identifier.
Raven : Peut-être qu’à l’avenir, vous ferez un autre album lié à cet univers ? Ce serait intéressant de voir les changements. Pour être honnête, je pense que je vais aussi écouter vos albums, parce que ça m’intrigue vraiment.
Alan : Je pense que tu remarqueras une différence assez nette entre les œuvres précédentes et celle-ci.
As-tu une chanson préférée sur Into Despair, que ce soit pour la musique ou les paroles ?
Alan : Ce serait Nothing Left to Hate.
Raven : Oh ! Pourquoi ?
Alan : C’est un morceau amusant à jouer. D’abord, il a été très difficile à écrire, mais j’aime aussi revenir sur ce qu’il raconte et y repenser. C’est probablement celui que j’apprécie le plus sur l’album, que ce soit pour le jouer ou pour tout ce qui le compose. Il m’a simplement plu très rapidement.
Sur cet album, vous accueillez deux invités : Tyler Beam de The Last Ten Seconds Of Life et Ricky Myers de Suffocation. Comment avez-vous décidé de collaborer avec eux, et comment cela s’est-il fait ?
Alan : Il y en a aussi trois autres : Darius Tehrani de Spite, Kyle Medina de Bodysnatcher et Skyler Conder de Varials. Tout d’abord, ce sont tous des amis, et nous avons déjà travaillé ensemble. C’est généralement comme ça que nous établissons un lien personnel avec chaque invité sur un morceau de Distant. Ça nous semblait naturel de les avoir sur l’album, parce qu’ils correspondaient aux morceaux auxquels nous les avons associés. Nous considérons les invités comme faisant partie d’un projet communautaire, en quelque sorte. Nous ne sommes pas en compétition : nous sommes tous dans le même bateau. Nous aimons collaborer avec des gens et des artistes que nous apprécions. Alors pourquoi garder tout ça pour soi quand on peut créer quelque chose d’intéressant ensemble ?
Penses-tu avoir progressé comme chanteur et parolier avec ce nouvel album ?
Alan : Certainement comme parolier, parce que j’ai appris à écrire des choses simples, sans faire des paroles de Death Metal ultra obscures. Et aussi sur le plan personnel, puisque j’ai réussi à surmonter ma peur de me livrer. Vocalement également : je ne suis pas parti dans quelque chose de très technique. Le chant était surtout guidé par l’émotion. Pour la transmettre comme je le voulais, il a fallu du temps et de la réflexion. Donc oui, j’ai progressé sur ce plan aussi.
Raven : Tu as parlé de ta peur de te livrer, mais pourquoi ?
Alan : Je manque simplement beaucoup de confiance en moi.
Raven : Honnêtement, tu ne donnes pas vraiment l’impression d’être quelqu’un qui manque de confiance.
Alan : J’essaie.
Raven : Et tu y arrives, ne t’inquiète pas !
Parlons des concerts. Comment vit-on un concert de Distant ? Comment décrirais-tu votre énergie à quelqu’un qui ne vous a encore jamais vus ?
Alan : Très en colère sur scène. Très en colère, mais aussi très heureux. C’est difficile à décrire, parce qu’il faut vraiment le voir. Même quand je regarde certaines de nos vidéos live, on voit des moments où je fixe le public avec un regard menaçant, où je suis en colère, porté par la musique et sa lourdeur. Mais pendant la moitié du set, je souris, je ris et je plaisante. Je dirais que c’est très naturel, très humain. Nous ne faisons pas de mise en scène avec des bougies ou je ne sais quoi : nous sommes simplement nous-mêmes sur scène. Je pense que ça décrit parfaitement notre concert.
Distant a bien sûr beaucoup de concerts prévus aux États-Unis en novembre et décembre, puis une tournée européenne en février et mars. Comment vous préparez-vous à tout ça ? Que va-t-il se passer ensuite pour le groupe ?
Alan : Il y a énormément de choses à faire à l’avance. Et comme nous gérons nous-mêmes le groupe, ça représente encore plus de travail. Je suis en train de préparer toute la tournée américaine, puisque je vais la gérer, et je suis déjà stressé. Nous consacrons beaucoup de temps à la préparation pour que tout soit prêt et organisé avant le départ, afin que la tournée se déroule sans accroc.
Raven : Je comprends, ça doit être vraiment stressant. Je suis moi-même un peu maniaque du contrôle. Mais que va-t-il se passer ensuite pour le groupe ?
Alan : Il y aura déjà ces deux tournées. Pour la suite, c’est encore un mystère, mais nous planifions toujours quelque chose. Nous sommes toujours en train de faire des projets, donc il faut garder un œil sur nous. En tout cas, nous reviendrons en Europe après la première tournée, c’est sûr.
Vous avez déjà donné quelques concerts en France. Connais-tu la scène Metal française ? Y a-t-il des groupes que tu connais et apprécies ?
Alan : Je connais bien sûr des groupes français, mais pas vraiment la scène dans son ensemble. L’un de mes groupes préférés est Rise of the NorthStar, donc je connais celui-là. Il y a aussi quelques groupes de Deathcore français avec lesquels nous avons joué ou que nous connaissons, comme Hurakan ou Kanine. Mais je ne connais pas grand-chose de la scène en tant que telle.
Raven : Attends, tu viens de dire que ton groupe préféré est français ! (rires)
Y a-t-il des groupes avec lesquels tu aimerais jouer ? Je te laisse composer l’affiche de tes rêves, avec Distant en tête d’affiche et trois autres groupes. Même les réponses irréalistes sont acceptées.
Alan : C’est étrange de nous imaginer en tête d’affiche, mais j’aimerais vraiment tourner avec Trivium. Rise of the NorthStar serait aussi dans le haut de la liste. Bodysnatcher, Suffocation… Nous avons déjà tourné avec eux, mais nous aimerions recommencer, donc ce serait clairement dans mes choix.
Raven : Tu dois n’en garder que trois ! Je sais, c’est difficile.
Alan : Le dernier… On a Trivium, Rise of the NorthStar et Peeling Flesh.
Raven : Oh ! Pourquoi ?
Alan : C’est le premier groupe qui m’est venu à l’esprit (rires). C’est toujours sympa avec eux. Nous avons joué deux ou trois concerts ensemble, nous nous sommes croisés plusieurs fois, mais nous n’avons jamais fait de tournée ensemble.
Dernière question, plus amusante : à quel plat comparerais-tu la musique de Distant ?
Alan : Un chili con carne. Et un burrito au bœuf, très saucé et très fromage. Deux plats mexicains, donc oui ! C’est notre nourriture habituelle en tournée, je pense que c’est pour ça.
C’était ma dernière question. Merci beaucoup pour ton temps et pour ta musique. Je te laisse le mot de la fin !
Alan : Merci beaucoup, et merci de m’avoir invité. N’ayez pas peur de vous ouvrir aux autres et écoutez le nouvel album quand il sortira. Venez nous voir dès que vous en aurez l’occasion, et prenez soin de vous.