Interview : Benighted

Au Hellfest Corner, par une douce après midi de février, Julien Truchan et Emmanuel Dalle de Benighted viennent nous parler de Obscene Repressed, leur nouvel album, prévu pour le 10 avril 2020 chez Season of Mist. Merci à HIM Media pour l’invitation.

Obscene Repressed développe l’histoire de Michael, un jeune garçon atteint d’une face palatine, une déformation faciale importante, et qui se bat contre un complexe d’Oedipe non résolu envers sa mère. Mais la psyché humaine est complexe, et ce combat semble loin d’être gagné, d’autant plus que sa mère le repousse à cause de sa laideur.
Photo promo: Anthony Dubois
Chronique de l’album
(Malheureusement certains plans du groupe concernant le futur ont été chamboulés par l’épidémie de Covid-19, notamment concernant les lives, NDLR)

English version?

Déjà bonjour à vous et merci d’être là ! Comment est-ce que vous allez ?
Julien Truchan (chant) : Très bien ! On est un peu fatigués parce qu’on est levés depuis 4 heures du matin pour monter à Paris. Mais on est bien !
Emmanuel Dalle (guitare) : C’est un peu dur aujourd’hui, mais ça va !

Votre album, Obscene Repressed, va sortir dans deux mois, est-ce que vous êtes confiants et contents de ce que vous avez fait ?
Julien : On est très rassurés par rapport aux objectifs qu’on s’était fixés.
Emmanuel : On est contents de ce qu’on a fait, après confiants… on ne sait pas comment les gens peuvent réagir !
Julien : Moi je ne suis pas inquiet du tout ! Je suis tellement satisfait de cet album que peu importe l’accueil qu’il aura, moi j’en suis content !
Emmanuel : Après c’est la fierté d’avoir fait un truc qui nous plaît déjà. Bon, on a eu quelques retombées déjà, et c’est plutôt positif ! On est déjà album du mois je ne sais plus où…
Julien : C’est que le début, mais pour l’instant c’est super positif oui.
Emmanuel : A voir par la suite oui, mais pour l’instant c’est cool !

Et comment s’est passée la composition ?
Emmanuel : En fait on fait à peu près la même chose depuis Necrobreed (2017) et Dogs Always Bite Harder Than Their Master (2018). J’écris les morceaux de mon côté, je fais la guitare, la basse et la batterie depuis chez moi, j’enregistre les démos que j’envoie à tout le monde. J’ai oublié de préciser qu’on est tous éloignés les uns des autres, c’est aussi pour ça qu’on bosse de cette façon. Je fais donc tout chez moi, j’envoie tout et j’attends la validation de tous, les avis. “Ce riff la c’est nul” (rires). En général ça marche plutôt bien, et quelques jours plus tard on s’arrange pour que Julien au moins me rejoigne chez moi à Dijon pour que les structures soient le plus efficaces possibles. On peut aussi voir les placements de chant.
Julien : C’est ça, on bosse ensemble, on est souvent tous les deux à bosser chez Emmanuel à partir des morceaux qu’il a composés, retravailler les structures jusqu’à ce que ce soit le plus efficace possible. Ce qui est à la fois fun et qui marche bien, c’est qu’il a une vraie culture musicale et moi j’ai une culture anti-musicale, je ne suis pas musicien du tout !
Emmanuel : Et ça se marie bien !
Julien : Des fois j’ai des idées qui ne viendront pas à l’idée à Emmanuel, et inversement !
Emmanuel : Des fois je suis scandalisé par ce qu’il me dit, il va avoir une idée et je lui dis “Mais non, c’est pas possible ! En musique, ce n’est pas possible !” (rires). Finalement on essaye, et des fois effectivement ça ne marche pas (rires), et des fois en fait… c’est un truc auquel j’aurais pas pensé par définition, et ça sonne ! On aime bien bosser de cette façon depuis trois productions, et ça marche bien !

Julien, la dernière fois qu’on avait fait une interview, c’était pour French Metal en 2017, ça fait donc trois ans. Il y a eu pas mal de tournées, un EP et maintenant le nouvel album, est-ce que tu as le sentiment que le groupe a beaucoup progressé en trois ans ?
Julien : Il y a une chose dont je suis sûr, c’est que le line-up d’aujourd’hui, c’est le line-up le plus solide que j’ai jamais vu. En terme de technicité et de rigueur musicale. Là j’ai les meilleurs musiciens que j’ai jamais eu dans Benighted, on se connaît bien, ça fait trois ans qu’on joue ensemble depuis que le dernier est arrivé, et j’ai jamais connu Benighted étant une telle machine de guerre sur scène, étant aussi solide au niveau de tous les instruments. L’harmonie est vraiment super bonne sur scène, et je trouve que c’est les shows les plus brutaux qu’on ait pu proposer dans notre carrière.
Emmanuel : Et au delà de ça, on s’entend tous super bien, on est un peu comme des frères. Du coup ça se ressent sur scène, on s’éclate et il n’y a jamais de tension entre nous ! Même dans le processus de compo, il n’y a pas d’engueulade et on tombe rapidement d’accord !
Julien : C’est très démocratique en plus, c’est tout bête. Qui aime, qui n’aime pas ? C’est plié, tout le monde est d’accord pour fonctionner comme ça. Mais je pense vraiment que le line-up d’aujourd’hui… à aucun moment je ne m’étais dis qu’on pourrait avoir des morceaux aussi techniques et les tenir aussi bien sur scène. Les musiciens qu’on a aujourd’hui… entre Emmanuel, Kévin Paradis (batterie) qui est un monstre niveau international… il est capable de tenir des tempos et de faire des trucs d’une complexité incroyable… avoir ce mec là derrière les fûts et de voir tout ce qu’il a pu apporter au nouvel album, c’est vraiment une grande chance d’avoir un line-up aussi costaud.
Emmanuel : A noter que c’est rare les batteurs qui travaillent à ce point là leur instrument en terme de composition. Parce que là sur les productions que j’ai pu écrire, en général j’écrivais la batterie et c’était plus ou moins respecté à la lettre. Mais là, il a suivi les grandes lignes en retravaillant avec un style de dingue.
Julien : En se le réappropriant oui, et en mettant sa touche.
Emmanuel : On le reconnaît direct ! C’est très rare dans les groupes, généralement c’est le guitariste qui compose, mais là Kévin a de réels talents de composition alors qu’il est batteur ! Ca change (rires) ! 


Sur l’album on a donc trois guests, on a Grimo de Cytotoxin, on a…
Julien : Jagger de Disbelief!
Exactement ! Et puis un moins connu Jamey Jasta d’Hatebreed
Julien : Ouais, il fait du Hardcore avec un bandana… (rires)
Du coup, comment est-ce que vous les avez choisis ?
Emmanuel : Par tirage au sort ! (rires) Et malheureusement on est tombés sur lui !
Vous avez eu de la chance, vous auriez pu tomber sur la chanteuse d’Epica !
Julien : Oh mon dieu ! Ca aurait été beau ! (rires) Le plus naturel, ça a été Grimo. On a tourné avec Cytotoxin pendant un mois et on avait jamais eu Grimo en invité sur un album de Benighted. Moi humainement c’est quelqu’un de qui je suis très proche, et le morceau The Starving Beast avec la combinaison de nos deux voix on imaginait très bien ce que ça pouvait donner d’alterner très vite nos deux voix. C’était le mariage parfait et donc la collaboration la plus évidente. La deuxième, Jagger de Disbelief, ça s’est trouvé de façon con en fait. Pour ce magnifique titre qu’est Mom, I Love You The Wrong Way, en chantant le refrain je me surprenais à essayer d’avoir des teintes un peu à la Obituary en fin de phrase, et je me suis dis “Mais pourquoi est-ce que je me fais chier à faire ça alors que Jagger le ferait mieux que moi ?” (rires). Du coup on a repensé le morceau en incorporant la voix de Jagger, et on lui a envoyé un message. Il a dit “Carrément, je vous rejoint au Kohlekeller Studio et on fait ça ensemble !”. Ca s’est passé très simplement. Et la collaboration avec Jamey ça a été un peu différent. D’habitude on demande des collaborations avec des gens soit qu’on connaît, avec qui on a tourné, soit c’est un hommage mais dans tous les cas on a déjà eu un contact avant. Jamey on a jamais eu de contact avec lui, hormis peut être une photo vite fait au Summer Breeze il y a dix ans (rires). Et j’avais su par une tierce personne qu’il y a un an il avait fait un podcast où il parlait de Benighted et où il avait diffusé un de nos clips. Et je me suis dit “si ça se trouve il nous aime bien”. Moi je suis un gros fan d’Hatebreed depuis Under the Knife (1996), et en discutant avec les autres, on s’est dit que ce serait génial d’avoir un guest qui sort de ce cliché Death/Grind/Extrême. Un chanteur de la classe de Jamey Jasta qui vient sur notre album ce serait énorme ! Du coup j’ai contacté Nuclear Blast, chez qui Hatebreed est signé, via Marcus, un contact que j’avais eu avant et qui aime beaucoup Benighted aussi. Marcus m’a dit “Ce serait génial d’avoir un featuring comme ça ! J’envoie un mail à Jamey, il se peut qu’il ne réponde même pas parce que c’est l’un des mecs les plus occupés que je connaisse, mais on essaye !”. Je me disais qu’on avait quoi, une chance sur dix ? Et quinze jours après je reçois un mail de Marcus qui me dit “Jamey est ok. Jamey voilà Julien, Julien voilà Jamey, je vous laisse vous débrouiller tous les deux”, avec Jamey en copie. Quand j’ai reçu le mail j’étais tout intimidé et vraiment heureux ! “Salut Jamey, euh… content de te connaître !” (rires). Il m’a demandé de lui envoyer le morceau, je lui ai donné la partie instrumentale, il a tout de suite aimé. On a parlé des placements de chant, alors je suis allé chez un copain à moi pour faire les voix témoins, j’ai tout enregistré, il m’a dit “Ca tue ! Je t’envoie mes prises dans quinze jours ou trois semaines”. Et avant de les recevoir, j’y croyais pas trop. On ne sait jamais, il peut accepter et finalement ne pas avoir le temps ou avoir un souci… Et quand j’ai reçu le mail de Jamey disant “Voilà ce que j’ai enregistré, dis moi si ça va”… là on s’est dit “c’est bon, c’est fait” ! Et le morceau c’est un hit, j’adore ce titre ! Il est différent de ce qu’on a l’habitude de faire avec Benighted
Emmanuel : C’est complètement différent, c’est sûr…
Julien : Mais en plus avec la voix de Jamey !
Emmanuel : C’est ce qui le rend encore plus différent !
Julien : C’est un hybride en plein milieu de notre album, mais du coup avec ça notre album a un super relief ! Il y a un mélange de plein de trucs différents, du coup ça fait qu’il est riche du début à la fin. Ce n’est pas un album linéaire de Death Metal que t’écoutes du début à la fin en disant “Ouais ça bute !”, mais t’as rien retenu.
Emmanuel : C’est ça qu’on a voulu éviter, on voulait pas que le seul truc qui te reste en tête c’est qu’il y avait du blast et du growl.
Julien : Ouais voilà ! Et nous c’est aux antipodes de ce qu’on cherche à faire comme musique, on veut que les gens à la fin ils puissent dire leurs titres préférés, c’est ça qu’on recherche.
Emmanuel : On veut qu’il y ait un truc qui ressorte, que sur chaque chanson tu puisses retenir au moins un refrain facilement, que ce soit par les paroles ou au moins un riff de guitare. On compose comme ça.

Et concernant l’artwork, comment vous avez eu les idées ?
Julien : Alors l’artwork on avait travaillé pour Necrobreed et l’EP on avait bossé avec Gary Ronaldson, qui avait fait un travail fantastique. Mais Gary était surbooké, et il commençait à en avoir marre de faire des artworks, donc on s’est dit qu’on allait pas le déranger. Et non pas par rapport à ce qu’il faisait comme artworks, mais par rapport à son travail de tatoueur, on a discuté mais on s’est dit que Grindesign… c’est un tueur ! Pour moi c’est un des meilleurs tatoueurs au monde ! Il a une imagerie morbide qui correspond pile poil à tout ce que j’aime. Il a ce côté glauque qui te fait dire “C’est sale mais j’aime bien !” (rires). Et on s’est dit qu’on allait lui demander. Il avait déjà fait un t shirt pour nous il y a quelques années, et il a totalement accepté. Je lui ai envoyé toute l’histoire de l’album, et quelques ébauches de ce que je pouvais imaginer par rapport au truc. J’avais fait passer les sketches de ce que j’avais fait au groupe (rires)
Emmanuel : C’est sûr que c’est des sketches ! C’est un schéma au stylo (rires)
Julien : Il m’a envoyé chaque étape de ce qu’il dessinait pour avoir confirmation, il était hyper précautionneux ! Je lui donnais quelques indications, mais c’était seulement des détails minimes. Et quand j’ai reçu la pochette finale je me suis dit “putain… ça défonce !”. Je la trouve fantastique au niveau symbolique, par rapport à ce que ça représente au niveau de ce que moi j’avais imaginé par rapport à la lutte du gamin pris dans ses complexes d’Oedipe qui est attiré par sa mère mais qui ne veut pas le dire, y a le démon de ses pulsions sexuelles qui est derrière lui et qui le pousse à ce truc la… Mais aussi au niveau esthétique, parce que je trouve l’esthétique de cette pochette absolument super ! Il a fait un boulot incroyable, je suis super fan de cette pochette !

Au début Emmanuel, tu m’as dit que c’était donc collaboratif, mais que c’est toi qui apportait la base.
Julien : C’est le contraire, au début c’est Emmanuel qui écrit le gros de la musique puis c’est collaboratif.
Emmanuel : Je m’occupe de tous les instruments oui, et c’est après qu’on arrange.
Est-ce que justement avec ce nouveau line-up tu as l’impression qu’il y a eu une étape supplémentaire de franchie, par rapport à ce qui aurait pu arriver y a quelques années ?
Emmanuel : Déjà c’est une manière de travailler totalement différente.
Julien : En même temps avec ce line-up c’est la première fois qu’on se retrouve à composer avec des contacts par internet. Avant avec Benighted on composait façon répète. Ensemble dans un local, on écrit et on bosse comme ça. Depuis 2014…
Emmanuel : On ne peut plus se le permettre. On habite tous loin les uns des autres, donc on est obligés de trouver une autre solution.
Julien : Il fallait quelqu’un pour prendre les choses en main, un directeur de la composition sur lequel tout le monde peut intervenir. Il fallait quelqu’un qui amène cette grosse ligne directrice, et Emmanuel a pris ce rôle là. Je veux pas lui sucer les boules non plus mais…
Emmanuel : Allez, un peu ! (rires)
Julien : Il le fait incroyablement bien ! Il a su capter l’essence de ce qu’était la musique de Benighted quand il est arrivé dans le groupe, mais en plus il y incorpore plein de trucs qui viennent l’enrichir encore ! Et on a jamais écrit des morceaux aussi intenses et aussi intéressants, dans le sens où il se passe des trucs, tu te demandes ce que c’est et d’où ça vient !
Emmanuel : C’était pas facile ! J’essaye d’y incruster mes influences tout simplement… A la base je suis pas vraiment dans le Grindcore… Je suis plus issu des styles, toujours dans le Metal Extrême, un peu Death Old School, ou Black Metal. Et c’est ce que j’ai pu ajouter depuis Necrobreed, cette patte un peu Old School typé Death Suédois des années 90. Dans certains riffs on peut le retrouver. Certains côtés Black qui se sont ajoutés depuis également. Je connaissais évidemment Benighted en tant qu’auditeur à l’époque, et je me disais “c’est dommage, il manque cette partie là !”. Dans ma tête, et c’est purement subjectif, je voyais ça trop sautillant. Je dis “putain, il faut un truc qui plombe un peu tout !”
Julien : J’ai envie de le gifler la… (rires)
Emmanuel : Mais pourquoi ? L’imagerie du groupe qui tourne autour de trucs glauques, de la psychiatrie, des passions de Julien… Et on peut pas se contenter de trucs sautillants ! Il faut ajouter une noirceur à ce style, et c’est ce que j’ai essayé d’ajouter.
Julien : Je suis d’accord, depuis Necrobreed il y a une part beaucoup plus noire.
Emmanuel : J’essaye de mettre des riffs Black Metal. Bon de temps en temps hein, c’est pas devenu un groupe de Black ! (rires)
Julien : Même dans les samples qu’on ajoute, on part vraiment dans des trucs beaucoup plus noirs, oppressants qui font vraiment film d’horreur !
Emmanuel : Je suis un gros fan de cinéma d’horreur aussi, donc toutes ces influences là j’ai essayé de les apporter en plus, sans gommer ce qui existait déjà dans le groupe.
Julien : Et je me retrouve super bien là dedans puisque ça répond vraiment bien à la noirceur des concepts que j’écris tu vois. Ca matche très bien parce qu’après tu te retrouves avec un magma de films d’horreur auditifs, et tu ressens des trucs !

Et du coup, on a une piste bonus qui est une cover de Slipknot, qui est un peu à l’opposé de votre style habituel…
Emmanuel : Alors ça… (rires)
Du coup… pourquoi ?
Julien : A la base ça peut paraître surprenant, mais… tu te dis, “Oh, ils font une cover de Slipknot… mais qu’est-ce que c’est commercial !”
Emmanuel : C’est presque provoc parce que, surtout dans le milieu du Metal Extrême et de nos fans, les gens c’est pas souvent des gens qui écoutent Slipknot. Donc juste en voyant ça, sans même connaître la chanson, ils vont se dire “eh c’est de la merde, c’est des vendus, ils reprennent Slipknot !”. Sauf que le morceau qui a été choisi, il est pas connu, c’est un morceau bonus du tout premier album, qui est un des morceaux les plus violents de Slipknot !
Julien : Mais c’est clair !
Emmanuel : Si tu prends l’instrumentale et que t’enlèves la voix de Corey Taylor, c’est presque du Grindcore ! Du coup on s’est dit qu’on allait se l’approprier, l’accorder un peu plus bas, avec la voix de Julien et un peu plus de blast beat… et ça va être une putain de chanson de Grind ! Donc tous ceux qui vont critiquer notre cover de Slipknot puis l’écouter quand même…
Ils vont se prendre une mandale dans la gueule !
Emmanuel : Exactement ! Ils seront déçus ! C’est plutôt pour les mettre sur une fausse piste.
Julien : C’est ça ! Ils vont s’attendre à du People=Shit! qui est commercial, et finalement ils connaissent pas le morceau ! Et on l’a quand même respecté du début à la fin ! Parce que dans le morceau original, t’as vraiment l’ingé son qui fait “Give me a scream Corey!” et la il se met à hurler ! Et du coup Kohle (Kristian Kohle, propriétaire du Kohlekeller Studio) qui me fait “Give me a bree Julien!” (rires) !
Emmanuel : Evidemment on commence par un pig squeal, donc on se l’approprie ! Et aussi pourquoi Slipknot… Parce que maintenant on s’oblige quand on choisit les reprises à ne pas faire de Death Metal. On ne va pas reprendre du Cannibal Corpse ou du Morbid Angel. En fait, je pense que ce qui m’a séduit… je n’étais pas encore dans Benighted, je suis arrivé juste après, c’est la reprise de Rammstein ! Je me suis dit “Ils ont une capacité à violer les morceaux ! Il faut qu’on le refasse !”.
Julien : C’est beau ce que tu dis (rires) !
Emmanuel : J’étais dégoûté de pas l’avoir fait, parce qu’ils l’avaient vraiment bien violée !
Julien explose de rire
C’est marrant, c’est pas une phrase que je pensais entendre un jour “ils l’avaient vraiment bien violée”… (rires)
Julien : Ca ne va pas ensemble hein ? C’est un bel oxymore !
Emmanuel : Et là je me suis dit “on va faire pareil”. Bon le morceau était déjà violent à la base, mais c’est plus par rapport à l’image qu’on peut avoir du groupe… Je pense que c’est bien d’aller dans des styles qui ne sont pas les nôtres et de se les approprier, de les “violer” comme je dis (rires)
Julien : C’est la version polie ! Je viole pas hein, je m’approprie ! (rires)
Emmanuel : On était un peu pressés pour l’enregistrement de cet album, ça s’est fait vraiment en très peu de temps. Mais à la base moi j’étais carrément parti sur l’optique d’aller chercher du Glam des années 80 et l’exploser ! Mais on a été pris de court par le temps.
Julien : Et en plus on a pas eu l’idée. Des fois t’as l’idée qui te vient, et tu sais que c’est la bonne.
Emmanuel : On avait pas tous ces éléments, et surtout on avait pas assez de temps, donc c’est Slipknot qui a été choisi. Mais ça aurait très bien pu être un Bon Jovi, mais on avait pas assez de temps ! Mon trip ça aurait vraiment été de passer du Glam en Grind ! Peut-être sur le prochain… (rires) Ca reste dans ma tête donc bon !

Julien Truchan & Emmanuel Dalle au Hellfest 2018
Galerie du Hellfest 2018

Récemment vous avez quand même pas mal joué à l’international, rien que les deux tournées avec Aborted et Cryptopsy, en Europe et aux Etats-Unis. Après il y a eu des festivals, des annonces de festivals à l’étranger. Est-ce que vous pensez que le groupe gagne en reconnaissance à l’étranger aussi ?
Julien : On a la chance d’être reconnus à l’étranger depuis un bon moment déjà. On était très attendus sur le territoire américain, mais c’est seulement depuis l’année dernière qu’on a pu faire une vraie tournée. Et on a pu constater à quel point on était attendus la bas ! 2020 on blinde tout ce qui est Europe, et en 2021 on va vraiment se focaliser sur les USA parce qu’on a visiblement une grosse demande qui vient de là-bas.
Emmanuel : On a eu de très bons retours, pour une première fois c’était cool, surtout qu’on nous avait vendu l’expérience Etats-Unis comme quelque chose de très difficile… Mal accueillants…
C’est souvent ce qu’on entend oui.
Julien : On est arrivés en se disant qu’on allait tout faire par nous-mêmes, alors au final ça s’est vraiment bien passé !
Emmanuel : On y est allés en étant vraiment préparés psychologiquement et physiquement mais en fait tout roulait. C’était pas plus dur qu’en Europe !

Et donc dans deux mois vous partez sur la tournée Hellfest, un petit mot sur l’Olympia ?
Emmanuel : C’était un peu “What the fuck?” quand on l’a appris !
Julien : Comment un groupe qui a vingt ans et qui a commencé dans un garage pourri à faire du gruigrui se retrouve à l’Olympia vingt ans plus tard ?
Emmanuel : Comme je disais dans une interview précédente, l’Olympia t’as Anne Roumanoff, Calogero ? Eh bien y aura Benighted aussi ! (rires)

Qu’est ce que vous pensez de la scène Death/Grind française ?
Emmanuel : Moi je vis un peu dans mon trou, je pourrais pas trop dire (rires) !
Julien : La scène Death/Grind… Si tu me dis Grindcore – France, je pense à Inhumate et Blockheads qui sont des piliers de la scène.
Emmanuel : Ouais c’est ça, c’est les papas ! Après il n’y a pas beaucoup de nouveaux groupes qui percent…
Julien : Mais eux ce sont des valeurs sûres ! Tu les vois sur scène ou sur album, c’est la branlée ! C’est des mecs qui ont un esprit d’intégrité que je trouve remarquable. Ce sont vraiment des mecs qui se sont faits tout seuls, qui ont jamais compté sur des appuis de labels ou quoi que ce soit et qui ont fait leur truc.
Emmanuel : Pour le coup c’est vrai oui !
Julien : Pour moi ils ont un mérite à faire ça.
Emmanuel : En plus c’est des bons gars.
Julien : En plus oui ! C’est des mecs en or.
Emmanuel : Et en live… c’est un peu calotte ! Tu ressors, t’es blessé ! Enfin Blockheads c’est le chanteur qui te blesse surtout (rires)
Julien : (rires) Un peu ouais ! Ce sont deux groupes vraiment deux groupes phares de cette scène française, et deux groupes qu’on adore musicalement et humainement parlant.
Emmanuel : Après tout ce qui se fait en ce moment, je suis pas vraiment au courant…
Julien : Moi non plus.
Généralement les nouveaux groupes ça part plus dans des styles récents comme le Slam.
Emmanuel : Oui, c’est pour ça que je parlais de Grind, c’est un peu en train de se perdre malheureusement.

Maintenant qu’on a fini les questions sérieuses, on va passer au fun ! Une fois tu as dit dans une interview au 70000 Tons of Metal que si tu jouais pieds nus, ça te permettait de ressentir les vibrations.
Julien : C’est vrai !
Par contre, à la date à Paris quand tu es monté sur scène avec Aborted, tu avais des chaussures ! Pourquoi ?
Julien : Alors ça c’est juste pour faire chier Sven (Sven de Caluwé, chanteur d’Aborted)! Ca ne va pas plus loin que ça ! Parce que Sven à chaque fois il fait “Eh Julien il est pied nus, Necrofeet!”, et du coup cette fois il m’appelle pour monter sur scène, et j’arrive avec des chaussures… Il pouvait rien dire ! 

Du coup est-ce que vous pouvez me raconter votre meilleur et votre pire souvenir de scène sur cette tournée ?
Julien : Alors la meilleure pour moi, c’est Essen. Quand on a fait la blague à Aborted
Emmanuel : Oh putain oui !
Julien : On a envoyé Fack notre guitariste (Fabien “Fack” Desgardins) avec une fausse perruque chauve et ma veste de scène. Quand Sven m’a appelé pour faire le guest avec eux, je suis monté et on commence Termination Redux par headbanguer. Du coup on headbangue, Sven ne me voit pas, je repars de scène et Fack monte à ma place avec ma tenue de scène et un faux crâne chauve. Il a le micro à la main. Sven se relève, il voit Fack avec le micro et il se dit “Mais il va pas vraiment chanter ?!” (rires). En fait, moi je suis assis à côté de la scène dans les escaliers, donc il ne me voit pas, et c’est moi qui fait du playback avec Fack qui fait semblant de me suivre (rires) !
Emmanuel : En reprenant tous les gimmicks de Julien en live en plus, c’était génial !
Julien : Mais oui ! C’était énormissime (rires). Et ça les a tous fait rires sauf Ian (Ian Jekelis, guitariste d’Aborted), qui s’est dit “Ils vont nous ruiner le morceau, c’est pas possible!” (rires)
Emmanuel : Ouais il était pas content, il pensait que c’était du sabotage (rires) !
Julien : Mais on a ri ! Moi j’étais dans l’escalier, il y a des parties que j’ai pas pu faire parce que je riais trop (rires) !
Emmanuel : Mais c’était l’idée de qui à la base ?
Julien : C’était la mienne ! On avait acheté un faux crâne chauve, c’était fantastique ! Pour moi c’était le meilleur souvenir de tournée !
Emmanuel : Il était pas chaud pour le faire le pauvre ! On l’a harcelé pour qu’il le fasse !
Julien : Mais oui ! On lui a répété “Tu le fais hein !” (rires)
Emmanuel : “Sinon t’es viré !” (rires), il a presque fallu le menacer ! Mais il l’a fait !
Julien : C’était vraiment le meilleur souvenir ouais… Le pire…
Emmanuel : Tout s’est très bien passé sur cette tournée en fait…
Julien : Clairement, je ne vois pas ! Cette tournée était parfaite !
Emmanuel : On en garde rien de négatif…
Julien : Si ! Enfin ce n’est pas le pire mais… Quand tu vas en Pologne et que t’es un groupe de Death Metal… Si quelqu’un vient et te dit… Nous on ne prend pas de drogue, mais il y a un flic en civil qui a essayé de nous refiler au merch de la came pour 1€ symbolique ou je ne sais plus quoi. Et on lui a dit que ça ne nous intéressait pas, on en veut pas. Mais on a appris que visiblement ils te proposent ça pour savoir si t’es un acheteur potentiel, et après quand tu pars du concert ils te chopent, ils te disent qu’ils ont quelqu’un qui peut témoigner que t’as acheté de la drogue, mais c’est même pas pour t’arrêter ! C’est juste pour nous dire “Bon, tu nous file l’argent que t’as gagné ce soir et on en parle plus !”, c’est vraiment cet esprit là.
Emmanuel : Bon après faut être con, t’as un gars qui arrive et qui te propose ça…
Julien : On en a déjà vu (rires) !
Emmanuel : C’est pas tout à fait normal quand même !
Julien : Oui, mais ça peut arriver !

Petite question d’imagination, Benighted ouvre une tournée, et c’est vous qui choisissez les autres groupes !
Emmanuel : Donc on est les plus petits sur cette tournée…
Julien : Cattle Decapitation ? Ou c’est trop évident ?
Emmanuel : Ouais…
Julien : Ou Anne Roumanoff tu voulais non ? Ah pardon il faut être sérieux (rires)…
Emmanuel : Bon alors c’est pas le même style, mais moi je suis un gros fan d’At The Gates.
Julien : Oh Benighted, Cattle Deacapitation, At The Gates, ce serait cool non ?
Emmanuel : Faudrait des trucs différents !
Julien : Oh mais t’es chiant (rires) !
Emmanuel : Moi j’aimerais bien une petite tournée avec de la diversité ouais…
Julien : Un truc un peu plus Black au milieu pour la diversité ? T’aimes bien Der Weg Einer Freiheit ou pas ?
Emmanuel : Ouais, clairement.
Julien : Bon alors Benighted, Der Weg Einer Freiheit, At The Gates !
Emmanuel : C’est un peu bizarre mais…
Julien : Mais c’est génial ce qu’ils font ! Der Weg je suis un fan absolu ! Du Black Metal émotionnel comme ils font…
Emmanuel : Mais c’est super cool en live ! Et ils ressemblent pas du tout à des mecs qui font du Black !
Je prends !
Julien : Parfait ! Comme ça c’est bien différent, et il y en a pour tous les goûts !

Dernière question, est-ce que vous avez des petits conseils à donner à des groupes qui essaient de se lancer ?
Emmanuel : Arrêtez la musique. C’est nul (rires).
Julien : Les conseils…
Emmanuel : Surtout ne pas se la péter.
Julien : En effet, ne pas se prendre pour ce qu’on est pas parce qu’on a un t shirt à notre nom avant d’avoir un CD (rires).
Emmanuel : C’est souvent comme ça. Moi j’ai été choqué parce que souvent les premières parties t’as l’impression qu’ils se la pètent plus que les têtes d’affiche !
Julien : Ouais, le premier conseil c’est l’humilité. Avec l’humilité à mon avis tout marche. Propose des chansons sérieuses. Sors un album pour commencer, pas un EP ou un single. Et cet album, défends le, même si ça doit prendre cinq ans, tu défends cet album, tu tournes un maximum pour t’amener une crédibilité au niveau de l’auditoire. Même si tu ouvres tout le temps pour… je sais pas, vingt groupes différents, si ta musique est cool, les gens vont s’en rappeler ! Et deux ans après quand tu repasses, ils vont se dire “Eh mais j’avais bien aimé ça, on va aller les voir !”. Et c’est comme ça que ça marche, faut pas être pressé. Si t’es pressé, à moins que t’aies vraiment le truc original que personne n’a inventé ou que tu sois prêt à… eh bien à montrer ton cul plus que tout le monde… A ce moment là ça peut marcher ! Tu vois par exemple les Butcher Babies qui finissent avec un album en Mainstage du Hellfest…. Un album et quatre nichons… La crédibilité de la musique elle est bien loin derrière !
Leurs arguments semblent pas musicaux en effet.
Julien : Voilà ! Donc à moins que t’aies ça, il faut vraiment trouver un truc original !
Emmanuel : Et malheureusement on en est pas à l’abri dans le Metal, et c’est une belle preuve.
Julien : Mais c’est une évidence ! Le public Metal est composé principalement de mecs, qui aiment le cul… donc tu mets une jolie nana… “Oh ben j’adore ce groupe !” (rires). Ils peuvent pas te citer une seule de leurs chansons, par contre ils peuvent te citer le tour de poitrine de la chanteuse ! Ca marche quand même comme ça, c’est une dérive.

Du coup je n’ai plus de questions !
Julien : Eh mais c’est déjà bien ! Merci beaucoup !

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