Live Report : Incantation + Defeated Sanity + Skinned + Atavisma – Paris (75)

Incantation + Defeated Sanity + Skinned + Atavisma

A chaque fois que je vais au Gibus, je sais que les groupes seront d’une qualité irréprochable. Et ce n’est pas l’affiche de ce soir qui me fera mentir, puisque la capitale accueille Incantation, légende du Death Metal américain, mais également Defeated Sanity, Skinned et les locaux d’Atavisma.

La soirée promet d’être grasse, et les spectateurs arrivent timidement.

C’est donc devant une petite assemblée de connaisseurs que les membres d’Atavisma branchent leurs instruments pour prendre la scène d’assaut. C’est donc avec un énorme larsen contrôlé que le set commence, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le DoomDeath des parisiens est d’une lourdeur incroyable ! G. (guitare) tend son instrument en avant pour enchaîner sur un riff sale accompagné de la puissance de J.B. (basse), tapis dans l’ombre. Au centre de la scène, L. (chant) headbangue déjà avant de hurler à pleine puissance dans son micro, provoquant la surprise des non-avertis tant le son du groupe est imposant. A la batterie, Gabriel DeLoffre martyrise lourdement son kit, totalement possédé par la musique. Si le chant s’entend assez peu sous ce mélange de sonorités impies et annonciatrices de l’apocalypse, il sera finalement réglé et les hurlements de L. nous assomment finalement de plus en plus, alors que l’homme observe la fosse qui se remplit, un pied sur son retour. La rythmique alterne entre lenteur macabre et rapidité chaotique, mais les quatre gaillards maîtrisent leur art à la perfection, ne se laissant distraire par rien au monde. Si le bassiste reste cantonné à son coin d’ombre en hochant la tête lorsqu’il joue, le guitariste est beaucoup plus expressif, et ses mouvements saccadés donnent vie à cette musique infernale que les français alignent avant de chercher^à créer des larsens pour rendre leurs riffs encore plus sales. C’est d’ailleurs sur un larsen que se terminera le concert, qui m’a totalement absorbé de par la présence des musiciens autant que par leur son pachydermique.
Setlist: The Savage One – Sacrifice Unto Babalon – Martyrewomb – Invocation of Archaic Deities – Ashen Ascetic

Le plateau est réaménagé pour Skinned, le trio américain (et j’aurais d’ailleurs juré qu’ils étaient plus que trois) qui n’a pas l’air de vouloir faire dans la dentelle. Et c’est avec un “Hi, we’re Skinned from Colorado, thanks to be here tonight!” lancé par Travis Weickum (chant/guitare) que le concert commence. Dès les premières secondes, les américains alignent des riffs féroces et remplis d’harmoniques vicieuses, alors que la basse de Greg Keenan nous donne déjà envie de remuer la tête. Mais un souci technique vient entâcher le départ du groupe, qui va finalement repartir de plus belle pour nous en mettre plein la face. En fond de scène, Connor McLaughlin (batterie) alterne entre un jeu rapide avec une avalanche de double pédale, et quelques frappes plus groovy et qui collent parfaitement au jeu des musiciens. Si Travis se retrouve quelque peu coincé par son obligation de hurler il n’hésite pas à headbanguer lorsqu’il le peut, alors que son compère, comme possédé, le suit avec une aisance toute particulière en promenant ses doigts sur ses cordes. Si les lumières ne mettent pas en avant l’aspect visuel du show, occultant encore et toujours les côtés, les musiciens assurent un son impeccable entre deux introductions rapides des morceaux par le guitariste. “Are you ready for the next one?” nous hurle ce dernier après un petit passage instrumental. Et evidemment la fosse ne se fait pas prier pour lui hurler son impatience de reprendre le show, alors que certains se décident enfin à bouger un peu. L’amplitude vocale de Travis lui permet de passer d’un scream malfaisant à un growl caverneux sans aucun souci, alors que la rythmique pioche autant dans le Death Old School que dans le Slam Death par moments. “Awesome guys! This one is called Vomit On It!” annonce le frontman, alors que Greg se place au centre et intime un circle pit à une fosse peu réactive, qui prendra à peine le temps de headbanguer au rythme du dernier morceau des américains. Leur maîtrise leur vaudra tout de même des applaudissements amplement mérités avant qu’ils ne quittent la scène.
Setlist: Brain Worms – Recies Feces – On Flesh He’ll Feast – Lucid Horror – Carved Up – Manipulation of a Starving Mind – We Are the End – Vomit On It

La fosse se remplit, car les allemands sont visiblement très attendus. Et bien que je connaisse leur musique, lorsque la machine Defeated Sanity se met en marche, je comprends pourquoi ! Dès les premières secondes, Christian Kühn (guitare) et Jacob Schmidt (basse) envoient une rythmique lourde dans la plus pure tradition du Slam Death, suivis de près par les frappes précises de Lille Gruber (batterie). Au centre d’une scène aussi peu éclairée qu’une cave, Josh Welshman (chant) déambule en hurlant alors que la fosse part d’un seul coup. La qualité sonore est cependant au rendez-vous, et chaque note enfonce un peu plus le clou dans un Gibus qui n’attendait plus qu’une bonne occasion d’en découdre. “Thank you for partying with us, this is the first show of the tour!” lance alors le frontman pendant que ses camarades enchaînent déjà sur le titre suivant, faisant remuer encore un peu plus une foule motivée. Les premiers slammeurs se lancent alors dans leur sport favori, à peine plus éclairés que les musiciens, avant de revenir se mettre joyeusement sur la tronche en plein milieu de la fosse. Haranguant la fosse entre les titres, le chanteur réussira à mettre la fosse sans dessus dessous alors que les titres s’enchaînent à une vitesse folle, toujours plus imposants et puissants mais sans oublier une petite part de technicité entre deux breaks lourds à souhaits. “Okay Paris, you want a couple more songs?” demande Josh comme si la réponse n’était pas assez évidente. Les musiciens, toujours oubliés des lumières, enchaînent alors pour deux nouveaux titres qui cloront ce show carré et gras, ponctué de slams, moshs et autres mouvements de foules spontanés qui feront le bonheur des allemands, salués comme il se doit par le public à l’issue du dernier morceau.
Setlist: Into the Soil – Generosity of the Deceased – Suttee – Engulfed in Excrutiation – Naraka – Fatal Self Inflicted Disfigurement – Butchered Identity – Drifting Further – Calculated Barbarity – Engorged with Humiliation – Consumed by Repugnance

Bizarrement, la fosse est toujours aussi remplie lorsqu’Incantation arrive sur scène, mais les spectateurs ne sont pas les mêmes, comme si deux groupes distincts avaient littéralement échangé leurs places. Et le groupe est à peine monté sur scène pour fignoler les derniers réglages que l’on entend des “John, you’re the best!”, prononcé avec un état d’ébriété digne de beuveries lycéennes. Et lorsque le sample introductif, qui me fait penser à un exorcisme, se termine les hurlements fusent alors que le groupe commence son premier morceau. Si le son et le chant de John McEntee (guitare/chant) est parfait, son camarade guitariste Sonny Lombardozzi devra bénéficier de l’aide d’un roadie pour avoir un son convenable et surtout audible. Caché dans l’ombre, Chuck Sherwood (basse) ajoute cette touche grasse et sale à des riffs déjà malsains encadrés par les frappes précises de Kyle Severn (batterie). Le public suit chaque harmonique de mouvements de tête, tout en cognant dans l’air pour certains. Si les trois premiers titres sont enchaînés de manière quasi-automatique, avec le son le plus Old School qui soit. Parfois Groove, parfois un peu plus Technique, mais toujours avec cette volonté de tout écraser sur leur passage, les américains jouent en headbanguant. “Hello Paris, it’s great to be back!” lâche finalement le frontman avant de repartir sur un morceau plus vieux, pour le plus grand bonheur des fans qui commencent à se mettre sur le tronche joyeusement. Enfin joyeusement, je ne sais même pas s’ils s’en rendent compte, car vu la désorganisation avec laquelle le pit explose, rejetant parfois un ou deux individus titubants qui agissent comme si le monde autour d’eux n’existait pas… Comme il est de rigueur pour ce style, les lumières rouges vives sont de sortie, et ce sont donc quatre musiciens fluorescent qui nous envoient des riffs sans âge, mais qui puent le blasphème et la graisse auditive à plein nez. Faisant visiblement fi du respect d’autrui, les spectateurs se poussent mutuellement et baragouinent des choses incompréhensibles alors qu’Incantation enchaîne titre après titre. Pour ma part, c’est loin de ce désolant spectacle que j’apprécierai le son purulent et impie du groupe, qui semble visiblement heureux de la débandade pure et dure qui est à l’oeuvre dans la fosse, et ce jusqu’à la fin.
Setlist: Christening the Afterbirth – Shadows of the Ancient Empire – Lus Sepulcri – Golgotha – Profound Loathing – Immortal Cessation – Forsaken Mourning of Angelic Anguish – Rites of the Locust – Carrion Prophecy – Dominant Ethos – Omens to the Altar of Onyx – Impalement of Divinity – Ascend Into the Eternal – Rotting With Your Christ – The Ibex Moon – Impending Diabolical Conquest

 

Mis à part un public visiblement incapable de se tenir, la soirée était excellente. L’ouverture servie par Atavisma a mis tout le monde d’accord tout en me permettant enfin d’observer les français à l’oeuvre, et si Skinned n’a malheureusement pas remporté le succès escompté, les américains ont été à la hauteur de leur réputation en proposant un set très carré. Sans surprise, Defeated Sanity a littéralement pulvérisé la scène, laissant à Incantation un triste parterre de cadavres à qui exposer leur génie. Je sais que je me répète, mais pour autant de violence, il n’y a plus qu’à remercier Suden Promotion !

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