Interview : Los Males Del Mundo

Dany Tee (chant/batterie) et Cristian Yans (guitare), têtes pensantes de Los Males Del Mundo, ont répondu à quelques questions à propos du groupe et de la sortie de Descent Towards Death, leur premier album.

Chronique de Descent Towards Death

English version?

Bonjour et tout d’abord, merci de prendre de votre temps ! Comment décririez-vous le groupe Los Males Del Mundo sans utiliser l’étiquette “Black Metal” ?
Dany Tee (chant/batterie) : Tout d’abord, merci beaucoup pour cette interview.
Cristian Yans (guitare) : Eh bien je pense que l’on pourrait décrire Los Males Del Mundo comme un groupe qui fait du Metal Extrême, mais avec quelques éléments de différents genres qui fuitent dans chaque compositions, et c’est un travail authentique et viscéral, empli de passion, d’énergie, de tristesse, de colère et de désespoir versés dans la musique, ce qui est un véritable dévouement, avec ces paroles très émotionnelles qui utilise des idées philosophiques pour déployer la proposition musicale.

D’où vient le nom ? Est-ce parce que vous venez d’Argentine que vous avez décidé d’utiliser un nom en Espagnol ?
Cristian : Le nom est une idée qui est venue du concept derrière les paroles. Nous étions toujours très concentrés sur le processus de création musical, et à cette époque nous n’avions pas de nom pour le groupe jusqu’à ce qu’on soit sur le point de terminer les enregistrements.
Dany : Dans un premier temps nous cherchions un nom court en anglais, mais rien de créatif ne nous est venu à l’esprit, puis en travaillant avec Nikita Kamprad (qui vient d’Allemagne), nous avons pensé que peut-être un nom en allemand serait une bonne idée, mais rien ne semblait coller non plus. Nikita nous a suggéré de chercher un nom en espagnol, et dans un premier temps nous avons eu des doutes sur cette idée, même si plus tard, quand le nom Los Males Del Mundo a été trouvé, nous n’avions plus de doutes. Le nom est venu d’une discussion avec un ami qui nous aidait avec la traduction des paroles, il a mentionné que l’album semblait décrire la douleur, la maladie, toutes les choses qui sont mal faites et mauvaises dans le monde, donc c’est ainsi que le nom nous est venu, “Los Males Del Mundo” (“les maux du monde” en espagnol, ndlr).

Votre premier album Descent Towards Death est sorti il y a plus de deux mois maintenant, est-ce que vous vous attendiez à autant de retours positifs ?
Dany : Nous sommes vraiment très heureux et reconnaissants pour l’accueil que l’album a reçu, et en considérant que dans certains pays il a atteint plus de personnes que d’autres, par exemple la France fait partie des pays européens dans lequel il y a eu le plus d’intérêt pour notre travail, et à notre surprise l’Amérique Latine l’a également très bien reçu, ce qui est rare en prenant en compte que la région essaye toujours de se focaliser sur l’Europe, en esquivant les sorties locales. Mais c’est bien de savoir que l’album est écouté sur plusieurs continents et qu’il atteint lentement mais sûrement plus de monde.

Comment s’est passé le processus de composition pour cet album ? Est-ce que c’était différent pour le premier EP ?
Cristian : Pas vraiment, en fait le processus de composition était à la base le même que pour le LP, mais les titres de l’EP étaient les premiers morceaux que nous avons écrits, donc peut-être que vu que nous avons travaillé sur le processus entier on se connaît mieux mutuellement, et ça améliore les résultats et tout se passe bien, par conséquent arriver à atteindre une plus grande consistance dans la méthode utilisée pour faire l’album. Le processus de création entier a eu cette méthode de composition cyclique, c’est comme un processus d’ajout et de retraits, vu que nous avons créé la musique, la mélodie, puis on a expérimenté les différents patterns rythmiques, nous avons écrit les paroles et fait des essais vocaux. Des fois nous n’étions pas certains à 100% du résultat, donc nous avons changé des choses et recommencé encore, tout en creusant les détails. C’est comme ça que le processus de composition s’est passé. Bien évidemment nous savons que ce n’est pas le plus rapide, mais c’est celui que nous pensions le mieux pour ce projet, car après tout ce processus intense, la musique qui en découle est connectée, puisque les paroles, le chant et la musique se construisent l’un l’autre pendant tout le cycle. Et alors que tous les morceaux ont été enregistrés pendant la même période de temps, les morceaux de l’EP ont été composés au début.

Qu’est-ce qui vous inspire pour créer de la musique et écrire des paroles ? Que ce soit des groupes que vous aimez ou quelque chose de différent comme l’art en général…
Dany : Je suppose que ce qui nous guide à écrire de la musique est la musique elle-même, mais nous plongeons dans des idées qui peuvent être déclenchées par un film ou un livre, et nous essayons d’être ouverts à l’art en général, en prenant tout type d’expression artistique comme point de départ qui nous permet d’exprimer quelque chose. LMDM est très influencé par la littérature que nous lisons habituellement, tout comme des concepts philosophiques qui nous laissent exprimer des choses dans une voie légèrement plus claire, dans le but de les mettre dans notre musique.

Même si vous vivez tous deux en Argentine, Nikita Kamprad, le producteur et bassiste de session, vit en Allemagne. Est-ce que c’est simple de travailler avec lui à distance ?
Cristian : Oui, c’était très simple, tant que le processus de composition était concerné, tout était sous notre contrôle (excepté les parties de basse). Nikita, bien qu’il soit au courant de tout ce que nous faisions, a plus participé en tant que producteur et consultant externe. Nous avons beaucoup parlé avant chaque enregistrement, mais essentiellement pour savoir la meilleure manière de faire puis au moment du mixage comme ça il aurait tout de prêt et ce serait plus simple d’avoir un meilleur résultat. Nikita est un excellent musicien mais au dessus de ça, c’est un incroyable producteur, il a parfaitement compris ce que nous voulions atteindre et il nous a aidé à créer dans cet album le son que nous recherchions. Pour les prochains travaux, non seulement il sera chargé de la production, mais nous espérons également pouvoir travailler sur la composition ensemble également, nous verrons comment tout avance.

Sur cet album, il y a parfois des samples en espagnol. D’où viennent-ils, et pourquoi avoir choisi de les inclure dans vos morceaux ?
Dany : Ils ont été pris du célèbre film « Le Septième Sceau » (Det Sjunde Inseglet), qui est un classique au sein du cinéma et qui a été utilisé des milliers de fois dans le Black Metal par beaucoup de groupes. Nous voulions utiliser des voix parlées au début de l’album, et les dialogues de ce film sont incroyables, ils sont tellement puissants qu’ils fonctionnent indépendamment du contexte dans lequel l’histoire se base. Ces mots touchent l’essence même de l’âme humaine et soulève des questions à propos de l’existence, la finitude et la mort, et ces questions sont tellement bien exprimées que c’était difficile de trouver quelque chose de similaire. Donc après avoir douté de si on les incorporait ou non, nous avons décidé de prendre une version traduite en espagnol, ce qui donne une touche différente de l’audio original que nous connaissons tous déjà, et d’un autre côté nous avons pensé que c’était un clin d’oeil sympa à notre audience qui parle espagnol qui pourrait trouver dans cet audio un indice sur ce comment les paroles sont construites sur l’album entier. C’est pourquoi il commence et termine avec des fragments de ces dialogues, donnant une signification entière à chacune des phrases qui sont articulées ici.

Vos morceaux sont faits d’une mélancolie pesante, de hurlements de douleur possédés et d’ambiances aériennes déchirantes, comment faites-vous en sorte de créer un univers aussi sombre ?
Dany : Je pense que ça fonctionne ainsi car il y a une connexion intime entre les paroles et la musique. Il se passe la même chose pour la guitare par exemple, même sans mots elle exprime ce qui se passe dans les paroles, et c’est pourquoi chaque morceau fonctionne en intégrant la musique de cette manière. Je pense que pour ce projet le chant peut être compris en creusant dans chaque morceau ce qui est exprimé ici. J’ai essayé d’être authentique avec tout ce qui se passe dans cet album, et le chant n’y fait pas exception, et pour y arriver, j’ai dû me plonger dans chaque état émotionnel que je voulais exprimer. Même si ça a été le travail le plus difficile que j’ai fait jusqu’ici, je suis vraiment fier du résultat final.

Est-ce que c’est simple pour vous de créer et de jouer une musique aussi intense et pleine d’émotions ?
Cristian : Nous avons beaucoup travaillé sur ce projet, c’est pour ainsi dire des mois et des mois de coexistence en studio à chercher le son dès le départ, à essayer d’aller plus loin que tout ce qui a été fait jusqu’ici. Ca nous a fait placer ce travail en tant que priorité exclusive pendant les presque trois années que nous ont pris le processus de composition et d’enregistrement, ce qui nous a permis d’être très connectés avec la musique et avec le concept de l’album dans chacun de ses détails. Je pense que c’était crucial. Nous avons essayé de tout donner. J’ai donné le meilleur de moi-même au niveau des guitares comme Dany l’a fait avec le chant et la programmation de la batterie, il a travaillé avec un haut niveau de détail pour avoir un son aussi organique que possible.
Ca nous a pris un long moment puisque chacun de nous travaille pendant la journée, et nous avons mis nos nuits à profit pour composer et enregistrer sans interruption. Notre vie consistait pratiquement à aller de notre travail au studio pour travailler sur cet album. C’était un processus très intense et le résultat est très spécial pour nous au vu de tous les efforts que l’on a mis dedans.

Vous avez collaboré à nouveau avec l’artiste américain Matt Lombard pour l’artwork, est-ce que vous lui avez donné des directives ?
Dany : Pas vraiment. Nous lui avons montré les démos de l’album et il a aimé l’idée derrière tout ça. Il nous a montré plusieurs sessions sur lesquelles il travaillait et qu’il pensait qui seraient parfaites pour le concept de notre musique, et c’est ainsi que ça s’est fait. Nous avons choisi des images qu’il nous avait données qui semblaient très liées avec nos idées pour l’album. C’est un grand artiste et un mec très cool, son art ajoute beaucoup à notre musique de l’EP à l’album et nous sommes très heureux d’avoir pu travailler avec lui. Enfin, le layout a été fait par Alejandro Morales d’Imperfect Design.

L’an dernier, le Covid-19 a frappé le monde et a reporté beaucoup de choses. Comment est-ce que ça vous a affecté en tant que groupe ?
Cristian : Ça a été une année difficile. Nous étions occupés avec des soucis de travail et ça nous a fait passer la musique au second plan (Dany par exemple, il est Psychologue clinicien et il a été submergé par le travail depuis que la pandémie a commencé, donc il a dû faire une pause concernant la musique pour quelques mois). Quand ça a commencé, nous avions tout juste terminé tous les enregistrements de Descent Towards Death, nous devions simplement attendre que Nikita termine le mix et le mastering, et c’était vers Avril/Mai 2020. Aujourd’hui nous essayons de revenir à la routine, continuer de travailler sur nos projets, mais nous trouvons ça très difficile à cause du covid et des restrictions du gouvernement local. Nous espérons que la situation soit bientôt résolue pour nous reconnecter à la musique et être concentrés à 100% pour doubler la mise.

Est-ce que vous avez déjà des plans pour le futur du groupe que vous pouvez nous dévoiler ?
Cristian : Actuellement nous travaillons sur la promotion de notre premier album et je suppose que ça continuera jusqu’au début de l’année prochaine, si la situation de la pandémie le permet, nous débuterons le travail sur des morceaux pour notre deuxième album.

D’ailleurs, pensez-vous jouer en live avec Los Males Del Mundo un jour, ou non ?
Cristian : Bien que LMDM était pensé depuis le début comme un projet studio, nous n’écartons pas l’idée de le passer au live, mais pour que ça devienne une réalité, beaucoup de choses doivent se passer. Mais qui sait, c’est une possibilité.

Qu’est-ce qui vous a mené à l’univers du Metal, à l’époque ?
Cristian : Dans mon cas, l’héritage familial. J’ai écouté du Metal depuis un très jeune âge. J’ai démarré avec Kiss, Deep Purple, Rainbow, Dio et Iron Maiden dans le milieu des années 80 et au fur et à mesure des années je me suis dirigé vers les genres les plus extrêmes.
Dany : J’ai toujours aimé écouter de la musique, j’ai toujours été un peu solitaire, je ne suis pas fan de sports donc quand j’étais enfant mon monde était composé de musique et d’ordinateurs. Et c’est comme ça que j’ai écouté de plus en plus de musique extrême, quand j’étais petit je me suis mis au Punk Rock, Hard Rock, puis Hardcore et graduellement le Metal, en cherchant toujours de plus en plus extrême.

Vous souvenez-vous de la toute première fois où vous avez joué d’un instrument ? Quand et comment est-ce que ça s’est passé ?
Cristian : Je me souviens que c’était pour mes 14 ans. J’avais économisé l’argent que mes parents et mes grands-parents m’avaient donné. Sans aucune connaissance, j’ai été dans une boutique d’instruments et j’ai acheté ma première Stratocaster low-cost. Je me souviens que j’enregistrais les vidéos live de mes groupes favoris sur des cassettes, je mettais en pause pour voir comment mes idoles plaçaient leurs mains, et j’imitais les accords, jusqu’à ce que ma famille ait pu m’envoyer prendre mes premiers cours.
Dany : Mes parents m’ont acheté un petit clavier quand j’étais très jeune et c’était mon premier instrument de musique, mais je n’étais pas très assidu et même si j’aimais reprendre quelques mélodies à l’oreille, je ne le faisais pas de manière appliquée, ce qui se traduit par des performances minables, donc j’ai rapidement arrêté. Puis quand j’ai eu 17 ans j’ai commencé à jouer de la guitare, et tout a changé pour moi.

Comment est la scène Metal en Argentine ? Est-ce qu’il y a des groupes connus qui viennent d’Argentine ?
Dany : La scène argentine est très petite, il y a surtout du Death Metal, du Thrash et également des groupes de Black Metal, mais le Black Metal est le moins populaire de tous les genres. Les premiers groupes de Black Metal avaient un son très brut, qui suivaient les traces des groupes classiques qui ont donné naissance au style dans les années 90. Aujourd’hui, certains d’entre eux sont toujours actifs, comme Templo Negro et Windfall. En même temps, il y a actuellement des groupes relativements récents mais avec des membres de ces anciennes formations comme Genuflexion, Hermon, Baxaxa, HordaProfana, pour en nommer quelques uns, et ces groupes ont le son brut des années 90 qui caractérisait la scène Black Metal.
De nos jours, tu peux trouver de nouveaux projets ou groupes avec un son plus soigné, orienté vers quelque chose de plus moderne, comme Demiurgo ou Psicosfera qui combinent des éléments dissonants dans une veine d’un Black Metal Avant-Gardiste, il y a aussi Mortuorial Eclipse qui fait un Black Metal Symphonique avec des éléments de Death Metal.
Hors de ce genre, je peux mentionner quelques groupes comme Plaguestorm (Melodic Death Metal), Avernal, Amoklauf (Death Metal), Mostro, Medium, et il y a quelques groupes de Heavy Metal Old School avec une bonne reconnaissance à travers le monde, comme Feanor.

Chacun de vous a eu ou a encore d’autres projets à côté de Los Males Del Mundo, avez-vous remarqué des changements entre le début de votre carrière musicale et maintenant ?
Cristian : Nous travaillons constamment sur nos side projets, et en même temps nous en avons d’autres auxquels nous participons tous les deux, également dans le Black Metal mais un peu différents les uns des autres. En ce moment, nous travaillons sur la pré-production de quelque chose que nous développons depuis un long moment, quelque chose de plus direct, avec plus de touches atmosphériques. Jusqu’ici nous avons un album composé, nous avons besoin de paroles pour débuter le processus d’enregistrement.

Est-ce que vous connaissez la scène Metal française ? Est-ce que vous écoutez des groupes français ?
Dany : Oui, de nos jours la scène Metal extrême française est l’une de mes favorites, elle génère continuellement des groupes d’excellente qualité et elle fait en sorte qu’il soit impossible d’être réellement à jour avec l’énorme quantité de sorties.
Parmis mes groupes favoris, je pourrais citer : Deathspell Omega, Alcest, Regarde Les Hommes Tomber, Peste Noire, Nocturnal Depression, Aorlhac, Sühnopfer, Les Discrets, Blut Aus Nord, Glaciation, Pensées Nocturnes, Mütiilation, Au Champ des Morts, Nécropole, Pénitence Onirique, Khaos Dei, Déluge, Baise Ma Hache, Griffon, Belore.

Est-ce que vous avez des hobbies en dehors de la musique ? Est-ce que la musique est votre travail principal, ou est-ce que vous devez garder un travail pour vivre ?
Cristian : Pendant la journée, nous devons travailler, comme tu le sais, c’est très difficile de vivre de la musique, plus particulièrement dans ce genre. Je travaille en tant qu’employé à la Fédération Sportive, et Dany est psychologue clinicien. Dans mon cas, j’aime beaucoup lire, ou aller marcher, mais ma vraie passion c’est la production musicale. En réalité, je passe la plupart de mon temps libre à étudier autant que je le peux pour accroître mes compétences.
Dany : J’aime lire, mais de nos jours je n’ai presque plus de temps entre mon travail en tant que psychologue et le fait d’être musicien.

Dernière question pour moi : je vous laisse créer la tournée de vos rêves avec trois groupes, avec Los Males Del Mundo en tant que groupe d’ouverture !
Dany : Eh bien il y a des groupes qui ne tournent pas énormément d’habitude, mais sans aucun doute si on prend en compte ce que l’on rêve… Ce serait un honneur d’ouvrir pour des groupes comme Emperor, Mayhem, Watain, Gorgoroth, Alcest or Wolves in the Throne Room.

Il est temps pour moi de vous remercier à nouveau d’avoir pris de votre temps, mais également pour votre musique ! Je vous laisse les mots de la fin !
Dany : Merci beaucoup pour cette interview et pour le soutien. Et merci beaucoup à tous ceux qui nous soutiennent en partageant notre musique.

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