Interview : Skaphos

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Quelques questions au groupe français de Black/Death Metal Skaphos à l’occasion de la sortie de leur album réenregistré, The Descent.

Bonjour et tout d’abord, merci de m’accorder de votre temps ! Sans utiliser une quelconque étiquette de style, telles que “Black Metal”, “Black/Death Metal” et autres sous-genres, comment pourriez-vous décrire le groupe Skaphos ?
Skaphos : Salut, merci pour l’interview et l’intérêt que vous portez à Skaphos.
Skaphos est un projet fortement inspiré du Black Death Metal Polonais (Vader, Hate, Behemoth…) et du Death Metal américain (Immolation, Morbid Angel…). Notre musique se concentre sur l’alternance entre riff Black et dissonant & passage plus lourd et groovy plutôt que de rechercher un mélange entre les deux, nous préférons alterner afin de créer des changements d’ambiances bruts. Nous ajoutons des ambiances tribales via des percussions pour rendre les dissonances, les cris et les blast beats plus “digestes”. Notre musique évoque les abysses, les divinités englouties et les légendes de marins au sens large, mais d’un point de vue humain et vivant. Ces thèmes ont été largement abordés du point de vue “contemplatif” et “vide” pour parler de l’immensité de l’abysse, et nous souhaitons l’aborder d’un point de vue moins abstrait, en évoquant les émotions comme la peur, la claustrophobie et la thalassophobie.

Pourquoi avoir choisi ce nom à la création du groupe, et comment le relies-tu personnellement à la musique que vous jouez ?
Skaphos : Skaphos signifie barque/bateau en Grec ancien. Le premier sens est évidemment le lien avec le passeur Charon, le Styx, la dernière traversée. Au début, le projet devait s’appeler Bathyscaphe, mais on a préféré la version plus courte qui rappelle le thème marin, avec scaphandre par exemple. Skaphos évoque tous les hommes décédés en mer, que ce soit dans la mythologie grecque, jusqu’au drame du Titanic en passant par Jules Vernes ou Herman Melville. Nous souhaitions un nom qui laisse le champ libre à de nombreuses histoires/possibilités.

Votre quatrième album, The Descent, sort dans quelques jours, comment vous sentez-vous au sein du groupe ? Avez-vous déjà eu des retours à son sujet ?
Skaphos : Nous sommes très heureux de sortir ce rework, LADLO a fait un super travail et les vinyles sont magnifiques. Nous pouvons cependant trop peu profiter de la release car nous partons la même semaine en tournée Européenne pour présenter cette nouvelle sortie à travers 6 pays et 12 concerts. Les quelques retours / reviews que l’on a pu voir sont très positives et ça nous motive à partir en tournée ! C’est très important d’entendre des avis subjectifs, car ça nous permet de voir ce qu’on pourrait faire de mieux pour le prochain album.

Comment résumerais-tu The Descent en trois mots ?
Skaphos : Trois mots c’est pas facile ! Je dirais “sauvage”, “dissonant” & “moderne”.

The Descent est à la fois un nouvel album, mais aussi une compilation, étant donné qu’il est fait d’anciens morceaux recomposés. Comment s’est passé le processus de création de The Descent ?
Skaphos : C’était assez naturel pour tout dire. Ce sont des morceaux qu’on joue depuis 2018, la phase de réécriture était super évidente et s’est faite en une journée. On savait exactement ce qu’on devait faire et où on allait. On a gardé le même processus d’enregistrement et de mixage que pour notre dernière sortie Cult Of Uzura, du coup tout s’est passé naturellement. On avait envie de remettre au goût du jour des morceaux qui nous plaisent et que l’on joue toujours en live depuis presque 8 ans et le résultat nous plait !

Le son du groupe mélange des racines Black et Death Metal ainsi que des influences lovecraftiennes. Comment arrivez-vous à mêler toutes vos sources pour créer votre propre touche ? Quels groupes citerez-vous comme vos principales influences ?
Skaphos : Comme évoqué plus haut, on essaye de définir notre propre identité. Et ça passe en premier par l’accordage des guitares qui a été trouvé par Stephan (guitare/voix lead) et sur lequel on travaille depuis 8 ans. C’est un accordage bien crade avec des tierces et des secondes qui foutent bien le bordel niveau dissonance mais on trouve que ça fonctionne bien. La seconde signature serait le fait qu’on gueule a 3. Ça rajoute beaucoup de texture et un côté “culte” qui marche super bien en live, avec en plus les percussions tribales. Je pense que ça permet a Skaphos d’avoir une identité vraiment solide. Il y aurait trop de groupes à citer mais pour le son et la musique je dirais : Svart Crown, Hate, Behemoth, Immolation, Dissection, Dead Congregation, Gojira, etc… Et pour les visuels, ambiances etc : Ahab, Portal, Svart Crown, Behemoth, Belphegor, Blood Incantation, Absent in Body

Le thème de Lovecraft est assez récurrent dans le Metal Extrême, qu’est-ce qui vous a décidés à vous orienter dessus ?
Skaphos : Lovecraft est évidemment le maître à penser, mais on s’inspire tout autant de Jules Vernes, Melville, ou simplement Homère dont l’Odyssée est finalement la base de tout. Mais finalement c’est aussi les jeux vidéos, les films, animations, expositions au musée ou d’autres groupes de metal qui nous inspirent beaucoup aussi. Je crois que Skaphos est un sacré bordel de tout ce qu’on aime et on prend le temps de traiter les sujets un par un. Lovecraft était juste la porte d’entrée évidente.

L’ordre des morceaux est souvent très réfléchi dans le Black Metal, qu’est-ce qui a motivé le choix de l’agencement des titres pour The Descent ?
Skaphos : C’est très simple, nous avons mis les morceaux dans l’ordre dans lequel on les jouerait en live. The Descent n’a pas de trame narrative à proprement parler, nous avons juste suivi notre instinct. The Descent est notre setlist live si on devait jouer des morceaux de Bathyscaphe (2020) et Thooi (2022) exclusivement.

9°) Comment votre vision de votre musique a-t-elle évolué pour en arriver à souhaiter travailler d’anciens titres ? Comptez-vous également retravailler les autres morceaux de vos albums Bathyscaphe et Thooï à l’avenir ?
Skaphos : Comme je l’ai déjà évoqué, nous avons refait seulement les morceaux que l’on joue encore en live, car ils sont pour nous les meilleurs. Après la sortie de Cult Of Uzura, il était évident que les deux premières sorties de Skaphos étaient, en termes de production, très amateures. Nous avions l’envie, pour remercier le public de nous soutenir depuis si longtemps, de produire ces titres correctement, avec un son moderne, des riffs modifiés, des textes en anglais et mieux écrits. The Descent a un double sens pour nous. C’est à la fois la descente dans les abysses, l’exploration mais aussi la métaphore du retour dans le passé, remuer la vase et ressortir les vieux titres.

The Descent sort chez Les Acteurs De L’Ombre Productions, comment se passe la collaboration avec ce label ? Comment s’est passée la prise de contact avec eux ?
Skaphos : L’été dernier nous avons pris contact avec Gérald de LADLO qui a été très réactif et intéressé par une sortie SkaphosLADLO, tout est allé très vite et sans trop de contre temps. Pour le moment tout se passe super bien donc on est super content.

Skaphos a ouvert pour Marduk sur sept shows en Asie l’an dernier, comment s’est passée la tournée ?
Skaphos : C’était bien cool ! C’était notre second passage au Japon donc le public était présent avec nos tee-shirts de 2023, ça nous a fait super plaisir. Comme nous avions déjà fait 22 shows avec Marduk en 2022, on connaissait déjà l’équipe et l’ambiance. On a été super bien accueilli par Bastien au Japon (SWD JAPON) et l’équipe de Slamman Booking à Bangkok et Taiwan. On espère vite retravailler avec eux.

Le groupe a également une tournée de douze dates prévue en Europe avec Antania, comment vous préparez-vous pour ces dates ? Est-ce que vous avez de petites habitudes pré ou post-concert ?
Skaphos : C’est notre première tournée en tant que Headliner en Europe, on a vraiment hâte mais on espère aussi que tout va bien se passer. On a aussi un changement de line up, notre batteur Nathan Faure nous a quitté et on a recruté Amaury Didon pour le remplacer. Notre premier show avec lui sera la première date de la tournée, donc on a eu pas mal de travail à faire. On a pas vraiment de rituel pré ou post concert. On voit la scène comme un spectacle et on essaie de l’aborder de façon professionnelle, genre on a une liste de choses à faire, pour tout checker avant de monter sur scène. Mais pas de réelle habitude. 

Quels sont les prochains projets pour Skaphos après la sortie de l’album et la tournée ?
Skaphos : Et bien dans quelques mois nous serons présents au Hellfest et au Motocultor. C’est une grande étape pour nous, car ce sont les plus gros fests Francais. Aussi c’est la consécration, en tant que groupe FR, d’apparaître sur une aussi belle affiche. On est déjà sur un prochain album et surtout un long métrage musical tourné en 2024 et actuellement la musique et en cours de composition / post-production. Pour le reste, on ne peut malheureusement rien annoncer pour le moment.

Pensez-vous vous être améliorés en tant que musiciens et compositeurs avec cet album ?
Skaphos : Clairement, ce remake est la signature de notre maturité musicale, nous avons un certain recul sur de nombreuses choses qu’on ferait différemment. Et The Descent en est la preuve : nous avons eu l’occasion de corriger/améliorer de vieux titres et je crois que tout le monde s’accordera pour dire que le remake efface les deux premiers albums.

Avec quels groupes rêves-tu de jouer ? Je te laisse imaginer ta date de rêve avec Skaphos en ouverture, et trois autres groupes.
Skaphos : En 2022 nous avons pu ouvrir pour I Am Morbid, Belphegor et Hate. C’était déjà incroyable pour nous de les suivre sur une tournée de 10 dates. Je pense que je dirais Behemoth, Hate, Svart Crown. J’adorerais cette soirée.

Dernière question : à quel plat pourrais-tu comparer la musique de Skaphos ?
Skaphos : Une bonne bouillabaisse avec tout un tas de poissons de la méditerranée ! Ça ne ressemble à rien mais c’est délicieux.

C’était donc ma dernière question, je te remercie pour ta disponibilité, et je te laisse les mots de la fin !
Skaphos : Merci encore pour l’intérêt porté à Skaphos ! On a plein de choses à annoncer bientôt, n’hésitez pas à nous suivre sur nos réseaux sociaux. Hear the Chant, join the Cult, dive with us. L’équipage Skaphos.

English version

A few questions for the French Black/Death Metal band Skaphos on the occasion of the release of their re-recorded album, The Descent.

Hello, and first of all, thank you for taking the time to speak with me! Without using any style labels, such as “Black Metal,” “Black/Death Metal,” or other subgenres, how would you describe the band Skaphos?
Skaphos: Hi, thanks for the interview and for your interest in Skaphos. Skaphos is a project heavily inspired by Polish Black Death Metal (Vader, Hate, Behemoth…) and American Death Metal (Immolation, Morbid Angel…). Our music focuses on alternating between black metal and dissonant riffs and heavier, groovier passages rather than seeking a blend of the two; we prefer to alternate in order to create raw shifts in atmosphere. We incorporate tribal atmospheres through percussion to make the dissonance, screams, and blast beats more “digestible.” Our music evokes the abyss, engulfed deities, and sailors’ legends in the broadest sense, but from a human and living perspective. These themes have largely been approached from a “contemplative” and “empty” perspective to speak of the immensity of the abyss, and we wish to approach it from a less abstract perspective, evoking emotions such as fear, claustrophobia, and thalassophobia.

Why did you choose this name when forming the band, and how do you personally relate it to the music you play?
Skaphos: Skaphos means “boat” in Ancient Greek. The first meaning is obviously the connection to the ferryman Charon, the River Styx, and the final crossing. At first, the project was going to be called Bathyscaphe, but we preferred the shorter version that evokes the maritime theme, with “scaphander” for example. Skaphos evokes all the men who have died at sea, whether in Greek mythology, through Jules Verne or Herman Melville, all the way to the tragedy of the Titanic. We wanted a name that left the field open to many stories and possibilities.

Your fourth album, The Descent, is coming out in a few days—how are you feeling as a band? Have you gotten any feedback on it yet?
Skaphos: We’re really excited to release this rework, LADLO did an amazing job, and the vinyls look stunning. However, we won’t be able to enjoy the release much because we’re heading out on a European tour the same week to promote this new release across 6 countries and 12 shows. The few reviews we’ve seen so far are very positive, and that’s motivating us to hit the road! It’s really important to hear subjective opinions, because it helps us see what we could do better for the next album.

How would you sum up The Descent in three words?
Skaphos: Three words isn’t easy! I’d say “wild,” “dissonant,” and “modern.”

The Descent is both a new album and a compilation, since it’s made up of reworked older tracks. How did the creative process for The Descent go?
Skaphos: It was actually pretty natural. These are songs we’ve been playing since 2018; the rewriting phase was super straightforward and got done in a single day. We knew exactly what we had to do and where we were going. We kept the same recording and mixing process as for our last release, Cult Of Uzura, so everything fell into place naturally. We wanted to update some tracks that we love and have been playing live for almost 8 years, and we’re really happy with the result!

The band’s sound blends Black and Death Metal roots with Lovecraftian influences. How do you manage to blend all these sources to create your own unique style? Which bands would you cite as your main influences?
Skaphos: As mentioned earlier, we’re trying to define our own identity. And that starts with the guitar tuning that Stephan (guitar/lead vocals) came up with, which we’ve been working on for eight years. It’s a really dirty tuning with thirds and seconds that really mess things up in terms of dissonance, but we think it works well. The second defining feature is that we scream in unison. It adds a lot of texture and a “cult” vibe that works really well live, especially with the tribal percussion. I think that gives Skaphos a really solid identity. There are too many bands to name, but for the sound and music I’d say: Svart Crown, Hate, Behemoth, Immolation, Dissection, Dead Congregation, Gojira, etc… And for the visuals, atmosphere, etc.: Ahab, Portal, Svart Crown, Behemoth, Belphegor, Blood Incantation, Absent in Body

The Lovecraft theme is quite common in Extreme Metal; what made you decide to focus on it?
Skaphos: Lovecraft is obviously the guiding light, but we draw just as much inspiration from Jules Verne, Melville, or simply Homer, whose Odyssey is ultimately the foundation of it all. But ultimately, video games, movies, animations, museum exhibits, and other metal bands also inspire us a lot. I think Skaphos is a wild mix of everything we love, and we take the time to tackle each subject one by one. Lovecraft was just the obvious starting point.

The track order is often very deliberate in Black Metal; what motivated the choice of track arrangement for The Descent?
Skaphos: It’s very simple—we put the tracks in the order we’d play them live. The Descent doesn’t have a narrative structure per se; we just followed our instincts. The Descent is our live setlist if we were to play songs exclusively from Bathyscaphe (2020) and Thooi (2022).

How has your vision of your music evolved to the point where you now want to work on older tracks? Do you also plan to rework the other songs from your Bathyscaphe and Thooï albums in the future?
Skaphos: As I mentioned earlier, we only reworked the tracks we still play live, because those are the best ones for us. After the release of Cult Of Uzura, it was clear that Skaphos’ first two releases were, in terms of production, very amateurish. We wanted to thank the audience for supporting us for so long by producing these tracks properly, with a modern sound, modified riffs, and better-written lyrics in English. The Descent has a double meaning for us. It’s both a descent into the abyss and an exploration, but also a metaphor for returning to the past, stirring up the mud, and bringing out the old tracks.

The Descent is being released by Les Acteurs De L’Ombre Productions. How is the collaboration with this label going? How did you get in touch with them?
Skaphos: Last summer we got in touch with Gérald from LADLO, who was very responsive and interested in a SkaphosLADLO release. Everything moved very quickly and without too many setbacks. So far, everything’s going great, so we’re really happy.

Skaphos opened for Marduk on seven shows in Asia last year, how did the tour go?
Skaphos: It was really cool! It was our second time in Japan, so the crowd showed up wearing our 2023 T-shirts that made us really happy. Since we’d already done 22 shows with Marduk in 2022, we already knew the crew and the vibe. We were really well received by Bastien in Japan (SWD JAPAN) and the Slamman Booking team in Bangkok and Taiwan. We hope to work with them again soon.

The band also has a twelve-date tour planned in Europe with Antania. How are you preparing for these shows? Do you have any pre- or post-concert rituals?
Skaphos: This is our first headlining tour in Europe. We’re really looking forward to it, but we also hope everything goes smoothly. We’ve also had a lineup change, our drummer Nathan Faure left the band, and we’ve recruited Amaury Didon to replace him. Our first show with him will be the opening date of the tour, so we’ve had quite a bit of work to do. We don’t really have any pre- or post-concert rituals. We see the stage as a performance and try to approach it professionally-like, we have a checklist to go over everything before we go on stage. But no real habits.

What are Skaphos’ next projects after the album release and the tour?
Skaphos: Well, in a few months we’ll be playing at Hellfest and Motocultor. This is a major milestone for us, as these are the biggest festivals in France. It’s also a crowning achievement for a French band to be featured on such a great lineup. We’re already working on our next album and, most importantly, a musical feature film set to be shot in 2024—the music is currently in the composition and post-production stages. As for the rest, unfortunately we can’t announce anything else at the moment.

Do you think you’ve improved as musicians and songwriters with this album?
Skaphos: Clearly, this remake is a testament to our musical maturity; we have some perspective on many things we’d do differently. And The Descent is proof of that: we had the opportunity to correct/improve old tracks, and I think everyone would agree that the remake surpasses the first two albums.

Which bands do you dream of playing with? I’ll let you imagine your dream show with Skaphos as the opening act, and three other bands.
Skaphos: In 2022, we were able to open for I Am Morbid, Belphegor, and Hate. It was already incredible for us to follow them on a 10-date tour. I think I’d say Behemoth, Hate, Svart Crown. I’d love that night.

Last question: what dish would you compare Skaphos’ music to?
Skaphos: A good bouillabaisse with a whole bunch of Mediterranean fish! It doesn’t look like much, but it’s delicious.

So that was my last question. Thank you for your time, and I’ll leave you with the final words!
Skaphos: Thanks again for your interest in Skaphos! We have lots of things to announce soon, so feel free to follow us on social media. Hear the Chant, join the Cult, dive with us. The Skaphos crew.

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