Interview : Druids of the Gué Charette

Révérend Drope, chanteur de Druids of the Gué Charette s’est confessé à moi avant la sortie de Talking to the Moon.

English version?

Bonjour à vous et tout d’abord merci de prendre un peu de temps pour mes questions ! Pourriez-vous présenter le concept du groupe à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?
Révérend Drope (chant): Les Druids of the Gué Charette sont un groupe de musique amplifié au croisement du du Stoner et du Garage-Rock, avec de fortes influences Post-Punk, Psychédélique et Heavy Metal. Le groupe se distingue probablement aussi par une approche mystique de la musique, qui se traduit par l’utilisation de tenues rituels sur scène et de chansons aux paroles cryptiques. 

Comment s’est formé Druids of the Gué Charette ? Est-ce que vous aviez tous la même vision de la musique en créant le groupe ?
Révérend Drope : L’idée derrière les Druides était de fédérer les membres des différents groupes issus d’une petite zone située du côté de Brocéliande, de façon un peu informelle, mais rapidement le groupe s’est structuré autour d’un noyau dur de musiciens jusqu’à sa forme définitive actuelle. Par nature, nous avions tous des influences très variées et nous avons tenté de respecter les envies de chacun, en articulant notre musique autour de nos influences communes. 

Votre style est composé d’énormément d’influences, allant d’un Stoner entraînant à des sonorités malsaines en passant par une bonne humeur et des accents Psyché, comment vous est venue l’idée de mélanger tout ça ?
Révérend Drope : Comme je le disais plus haut, ce sont les influences individuelles qui ne nous avons mêlées dans un seul et même projet. A vrai dire nous jouions tous déjà dans des groupes aux influences souvent plus uniformes, et de pouvoir passer d’un style à l’autre, parfois au sein d’une même chanson, étant l’un des concepts fondateurs du groupe. Nous avions entre autre marre de s’entendre dire ce qu’un groupe avait le droit ou pas de faire pour coller à tel ou tel style. On a donc décidé de ne jamais se fixer de limites, quitte à flirter avec les limites du bon goût. 

Votre album Talking to the Moon s’apprête à sortir, vous en êtes satisfaits ? Est-ce que vous appréhendez le retour du public ?
Révérend Drope : On est très satisfait de l’album, qu’on a essayé de faire sonner le plus brut et le plus live possible. On n’appréhende pas vraiment le retour du public, on sait parfaitement qu’on ne peut pas plaire à tout le monde et qu’il y a des gens qui vont détester ce qu’on fait, mais je pense qu’il n’y a rien de pire que d’essayer de plaire à tout le monde, c’est le meilleur moyen de créer quelque chose d’insipide. On essaye toujours de faire que les morceaux nous plaisent à nous, personnellement, avant toute chose, et en faisant ça on espère bien que les gens qui partagent nos goût et nos obsessions se sentiront en phase avec notre disque. Le plus difficile reste de trouver ces gens et de porter le disque à leurs oreilles, ah ah ah. 

Comment s’est passé son processus de composition ? Est-ce qu’il a été différent de vos précédentes productions ?
Révérend Drope : Comme je l’évoquais, on a pensé cet album en réaction a nos représentations scéniques, dans lesquels notre côté Punk et bourrin finit généralement par dominer l’ensemble. On a donc décidé de faire la part belle aux morceaux plus nerveux et plus rapide, et avons beaucoup limité le nombre d’arrangements, pour garder ce côté brut. On trouve quand même quelques respirations, allant du gros Psyché planant aux embardées Krautrock ou Blues, mais une majorité des chansons sont des déluges de fuzz de 3 minutes chrono, là ou nos précédent disques s’axaient plus sur la variété que sur la cohérence. 

Qu’est ce qui vous inspire pour écrire ? Que ce soit musique ou paroles.
Révérend Drope : Musicalement, tout nous inspire, que ce soit les disques qu’on écoute, les concerts auquel on assiste, les groupes avec lesquels on joue, mais aussi les films ou les livres qui vont faire naître certaines images, certaines ambiances qu’on va essayer de reproduire à notre manière. Les paroles quant à elles, découlent directement de la musique. Elles sont systématiquement écrites pour tenter de respecter et d’accentuer les images que font naître la composition. 

Est-ce que tu peux me raconter l’histoire du clip vidéo de The Curse ? Comment est-ce qu’il a été tourné, quelles étaient les idées à la base…
Révérend Drope : Nous avons travaillé sur le scopitone (un certain type de clip vidéo, ndlr) de The Curse avec le réalisateur Anthony Rocquet, car il était sensible à notre musique et à l’imagerie véhiculée par le groupe. L’idée de la vidéo était de filmer une sorte de rite initiatique qui permettrait au personnage principal de devenir un membre du culte du Gué Charette à son tour. On aime beaucoup jouer avec cette idée d’endoctrinement et de contamination par la musique. On voulait aussi mettre en avant certaines idées récurrentes chez nous, comme la prédominance de la forêt, la réalité altérée, ainsi que l’idée d’une quête spirituelle et d’endroit caché qu’on trouvait déjà dans la vidéo d’Agartha sur notre split LP, dont The Curse pourrait être vue comme une suite directe.

La question vous a probablement déjà été posée, mais quelle est votre rapport à la fois avec l’univers druidique et le Gué Charette dans le groupe ?
Révérend Drope : Tout d’abord, nous ne sommes pas membre du Gorsedd de Bretagne (Fraternité des druides, bardes et ovates de Bretagne, association de loi 1901, ndlr) ou d’aucune organisation officielle. Le druidisme dans notre musique est surtout une façon de mettre en avant une dimension mystique et spirituelle, tout en s’appuyant sur l’imaginaire de notre région et les valeurs qui y sont affiliées. Cette recherche d’une vérité cachée aux yeux des vivants résonne aussi bien dans l’approche psychédélique que druidique. Le Gué Charette quant à lui est un petit lieu dit en bordure de Brocéliande, que notre guide spirituel a désigné comme le centre névralgique de notre culte au terme d’une nuit bien arrosée. C’est une manière de nous situer géographiquement un peu décalée, mais qui accentue une nouvelle fois notre affection pour ces lieux secrets, connus des seuls initiés. 

Suite à l’épidémie de Covid-19, le Hellfest et le Motocultor 2020 sont malheureusement annulés, mais vous êtes reprogrammés sur l’affiche du Motocultor 2021 au lieu de 2020, comment la reprogrammation de date s’est gérée en interne ? Quelles sont vos attentes pour le festival ?
Révérend Drope : Dès que le festival a dû officialiser son annulation, ils ont immédiatement pris le parti-pris de reprogrammer l’an prochain les groupes déjà annoncés. Il y a fort à parier que la plupart des festivals prennent la même direction. On espère donc être présent aussi au Hellfest 2021 ainsi que sur un ou deux autres festivals sur lesquels notre présence n’a pas eu le temps d’être officialisée cette année. Les festivals sont toujours un moment très particulier, qui permet aux groupes de se confronter à des publics qui ne se sont pas déplacés spécifiquement pour eux, c’est à la fois stressant et terriblement excitant. 

Tant qu’on est sur le sujet, quel était votre quotidien en tant que groupe pendant le confinement ? Est-ce que vous avez été plus productifs que d’habitude ?
Révérend Drope : Avec le confinement, nous avons dû brutalement stopper nos répétitions rituelles hebdomadaires et annuler près d’une dizaine de dates. On pourrait difficilement dire que nous avons été plus productifs que nous ne l’aurions été en temps normal. Toutefois, nous en avons profité pour apprendre à travailler différemment, à distance, en apprenant a nous servir de carte-son et de logiciels d’enregistrement ou de mixage, ce que nous n’avions jamais essayé de faire apparemment. Reste a voir si cet apprentissage aura une utilité pour nous dans l’avenir, car notre pratique de la musique est intimement liée au son des amplis qui déchire l’air et à la vibration des basses dans le sol, des sensations difficile à retrouver en branchant simplement une guitare dans une prise USB. 

Vous êtes originaires de Bretagne, une région connue à la fois pour ses groupes à la forte personnalité musicale, mais également sa gastronomie. Si vous deviez associer le groupe à un plat, quel serait-il ?
Révérend Drope : Ah ah ah. Je ne suis pas spécialiste en métaphore culinaire, mais ce qui me vient à l’esprit en premier c’est la godinette, un apéritif bien de chez nous dans le Pays Gallo. A première vue, ça semble inoffensif, mais la recette contient un ingrédient secret qui peut rapidement vous prendre par surprise. 

Quel est votre meilleur et votre pire souvenir de scène ?
Révérend Drope : Notre meilleur souvenir de scène, c’est probablement notre passage au Binic Folks Blues Festival, nous n’avions jamais joué devant autant de monde, nous étions quasiment inconnus et pourtant il y avait des gens à perte de vue, c’était surréaliste pour nous. Il n’y a pas vraiment de pire souvenir, mais lors d’une soirée à Rennes, nous avons joué avec 4h de retard, au beau milieu de la nuit, le backline censé être présent ne l’était plus, le lieu était petit et tellement blindé que les gens bourrés débordaient totalement sur la scène, arrachant les câbles et arrosant les pédales de bière. Ca a probablement été notre concert le plus chaotique, mais au final ça en devient quand même un très bon souvenir. 

Quel est le premier morceau de Metal que tu aies écouté ? Et celui qui t’a dit “c’est ça que je veux faire !” ?
Révérend Drope : Ce serait très dur d’identifier le premier morceau de Metal que j’ai écouté, d’ailleurs ça dépends de ce qu’on englobe dans le terme “Metal”, je serais incapable de dire la première fois que j’ai entendu Deep Purple par exemple. Toutefois je dirais que la première fois que j’ai eu conscience qu’un morceau se démarquait du Classic Rock, ce devait être avec Killing In The Name de Rage Against The Machine quand j’étais au collège. La première fois que je me suis dit “ça c’est vraiment ce que je veux faire” avec un morceau de Heavy Metal ce devait être N.I.B. de Black Sabbath

Question d’imagination maintenant : je te laisse créer une tournée avec 3 autres groupes (peu importe la renommée) pour lesquels tu rêverais d’ouvrir avec Druids of the Gué Charette !
Révérend Drope : Il y a des centaines de groupes dont on rêverait de faire la première partie. Mais pour citer trois types de groupes qui incarnent à nos yeux une forme de chamanisme musical totalement différents, je citerais Electric Wizard, A Place To Bury Strangers et Nick Cave & The Bad Seeds

Est-ce que tu as un coup de cœur musical en ce moment ? Ou un groupe que tu viendrais de découvrir ?
Révérend Drope : Un ami vient de me faire découvrir un trio du Kansas nommé Snowchild, qui a sorti en 2016 un parfait disque de doom Sabbathien avec de petites doses de Space-Rock à la Hawkwind, 4 morceaux d’une dizaine de minutes qui planent super haut. Totalement le genre de trucs que j’aime écouter en ce moment. 

Je te laisse les mots de la fin ! Encore merci !
Révérend Drope : Dans la nuit, la vérité. 

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