Interview : Scarred

J’ai eu l’opportunité de parler avec Laurent Kessel, batteur de Scarred, avant la sortie de Scarred, le troisième album du groupe.

Chronique de Scarred – SOON

English version?

(Promotional picture credits: Lugdivine Unfer)

Bonjour et tout d’abord, merci de ton temps ! Pourrais-tu vous présenter le groupe et toi, pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de Scarred auparavant ?
Laurent Kessel (batterie) : Bonjour. Nous sommes cinq, Bertrand à la basse, Diogo et Vincent aux guitares, Yann au chant et Laurent à la batterie (c’est moi qui répond à tes questions. Nous sommes basés au Luxembourg et on joue du Death Metal. Jusqu’ici, nous avons sorti un EP et trois albums, en comptant notre nouvel album.

D’où vient le nom du groupe ? Que signifie-t-il pour toi ?
Laurent: Nous avons choisi le nom du groupe quand nous l’avons créé au lycée. Nous n’avons plus le même line-up aujourd’hui, mais à l’époque chaque membre du groupe avait sa propre cicatrice par rapport à son histoire personnelle ce qui les a conduits à ce style de musique agressif et sombre, donc ça semblait approprié.

Vous êtes sur le point de sortir Scarred, votre troisième album, huit ans après le précédent. Comment vous sentez-vous ?
Laurent: Bien ! Nous n’avons jamais mis autant de travail et de dévouement dans un album que dans celui-là et nous sommes très contents du résultat. Le but quand nous avons engagé un nouveau chanteur il y a quelques années était de faire évoluer notre musique et d’y apporter plus de variété, et je pense que c’est ce qui s’est passé. D’ailleurs, cet album est jusqu’ici le plus personnel (d’où le titre éponyme) et a aidé certains d’entre nous à surpasser certains moments difficiles dans notre vie, donc le sortir est presque comme une thérapie !

Comment s’est passé le processus de composition pour cet album ? Est-ce qu’il était différent de Gaia – Medea ?
Laurent : Très différent. Gaia – Medea a été écrit intégralement dans notre studio de répétition. Pour cet album, nous avons dû nous adapter à Diogo (qui est notre principal compositeur) qui était absent en jouant avec Satyricon pendant deux ans pendant qu’en même temps nous devions explorer les nouvelles possibilités offertes par notre nouveau chanteur Yann. La plupart de l’écriture s’est passée dans nos studios à la maison pendant les quelques mois de pré-production.

Sur ce nouvel album, il y a évidemment votre base musicale faite d’un Thrash/Death Metal groovy, mais également plus d’influences Progressif, des touches de technicité, atmosphérique voir presque Symphonique. Comment avez-vous fait pour mêler le tout ensemble afin de créer quelque chose qui est toujours dans votre registre musical ?
Laurent : L’écriture dans Scarred arrive toujours de manière organique. Nous essayons de ne jamais nous limiter à un certain genre et nous allons là où la musique nous emmène. Si ça sonne bien et qu’on le sent bien, c’est vraiment tout ce qui importe. Ce qui est particulier sur cet album c’est que chaque titre est inspiré par une certaine période de notre vie durant ces quatre dernières années et il a par conséquent un climat totalement différent du précédent, ce qui explique toutes les différentes influences que tu as mentionnées… mais la colonne vertébrale reste la même.

L’artwork a été à nouveau réalisé par Drazen Medakovic, comment avez vous travaillé avec lui pour cette fois-ci ? Comment l’album peut être relié à la musique ?
Laurent : C’est vraiment facile de travailler avec Drazen car c’est un artiste incroyable et ami qui comprend ce que nous essayons de faire (allez voir www.drazenillus.com). On s’est juste posés avec lui et on lui a expliqué le concept de l’album, on lui a donné les paroles et on l’a laissé faire son boulot. L’image de couverture est géniale, car elle inclut tellement d’éléments de cet album: la dépression, l’aliénation, le chamanisme, des couleurs psychédéliques, la libération… ça additionne basiquement l’écriture, la musique et la production de cet album en une seule image.

Vous avez sorti une vidéo pour le titre Prisms, peux-tu nous raconter l’histoire derrière ce titre ?
Laurent : Chaque titre de Scarred raconte une partie de notre histoire pendant les quatre dernières années. Prisms vient juste après la déflagration initiale et la dissociation décrite dans les trois premiers titres et symbolise le début d’un voyage dans l’inconnu.

En 2016, Vincent Wilquin et Yann Dalscheid ont rejoint le groupe. Comment ça se passe de travailler avec de nouveaux membres, ce qui inclut une nouvelle personnalité, une nouvelle vision musicale ? Penses-tu que le groupe s’est amélioré quand ils ont rejoint Scarred ?
Laurent : En réalité Vincent est arrivé en 2013 pour remplacer Diogo pendant son passage chez Satyricon. Il est probablement l’un des gars avec qui c’est le plus simple de travailler parce que c’est un guitariste incroyablement doué (écoutez Fractal Universe sur Metal Blade Records, c’est incroyable !) et également l’un des gars les plus gentils et modestes avec autant de talent que tu peux rencontrer. Il donne son opinion sur la composition ici et là mais Diogo écrit toujours la musique, donc il n’y a pas de collision à ce niveau là. Quand Yann a rejoint le groupe en 2016, nous étions déjà amis depuis des années et nous avions tourné ensemble, donc ce n’était pas non plus compliqué pour lui de s’intégrer. D’un point de vue musical, il a apporté ses propres influences et principalement un large éventail de possibilités ce qui a ouvert tellement de portes pour nous et ça nous a pris un bon moment pour toutes les explorer. Nous n’avons d’ailleurs toujours pas fini de faire ça, et notre musique continuera d’évoluer sur les futurs albums.

Vous avez collaboré avec Klonosphere pour cette sortie, comment se passe le travail avec eux ?
Laurent : C’est facile ! Guillaume et Pat sont des gens super avec beaucoup de patience qui font du bon travail quand il s’agit de faire la promotion et la distribution. Les relation est plus souple que ce dont nous avons pu faire l’expérience durant les négociations avec différents labels. C’est pourquoi nous n’avons pas hésité à travailler avec eux à nouveau sur cet album, comme nous l’avions fait sur Gaia – Medea.

Selon Internet (mais je peux me tromper), vous n’avez pas joué en live depuis trois ans. Que pouvons nous attendre d’un concert de Scarred ? Est-ce que vous avez une sorte de rituel d’avant-concert en tant que groupe ?
Laurent : Nous avons en fait joué un concert en France plus tôt cette année, juste avant la première vague du COVID, mais évidemment nous sommes restés inactifs pendant le processus de production du nouvel album, pour les raisons mentionnées plus haut. Ce à quoi tu peux t’attendre d’un concert avec Scarred est équivalent à être frappé par un bus à pleine vitesse. Nous jouons toujours avec nos tripes et une énergie constante, un son énorme et un jeu de lumières. C’est très intense. Il n’y a pas de rituel d’avant concert, chacun de nous travaille de son côté pour se mettre dans l’état mental voulu afin de tout détruire. Puis nous nous unissons derrière le rideau et c’est parti !

Je sais que le Covid-19 a foutu en l’air pas mal de choses en 2020, mais peut-être que vous avez déjà des plans pour la promotion de Scarred que tu peux nous dévoiler ?
Laurent : Vu qu’il n’y avait et qu’il n’y a toujours aucun moyen de confirmer une tournée, nous utilisons le temps pour produire des tonnes de contenu vidéo et photographique que nous utiliserons afin de promouvoir l’album. Je ne veux pas trop en révéler mais on a clairement assez de matériel de côté pour vous divertir jusqu’à septembre 2021 !

Comment la crise du Covid vous a affectés en tant que groupe ? Pensez-vous que ça vous a aidés à mettre la touche finale à votre dernier album ?
Laurent : Financièrement ça a été difficile puisque jouer en live est notre plus grosse source de revenu, principalement quand on a la production et la promotion d’un album à financer. Nous avons initialement planifié la sortie de l’album cette année mais nous avons décidé d’attendre et de voir comment ça allait se passer. Une fois que c’était clair que nous n’avions plus aucune certitude avant un moment, nous avons décidé de bloquer la date du 22 janvier 2021, Covid ou pas Covid.
L’album était déjà enregistré lorsque la pandémie a frappé, mais ça nous a aidés à être créatifs dans d’autres voies : nous avons enregistré une reprise du titre Enjoy de Björk et fait une version acoustique de l’un de nos propres titres issus de Gaia – Medea, Psychogenesis (les deux sont trouvables sur notre chaîne YouTube), on a tourné beaucoup de matériel vidéo et on a commencé à travailler sur le prochain album.

Qu’est ce qui vous inspire pour créer de la musique ? Ca peut être la musique d’autre groupes, mais également quelque chose d’autre, comme des films, des livres, tout.
Laurent : Comme tout musique, nous sommes influencés par tous les groupes que nous écoutons, mais nous puisons également dans notre expérience personnelle et nos voyages, la nature (il n’y a rien de meilleur qu’un paysage épique pour écrire un riff épique !), de la société et de ce qui se passe dans le monde. Les paroles sont généralement personnelles mais elles peuvent être dans de rares occasions influencées par une ligne d’un livre ou d’un film.

A part la musique, quels sont tes hobbies ? Quel serait ton métier de rêve si ce n’était pas musicien ?
Laurent : Il n’y en a pas. C’est vraiment ce que nous faisons tout le temps. Pas de plan B.

Quel était le tout premier titre de Metal que tu aies écouté ? Quel est celui qui t’a fait penser “je veux créer un groupe et jouer sur scène” ?
Laurent : Pour moi personnellement c’était Bitter Peace par Slayer, qui est le titre d’ouverture de l’album Diabolus in Musica. Je jouais des percussions classiques jusque là et je n’avais jamais entendu quiconque jouer de la double pédale. J’ai immédiatement accroché. Dans les trois mois j’ai quitté l’orchestre dans lequel je jouais, j’ai vidé mon compte en banque pour acheter un gros set de batterie et créer un groupe avec des potes de lycée, qui est finalement devenu Scarred. Nous avons joué notre premier concert six mois après.

Et si je te demandais de comparer la musique de Scarred avec un plat ? Lequel et pourquoi ?
Laurent : Un fondant au chocolat : c’est sombre à l’extérieur avec un coeur fondant encore plus sombre à l’intérieur, c’est généralement assez lourd et une fois que tu l’as essayé tu ne peux plus t’en passer !

Quelle est ta meilleure et ta pire expérience en tant que musicien ?
Laurent : C’est difficile de choisir un moment spécifique car il y en a tellement, mais je pense que jouer au Wacken était vraiment dans les meilleures, vu que c’était la première fois que nous jouions et étions en backstage d’un des festivals majeurs. Nous étions tous encore jeunes alors c’était énorme pour nous. Notre pire expérience doit être un concert que nous avons joué à Peterborough pendant notre tournée en Angleterre avec Psycroptic il y a quelques années. Le concert a commencé en retard alors notre set a été réduit de vingt minutes, et les techniciens ne savaient pas ce qu’ils faisaient. La moitié des instruments étaient coupés pendant la plupart du show, les moniteurs ne fonctionnaient pas, le son était dégueulasse, la salle était horrible et il y avait seulement quelques personnes. De plus, la salle n’avait prévu aucun catering pour nous alors on a fini le concert en mourant de faim et on a passé le reste de la nuit à boire, à leur rendre littéralement notre cachet. Le concert nous est resté en tête pendant tellement de temps que notre bassiste Bertrand s’est appelé Peterborough sur Facebook pendant deux ans.

Dernière question : avec quels groupes aimerais tu tourner ? Je te laisse créer une tournée avec Scarred et trois autres groupes !
Laurent : Gojira, Devin Townsend, Meshuggah et Scarred. Je vous laisse choisir l’ordre.

C’était la dernière question pour moi, un grand merci à toi pour ton temps, je te laisse les mots de la fin !
Laurent : Merci, c’était vraiment très fun. Je pense que mes derniers mots seraient : allez écouter notre nouvel album, on a vraiment mis toutes nos tripes dans celui-ci.

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