Interview : Wolvennest

Michel Kirby et Corvus von Burtle, respectivement guitariste et guitariste/bassiste/claviériste du groupe belge Wolvennest, ont pris le temps de répondre à quelques questions à propos de la sortie de Temple, le deuxième album du groupe.

Chronique de Temple

English version?

Bonjour et tout d’abord merci beaucoup de prendre de votre temps ! Pourriez-vous s’il vous plaît présenter Wolvennest avec vos propres termes s’il vous plaît ?
Michel Kirby (guitare) : Wolvennest est un projet qui implique des musiciens, des artistes, des ingénieurs du son, des producteurs dans l’audio et des visuels, nous nous intéressons à la musique, aux vidéos, à la peinture, aux films, aux rituels, à l’occulte et beaucoup d’autres formes d’art. Nous évoluons en tant que collectif et nous nous appelons The Nest (“le Nid” en anglais).

D’où vient le nom du groupe ? Quelle est sa signification et sa connexion avec votre musique ?
Kirby : J’ai trouvé le nom sur la route pour aller à un festival en Hollande, j’ai vu un AirBNB nommé Wolvennest et je me suis dit “c’est ça”. Le nom du groupe représente toute les personnes impliquées dans le projet, qui est basé principalement sur les collaborations entre différentes personnes, artistes et groupes qui joignent leurs forces dans ce projet… nous sommes un Nest.

Wolvennest est sur le point de sortir Temple, le sophomore du groupe, êtes-vous satisfaits de ce que vous avez accompli sur cet album ?
Corvus von Burtle (guitare/basse/claviers) : Pas de regret, je ne changerais rien sur Void. Cet album est presque un délire et a été très simple à enregistrer depuis le premier jour. Un pur plaisir du début à la fin.
Kirby : Je suis satisfait de tous les albums que nous avons sortis jusqu’ici, pas de regrets, seulement de la satisfaction avec l’évolution entre tous les albums.

La musique du groupe est faite d’atmosphère sombre, de sonorités psychédéliques et d’oppression lancinante, comment faites vous pour créer un équilibre entre toutes vos influences ? Comment se passe le processus de création ?
Corvus : Nous faisons ça depuis 2013 maintenant, donc je suppose que nous avons trouvé quelques habitudes. Michel, Marc (Marc De Backer, guitare, ndlr) et moi sommes trois guitaristes très différents, avec différentes visions de ce qu’est la musique. Nous avons trouvé un bon équilibre entre nous. Et puis tu as Shazzula au dessus de tout, et elle est absolument unique. Du chaos viendra l’ordre, ou l’équilibre si tu préfères. Nous sommes aidés par une fantastique section rythmique qui se concentre au service de la musique. La musique peut aimer ou détester ça, ou juste n’en avoir rien à faire, mais c’est honnête, ça vient de nos tripes et de notre âme, nous n’avons pas d’”attentes”, nous faisons juste ça car nous aimons le faire. C’est évident, mais écoute un tas d’autres groupes : ça sonne comme s’ils “travaillaient”, si tu vois ce que je veux dire. Je ne comprends pas.

L’artwork est très mystérieux et mystique, comme toujours, pouvez-vous m’en dire un peu plus ? Quel est le lien avec la musique de l’album ?
Kirby : Pour cet album, nous avons fait une rencontre formidable avec Meike/the art of Maquenda. Son art correspond parfaitement avec notre univers et ce autant du point de vue visuel que spirituel. Cette peinture correspond parfaitement avec le contenu musical de Temple, tu peux observer la peinture tout en écoutant l’album.

Sur cet album, vous avez collaboré avec King Dude sur le titre Succubus. Comment et pourquoi l’avez-vous choisi pour ce titre ? Comment s’est passée la collaboration ?
Corvus : C’était l’idée de Marc. Et elle a totalement fait sens. TJ (Thomas Jefferson Cowgill, le vrai nom de King Dude, ndlr) a une voix unique et profonde qui a trouvé sa place sur le morceau Succubus. Il a fait un travail fantastique, avec tout son cœur, sa passion et son professionnalisme. La piste vocale que nous avons reçue était tout simplement parfaite, merci encore TJ !

Chaque titre sur l’album a sa propre vibration, ancrée dans les ténèbres, mais All That Black et Souffle de Mort ont particulièrement retenu mon attention. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ces morceaux ?
Kirby : All That Black est le premier titre pour lequel Marc de Backer a construit la ligne vocale, donnant cet aspect entraînant au titre. Les paroles sont basées sur un texte que quelqu’un a laissé un jour dans sa boîte aux lettres. Souffle de Mort est le titre qui termine l’album, il est ritualistique et très sorcier, et comme il est le dernier morceau de l’album il aborde le thème de la mort, une tradition chez Wolvennest, “la mort” est la seule chose dont nous sommes certains.

Qu’est-ce qui vous inspire pour écrire musique et/ou paroles ? Ca peut être de la musique évidemment, mais aussi des choses en dehors de la musique, comme l’art en général, des lieux…
Corvus : La vie, la mort, et tout ce qu’il y a entre les deux. Concernant l’art, je suis plus influencé par les films que la musique quand je dois écrire de la musique en fait.

J’ai eu l’opportunité de voir le groupe sur scène une fois à Paris, c’était en 2019 en tant que première partie d’Electric Wizard, et j’ai senti que vous étiez tous impliqués dans une sorte de rituel ou de cérémonie. Comment faites vous en sorte de créer une telle ambiance prenante pendant les concerts ?
Corvus : Nous sommes sans peur et concentrés sur la scène, avec une mission : nous voulons que les gens quittent leur corps autant que possible. Nous sommes six personnes sur scène (plus deux en dehors de la scène) concentrées sur cette mission. Donc je pense que c’est l’engagement total de presque dix personnes qui crée la cérémonie. Mais ça fonctionne uniquement si le public est “dedans”, si tu vois ce que je veux dire. Et je suppose que c’est pourquoi nous avons trouvé notre place dans les concerts de Black Metal. Nous ne faisons pas semblant. Ce n’est pas un concert, c’est une expérience.

Après avoir sorti de la musique de manière indépendante, le groupe est à présent signé chez Ván Records, est-ce que ça change quelque chose à vos habitudes de travail ?
Corvus : Nous collaborons avec Ván depuis presque cinq ans. Ils ont ressorti la première sortie (la collaboration avec Der Blutharsch), donc ce n’est pas nouveau. Ván Records est respecté et sérieux. Pas d’égo ou d’autre merde qui est impliquée, seulement de la passion, du travail et du sérieux.

Je sais que le Covid-19 a foutu en l’air pas mal de choses, mais est-ce que le groupe a été touché d’une quelconque façon par la situation ? Comment avez-vous fait pour continuer d’avancer malgré la situation ?
Corvus : Comme la vaste majorité des humains, nous n’avons pas physiquement été touchés par ça, seulement par les conséquences sur la société et notre façon de vivre à présent, avec toutes les restrictions. Le groupe grandissait petit à petit, et le Covid a changé les règles. Mais il n’a pas eu de conséquence sur la qualité de la musique. Nous avons toujours un contrôle total sur ça, et au final c’est le plus important.
Kirby : J’essaye de prendre autant de distance que possible par rapport à la situation, j’ai dévoué le maximum de temps comme je fais toujours à la musique et j’ai saisi l’opportunité de découvrir et faire pas mal de marches dans les forêts de mon quartier.

Même si la situation est toujours incertaine pour 2021, est-ce que vous avez déjà des plans que vous pourriez nous dévoiler pour le futur ?
Corvus : Le Roadburn Redux en Avril. Nous allons tout faire pour proposer quelque chose de spécial.

Vous souvenez-vous de la toute première fois où vous avez pris un instrument ? Quand et comment est-ce que ça s’est passé ?
Corvus : J’avais 16 ans et ma seule ambition était d’être capable de faire un peu de Kiss, Judas Priest ou de vieux Savatage à la basse. Ma mère m’a payé une basse Washburn (qui a été volée des années plus tard), j’ai appris à jouer de la basse seul, je n’ai jamais pris de cours. J’ai appris la guitare quelques années après et je ne m’en suis jamais lassé. Tout ce dont vous avez besoin, c’est de croire en vous et d’une maman qui vous soutient ;=) 

Comment avez-vous découvert le Metal et la musique sombre à l’époque ?
Corvus : Emperor, In The Nightside Eclipse. Ça a changé la donne !
Kirby : Au tout début le Heavy Metal des années 80, AC/DC, Iron Maiden, Judas Priest, Black Sabbath et les premières expériences plus sombres étaient Mercyful Fate, Venom, le premier album de Slayer, et l’opus occulte ultime Hellhammer.

Est-ce que vous avez des hobbies en dehors de la musique ? Quelle aurait été votre carrière de rêve si vous n’aviez pas commencé la musique ?
Corvus : La musique est notre hobby. Mais je n’ai jamais rêvé de devenir “professionnel”.
Kirby : A côté de la musique, j’ai généralement des hobbies reliés au sport.

Quelle est votre meilleure et votre pire expérience en tant que musicien ?
Corvus : La pire ? Probablement jouer de la basse pour un groupe américain il y a quelques années. Le batteur n’était pas là, alors le guitariste avait essayé de programmer une boîte à rythme. C’était horrible à faire. Une expérience d’insécurité totale. C’est la dernière fois que j’aidais un groupe en tant que musicien de session, ça c’est sûr ! La meilleure, presque ironiquement, c’était au même festival, mais avec Wolvennest. Je me sentais tellement mal, et je devais jouer le jour suivant avec Wolvennest. Mes frères H. et Z. de LVTHN nous ont rejoint sur scène. Montagnes, esprits et feu. Ces trois mots décrivent le concert.
Kirby : De bons souvenirs du House of the Holy fest dans les montagnes et bien sûr de bons souvenirs aussi dans d’autres festivals. Concernant les pires j’en ai très peu, et ils quittent mon esprit très rapidement.

Comment voyez-vous la scène underground de nos jours ? Est-ce qu’elle a changé depuis le début du groupe, et comment pensez-vous qu’elle va évoluer ?
Corvus : La scène underground sera toujours là, peu importe le scénario. Peut-être que quelques rats quitteront le navire quand ils verront qu’il n’y a plus vraiment d’argent impliqué là dedans, mais ce n’est pas un problème. La très bonne musique est et sera toujours éloignée de l’argent et des deadlines. Ce que j’ai remarqué c’est que de plus en plus de musiciens ont plus qu’un groupe, grâce à la technologie, ce qui signifie que tu dois parfois creuser profondément pour trouver de la bonne musique. Mais c’était déjà le cas quand les échanges de cassettes se faisaient encore. Passion et dévotion sont les clés !

Si je vous demandais de comparer la musique de Wolvennest avec un plat ou une boisson, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?
Corvus : De l’eau provenant de la source la plus pure possible.

Dernière question : avec quels groupes rêveriez-vous de tourner ? Je vous laisse créer une tournée avec Wolvennest et trois autres groupes !
Corvus : Eh bien, nous l’avons déjà fait avec Dread Sovereign et Saturnalia Temple + The Ruins of Beverast à Bruxelles. Mais à un niveau personnel, j’adorerais tourner avec Jex Thoth par exemple.
Kirby : Comme Corvus l’a dit, nous avons fait une tournée avec Dread Sovereign et Saturnalia Temple et c’était une tournée fantastique.

C’était ma dernière question, merci beaucoup pour votre temps et votre musique, je vous laisse les mots de la fin !
Corvus : Salutations à tous ceux qui lisent ça ! Nous vivons une époque bizarre, mais il est toujours possible de mener à bien des choses. Que tout le monde reste concentré sur les choses que nous ne contrôlons pas encore. Peace.

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