Live Report : Deliverance + Nature Morte + Ætheria Conscientia – Petit Bain

Vous pensiez que j’allais me reposer ? Que nenni ! Sanit Mils m’a proposé d’être partenaire pour la co-release party de Deliverance et Nature Morte, comment refuser ?

En compagnie d’Ætheria Conscientia, les deux groupes fêtent la sortie de leurs (excellents) albums respectifs, The Voyager Golden Banquet et Still Life, à Petit Bain.

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La climatisation nous accompagne pour l’ouverture orchestrée par Ætheria Conscientia, et bien que je connaissais le groupe sur album, je pense que ni moi ni quiconque dans l’assemblée n’était préparé à une telle… jugez par vous-mêmes. Si la présence d’un saxophoniste aura déjà intrigué un public silencieux et encore un peu éparse, la présence d’un deuxième percussionniste fera lever quelques sourcils, puis écarquiller les yeux lorsqu’il se mettra à arpenter la scène derrière ses camarades en rugissant, faisant d’énormes pas en avant ou en arrière. Le chaos du groupe est cependant organisé, et bien que les membres se mettent parfois à headbanguer sous des lumières épileptiques pendant que le vocaliste – parfois aidé de l’un des guitariste – ne hurle en arrière-plan, tout est maîtrisé, le saxophoniste allant même jusqu’à lâcher son instrument pour proposer des sonorités bruitistes avec ses pédales d’effets. Un titre, puis deux, trois, quatre, rien ne se ressemble, tout n’est que violence et incompréhension, le cinquième morceau arrive, semblable à une sérénade dans cet ouragan de noirceur, le son devient froid, puis explose… et enfin s’arrête, suivi d’acclamations.

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On passe à un univers plus connu, celui de Nature Morte composé du trio Chris (basse/chant), Stevan (guitare) et Vincent (batterie) qui s’installe en toute décontraction, attend le temps réglementaire et… la malédiction frappe : la basse semble défectueuse. Peu importe pour Chris qui, bien que visiblement très ennuyé de la situation, vient hurler sans son instrument, qui se verra remplacé par celui du groupe précédent, et après quelques réglages, le show se poursuit avec les lumières oniriques, parfois étranges, parfois très puissantes, mais toujours cette énergie brute et sincère. Si le guitariste reste principalement sur place, son homologue bassiste ne tient pas en place, se frappant le visage, lançant son pied en l’air ou arpentant son côté de la scène, grimpant même sur le côté de temps à autre, permettant aux boules lumineuses au sol de nous donner d’autres aspects du show. On notera beaucoup d’ombres, des silences entre les titres enchaînés de Still Live, leur nouveau disque, mais aussi cette viscéralité dans le chant et les multiples effets que les trois gaillards déploient pour garnir des sonorités tantôt vaporeuses, tantôt plus agressives, mais toujours très sombres. Et soudain, ils lèvent leurs instruments, et c’est après un “C’était Nature Morte, merci” où le chanteur semble véritablement touché que le trio quitte la scène sous les applaudissements.

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Changement de décor avec l’installation des lampes de Deliverance par des musiciens visiblement sereins qui effectueront les derniers tests avant de laisser les lumières s’éteindre. Au centre, Pierre Duneau (chant/claviers) porte déjà son masque en référence au film Phantom of the Paradise, et c’est avec une froideur mystérieuse, presque mystique, qu’il va interpréter le premier morceau. A ses côtés, Etienne Sarthou (guitare), Sacha Février (basse) et Viken Poulain (batterie) sont très calmes, remuant à peine le crâne, mais tel le théâtre auquel le vocaliste m’avait comparé son groupe, le show évolue. Le masque finira par être retiré et posé sur le clavier, se permettant alors un peu plus de folie tout en collant à la perfection à l’atmosphère de l’album qu’ils nous présentent, s’assombrissant même lorsque le frontman s’empare de sa lampe pour s’éclairer de temps à autre, renforçant ses expressions et ses hurlements. Mais après le troisième morceau, tout le monde sur scène se détend, et Pierre nous remercie chaudement de notre présence, lâchant “rapprochez vous Paris” alors que les titres deviennent plus doux, plus aériens et plus psychédéliques. Il passera d’ailleurs de longs moments sur son clavier pendant que les musiciens headbanguent beaucoup plus volontiers, et proposant un show bien plus communicatif fait de grimaces, de poings levés et d’effets tous plus entraînants les uns que les autres. On notera également un texte clamé à la cibi pour un rendu plus angoissant, mais les deux parties de The Banquet forment un final parfait… à moins que les musiciens n’aient décidé de compléter leur setlist par Venereal, titre hautement plus sombre et pesant du précédent album (Neon Chaos in a Junk?-Sick Dawn), qui clôturera une soirée haute en couleurs et en rebondissements, mais qui sera immanquablement suivie de longs remerciements.

Il est encore relativement tôt ce soir, et bien que ralenti, j’ai pu profiter de l’intégralité des performances avant de rejoindre l’enfer des transports parisiens. Si Ætheria Conscientia a surpris tout le monde avec son énergie avant-gardiste, Nature Morte a su nous envoûter au son brumeux de Still Life, et Deliverance a mis tout le monde d’accord avec une interprétation théâtrale et maîtrisée de The Voyager Golden Banquet. Merci à Sanit Mils d’avoir organisé cette double release party, et il y a fort à parier que Petit Bain en est lui-même sorti changé !

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