Interview : Seide

Peu avant la sortie d’Auakistla, le troisième album de Seide, ce sont Wotan (basse) et Count D (chant) qui ont pris le temps de répondre à mes questions.

Chronique de l’album Auakistla

English version?

Bonjour à vous et merci de prendre du temps pour mes questions. Comment présenteriez-vous Seide à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler du groupe ?
Seide : Seide est une entité Black Metal qui suit sa voie singulière depuis 13 ans. Née des cendres d’Anteis Symphonia, projet du chanteur Count D. et d’acolytes parisiens officiant dans le Black, le Thrash ou autres, Seide a évolué du dark minimaliste à un style de plus en plus personnel, agressif et exploratoire. Reflet de nos représentations les plus sombres et macabres, notre musique déconstruit à sa manière les dogmes de l’ego, familiaux, religieux, politiques, voire musicaux. Cette vision s’exprime en plusieurs langues : français, anglais, allemand, suédois, espagnol, nahuatl… Cette conception de la musique a plu à quelques guests que nous avons pu accueillir par le passé : Niklas Kvarforth (Shining) et Blasphemer (Aura Noir, ex-Mayhem).

Pourquoi avoir choisi le nom de Seide ? En quoi correspond-il à la musique que vous jouez ?
Seide : Seide, la douceur de la « soie » en allemand, haha ! Non, le séide est le disciple aveugle d’un culte ou d’une cause, le nom du groupe est un contrepied cynique à la morale d’esclave. La prononciation est souvent hasardeuse selon les langues mais c’est une part de notre identité maintenant !

Auakistla, votre troisième album, est sur le point de sortir. Quelle est la signification du titre ? Est-ce que vous êtes satisfaits de l’album ? Peut-être que vous avez déjà eu des retours à son sujet ?
Seide : Ce terme signifie « sécheresse » en nahuatl, une ancienne langue mexicaine, il nous paraît évocateur du climat de ce disque, explorant la sécheresse de l’âme, les facettes d’un monde dévasté par les dogmes. La sonorité mystérieuse et la musique du mot nous plaisaient aussi. L’utilisation du Nahuatl fait aussi référence au titre Noche Triste, qui évoque la déroute d’Hernán Cortés à Tenochtitlan en 1520, devant la rébellion Aztèque. Une nuit de massacre par un peuple qui refusait cette « conquête » espagnole, même si nous connaissons tous l’issue.
Pour en revenir à cet album, nous pensons que c’est notre meilleure réalisation à ce jour et nous en sommes fiers, il résulte d’un processus de création chaotique mais au final il projette bien l’ombre souhaitée. Il est trop tôt pour se faire une idée représentative des retours mais nous savons qu’il trouvera son public. 

Le son de cet album suit parfaitement celui du précédent, en gardant cet aspect à la fois crasseux et perçant, mais aussi en incorporant des influences très diverses, comment avez-vous composé Auakistla ? Qu’est-ce qui vous a inspiré, à la fois pour la musique et les paroles ?
Seide : Merci pour ton analyse, la composition chez Seide suit des méandres tortueux. Généralement une trame de riffs est apportée par Shub Niggurath et “jammée” en répétition pour subir les pires outrages avant d’être acceptée. Ces sept morceaux, musiques et textes, sont issus d’un processus discontinu, qui s’étale sur plusieurs années mais qui se sont mis progressivement à raconter une histoire. Ce n’est pas un concept album au sens propre mais comme une succession de tableaux d’une vie partagée entre la haine du corps social malade dont elle fait partie et la contemplation de son désert intérieur. Certains tableaux sont urbains et froids, d’autres plus viscéraux, dans l’émotion brute. 

Il y a également un invité sur Auakistla, avec un instrument assez peu courant pour du Metal. Comment vous est venue l’idée d’intégrer des passages au saxophone sur les titres ?
Seide : Sur un passage très lourd, étouffant de l’album, nous voulions qu’une sorte de mélodie se détache, plutôt un chorus dissonant, alliant stridences et mélancolie, le saxophone s’y prêtait bien. Nous en avions parlé à Kjetil Selvik de Solefald, qui s’est montré enthousiaste à l’idée de nous accompagner. Mais nos organisations respectives n’ont pas permis d’enregistrer. La rencontre avec le saxophoniste ZarC (aussi batteur du groupe Enemy of the Enemy) a fait le reste. On a tellement aimé sa contribution qu’on lui a demandé de jouer sur un autre passage. Le saxophone est devenu une composante essentielle de Sécheresse et de La Danse des Pendus, les propulsant dans une autre dimension.

Mon titre favori est Insectes, un mélange de sonorités malsaines, d’énergie primitive et de riffs entêtants, comment arrivez-vous à inclure autant d’éléments diversifiés à une base de Black Metal ?
Seide : Chaque morceau commande sa progression, c’est une tendance assez naturelle chez nous de ne pas se conformer, de ne pas restreindre chaque titre dans les limites étroites de ce que devrait être le Black Metal mais dans le déploiement d’une liberté assumée. Pour nous, le Black Metal définit plus qu’un style, c’est une recherche extrême de liberté… 

Pour l’enregistrement, vous avez à nouveau fait appel à Andrew Guillotin et son Hybreed Studio, qu’est-ce qui vous plaît dans cette collaboration avec lui ?
Seide : On travaille en confiance avec Andrew, on apprécie l’homme, son talent, sa constance. Après l’enregistrement au Hybreed Studio, c’est Julien Hovelaque (L’Eclat du Déclin, ex-Ave Tenebrae) qui a assuré le mixage et le mastering, nous l’apprécions beaucoup en tant que musicien et avons été impressionnés par sa maîtrise et son exigence aux manettes. Le résultat est à la hauteur de nos attentes.

La musique de Seide est principalement basée sur la rage, la fureur et la haine, comment gérez-vous le passage au live, afin de conserver intact l’impact des titres ? Est-ce que vous avez une sorte de rituel avant de monter sur scène ?
Seide : On n’est pas un groupe ritualiste comme Watain. Notre rituel serait plutôt de ne pas en avoir. Pas de dogme, pas de rituel. Chaque musicien a le sien, l’un va pisser, l’autre s’isole, médite, on ne communie pas tous autour d’une coupe de sang frais en prononçant des incantations. Si tu préfères, la musique est le rituel, comment l’incarner, la propager, que personne n’en sorte indemne, musiciens et public, chaque concert est un passage, une transformation…

L’année 2020 a été très spéciale, en raison du Covid-19, comment avez-vous pu gérer la situation en tant que groupe ? Est-ce que l’album en a été impacté d’une quelconque façon ?
Seide : Les liens entre nous sont forts et l’éloignement et le manque de répétitions dus aux restrictions n’ont pas entamé notre volonté, bien au contraire, je dirais même que les vents contraires nous ont rendus plus résistants, plus décidés à produire ce nouvel album. Il a fallu s’adapter bien sûr et les enregistrements des trois derniers titres ont été stoppés nets par le premier confinement. Mais le bassiste a pu enregistrer ses parties près de chez lui à Lorient, l’occasion d’une collaboration nouvelle et fructueuse avec Gwen du Slab Sound Studio. Au final, l’album est tel qu’il devait être et les événements extérieurs y ont injecté leur part de chaos.

Comment as-tu vécu les deux périodes de confinement de manière personnelle ?
Seide : De façon tellement personnelle que ça n’a pas besoin d’être raconté. Et mon minuscule avis n’intéressera personne. 

Malgré l’incertitude et les probables restrictions à venir, qu’avez-vous prévu pour promouvoir la sortie de l’album ? Est-ce que vous avez déjà des plans pour le futur dont vous pouvez nous parler ?
Seide : Notre plan est de tourner dès que ce sera possible, en France et en Europe. Nous avons un concert prévu avec Aorlhac, organisé par Ondes Noires à Morlaix, à une date à définir en fonction de la levée des restrictions. Et nous serons à l’affiche d’un événement assez exceptionnel à l’automne 2021, qui sera annoncé plus tardivement. 

Le groupe est actif depuis plus de dix ans, est-ce que vous avez pu observer une évolution de la scène Black Metal ? Et à propos de la scène Black Metal française particulièrement ?
Seide : Je ne suis pas certain de pouvoir en parler de façon globale étant d’une part engagé dans un groupe, d’autre part n’ayant pas connaissance de toute la production Black Metal française et elle est plutôt abondante ! Des modes plus ou moins durables émergent, une vague Sludge-Black a poussé ces dernières années, un fort courant Post semble aussi à l’œuvre. À côté, on entend des choses plus rurales et crasseuses comme Sale Freux, qui sentent le terroir. Les sorties du label Antiq sont intéressantes, le dernier End Of Mankind est très bon… des choses très intéressantes côtoient l’anecdotique. Je préfère parler d’individualités plutôt que de scène… Le Black Metal est à la fois très ancré dans une expérience personnelle et géographique, et en même temps très disséminé sur la planète avec des correspondances très fortes, par exemple les auditeurs de Seide se trouvent aussi bien en Californie, qu’au Japon, au Mexique…

Que représente pour toi l’esprit du Black Metal français ? Est-ce que c’est simple de combiner une activité de groupe avec votre mode de vie et votre boulot ?
Seide : Je dirais que le Black Français cultive une certaine singularité, s’affranchit assez bien des modèles scandinaves, allie une certaine rusticité à une flamboyance et une poésie un peu sale, mais là encore on ne parle pas de quelque chose d’homogène mais plutôt d’une multitude de groupes, de démarches… Tenir un groupe n’est pas quelque chose de simple mais un truc qui t’anime, ce n’est ni un boulot ni un hobby mais l’espace d’expression nécessaire de certains instincts, de sentiments, qui trouvent à sortir quelles que soient par ailleurs tes obligations familiales, professionnelles…

Quels sont tes hobbies dans la vie, musique mise à part ? Quel choix de carrière aurais-tu fait si la musique n’avait pas été aussi importante dans ta vie ?
Seide : On peut citer le dessin et la peinture pour Shub Niggurath qui a illustré tous nos livrets depuis la création de Seide… On se nourrit tous de beaucoup de choses en littérature, cinéma. La musique n’est pas pour nous une carrière à proprement parler, nous avons des carrières professionnelles à côté, et la musique est notre espace de création comme je l’ai dit plus haut. Enseigner est quelque chose qui aurait pu me plaire, transmettre un savoir, sur les civilisations anciennes par exemple…

Quel était le tout premier titre de Metal que tu aies écouté ? Quel est celui qui t’a fait penser “je veux créer un groupe et jouer sur scène” ?
Seide : Je pense que c’est le Ritual de Master’s Hammer, le Mysteria Mystica Zofiriana de Necromass et le Blood Ritual de Samael. L’album Schizophrenia de Sepultura a eu aussi son mot à dire. 

Quelle est ta meilleure et ta pire expérience en tant que musicien ? Est-ce que tu as un regret avec Seide ?
Seide : Aucun regret. La meilleure expérience a sans doute été notre participation au Under the Black Sun Fest à Berlin en 2013, une énergie et un accueil phénoménaux. La pire ? Un concert saboté par des grindeux rongés de préjugés sur le Black Metal, mais a posteriori c’est plutôt amusant.

Dernière question : avec quels groupes aimerais-tu tourner ? Je te laisse créer une tournée avec Seide et trois autres groupes !
Seide : Abigor, Burzum, Darkthrone

C’était la dernière question pour moi, à nouveau un grand merci à toi pour ton temps, je te laisse les mots de la fin !
Seide : La fin n’est que le commencement. Nous sommes heureux de lancer Auakistla à la face du monde et espérons qu’il provoquera, que ce soit du fanatisme ou de la haine, du dégoût ou de la fascination. Qu’il réveille en celui qui écoute une vibration instinctive et violente, un sursaut de liberté dans cette époque putride. 

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