Live Report : Non Serviam/Hiverlucide + Maudits + A Plague of Lighthouse Keepers – Les Caves Saint-Sabin

Aujourd’hui est un jour particulier pour Non Serviam/Hiverlucide.

Le collectif parisien célèbre la sortie de son album La Lune Dont Mon Âme Est Pleine, son nouvel album, tout en proposant un concert spécial avec le duo de danseurs Pourchasse Carcasse, mais aussi une entrée en scène proposée par A Plague of Lighthouse Keepers et Maudits, le tout sous la baguette de Sanit Mils, qui m’a proposé d’être partenaire de cette date unique aux Caves Saint-Sabin.

Full Gallery

La soirée débute avec A Plague of Lighthouse Keepers, quatuor assez expérimental aux structures lourdes et chaotiques menées par Sterre (basse), Wouter (guitare) et Derek (batterie) pendant que Joost (chant) reste d’abord sur le côté, dans l’ombre, soufflant dans un étrange objet. Si certains moments relèvent plus du Doom assez “classique”, le vocaliste n’hésitera pas à arpenter d’un coup la foule, ou à s’asseoir pour utiliser une étrange boîte musicale appelée “shruti-box” qui propose un son assez similaire à un accordéon pendant que ses camarades utilisent des archets. Entre les titres, le public reste statique, ne sachant pas s’il doit applaudir avant de prendre de plein fouet la vague suivante, mais la magie opère et l’intégralité de l’assemblée sera captivée par le moments intense, qui flirtera même avec le DSBM dans les parties les plus saisissantes. On notera que la bassiste prendra également le chant principal pour le dernier titre, apportant une touche de douceur intéressante pour clore la performance.

Full Gallery

Maudits prennent ensuite le relai en configuration acoustique, c’est-à-dire Olivier à la guitare, Erwan à la basse et Raphaël au violoncelle pour un trio bien plus intimiste, qui va l’espace de quelques titres transformer les Caves en endroit accueillant, presque même rassurant par moments. Le public est au plus proche des artistes, et admire leur son entre Post Rock et éléments Prog travaillés, le tout encadré par une boîte à rythme qui soutient les touches planantes de la guitare et ses quelques effets ainsi que les passages plus sombres et macabres du violoncelle pendant que la basse propose ce son chaud et ronronnant. Le cadre n’est pas propice aux grands mouvements, même si le guitariste n’hésite pas à se mettre en avant pour placer ses leads ou après avoir activé ses pédales, et les applaudissements vont bon train entre les titres, de même que les quelques remerciements ou la dédicasse à une spectatrice pour l’ultime morceau du set. Bien que n’étant pas généralement amateur de ce genre de show, j’ai tout de même savouré dans le fond de la salle.

Full Gallery

On passe à l’élément à la fois le plus attendu de la soirée, mais également le plus imprévisible, Non Serviam sous le nom de sa formation live, Hiverlucide, et qui va donner vie à La Lune Dont Mon Âme Est Pleine de manière très expérimentale. Le duo Pourchasse Carcasse est déjà en place, et si les premiers moments ressemblent plus au réveil d’une entité démoniaque pendant que le mélange Drone/Black Ambiant sévit, laissant le musicien alterner claviers, machines, chant et guitare pendant que sa pianiste développe les touches macabres, le concert va rapidement prendre une autre tournure. Les deux performers rampent au sol, se relèvent, entament un moment de danse contemporaine servie par leurs maquillages blèmes au possible, et le moment prend des allures de film d’horreur expérimental sous nos yeux ébahis, alors que certains tentent d’éviter les danseurs tout en savourant le son oppressant. La configuration de la salle rend le concert encore plus perturbant, et alors que nous sommes tiraillés entre admirer la claviériste sur scène, les deux zombies au centre ou la tête pensante qui maltraite ses instruments, ce dernier annonce “c’est la dernière”, et nous entraîne dans une ultime valse morbide et étouffante, sorte de point d’orgue de son art lugubre, suivi d’acclamations méritées.

 

Il y a des concerts où l’on sort avec des étoiles dans les yeux, d’autres où l’on crève d’envie de se jeter à nouveau dans la fosse, et il y a celui-ci où l’incompréhension se mêle à la passion. Si A Plague of Lighthouse Keepers avait déjà placé la barre très haut en terme d’expérimentation et de lourdeur, la pause aérienne de Maudits nous a permi de reprendre notre souffle avant de faire l’expérience Non Serviam/Hiverlucide et de son théâtre des horreurs tant visuelles que musicales. Il n’y a pas à dire, il n’y a que Sanit Mils pour proposer une telle étrangeté fascinante, qui a enchanté les Caves Saint-Sabin ce soir !

Laisser un commentaire